Auvergne-Rhône-Alpes
L’économie régionale encore sous le choc de la Covid-19

Marie-Cécile Seigle-Buyat
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Le 17 mars dernier, une large partie de l’économie est volontairement mise à l’arrêt, face à la pandémie de Covid-19. En Auvergne- Rhône-Alpes, après la période de confinement, l’activité économique repart, mais en mode dégradé.

L’économie régionale encore sous le choc de la Covid-19

Les mesures prises pour endiguer la propagation du Covid-19, notamment le confinement de la population entre le 16 mars et le 11 mai, ont entraîné une brusque chute de l’activité économique. Le PIB du second trimestre est ainsi estimé en baisse de 17 % (après - 5,3 % au premier trimestre), indique l’Insee dans une note de conjoncture de juillet. Ce serait la plus fort récession depuis 1948.

Après ce coup d’arrêt brutal, le redémarrage est très net depuis la mi-mai, date de la fin du confinement, mais l’activité reste encore inférieure à la situation d’avant crise. Après une perte d’activité économique estimée à 30 % en avril, puis à 22 % en mai, l’activité resterait dégradée de 12 % en juin. La reprise progressive de l’activité économique s’observe dans l’ensemble des branches.

Les secteurs de la fabrication de matériels de transports et de la construction restent avec une activité de respectivement 41 % et 31 % plus faible que la « normale ». L’hébergement restauration redémarre nettement (– 20 % en juin) après une mise quasi à l’arrêt. Dans la région, seuls un cinquième des hôtels étaient ouverts en avril.

Les stations de ski ont été fermées un mois plus tôt que d’habitude. Les territoires centrés sur le thermalisme sont aussi très fortement touchés, peu d’hôtels y ayant rouvert avant fin juin, voire début juillet. La production industrielle resterait encore affectée par une demande internationale toujours en berne et d’importants stocks à écouler notamment.

Pendant le confinement, Auvergne-Rhône-Alpes aurait été l’une des régions structurellement les plus durement touchées du fait de ses particularités économiques : industrie, hôtellerie-restauration, etc. La région abrite aussi certaines activités peu affectées par la crise (activités financières et d’assurances, fabrication de denrées alimentaires, par exemple).
Cette diversité du tissu productif serait un atout pour absorber le choc économique dans les trimestres à venir.

L’emploi intérimaire premier touché

Fin mars 2020, l’emploi salarié total dévisse en France alors que le confinement est mis en place depuis tout juste quinze jours. Toutes les régions sont concernées. En Auvergne-Rhône-Alpes, il chute de 2,2 %, plus fortement qu’au plan national (- 2,0 %), après cinq ans de hausse régulière La région fait ainsi partie des plus touchées en métropole par le début de la crise sanitaire, derrière la Normandie, le Centre-Val de Loire et la Bourgogne-Franche-Comté. Dans la région, 67 400 emplois ont disparu sur le trimestre, essentiellement dans le secteur privé qui recule de 2,8%.

Le secteur public parvient à se maintenir (+ 0,1 %). Au sein de la région, les départements savoyards et l’Ain pâtissent plus nettement de l’effet du confinement (avec une baisse dépassant - 2,7 %). La Loire est également en deçà de la moyenne régionale (- 2,5 %). À l’inverse, l’Ardèche, le Cantal, le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire subissent une perte légèrement plus modérée (entre - 1,6 % et - 1,9 %). Le repli brutal de l’emploi est particulièrement lié au sévère recul de l’intérim qui décroche de 40,2 %. Hors intérim, les secteurs de la construction, de l’industrie ainsi que le tertiaire non marchand connaissent des baisses très modérées, comprises entre - 0,1 % et - 0,3 %.

Cependant, le tertiaire marchand (hors intérim), en hausse continue depuis plus de trois ans, subit dès le premier trimestre les dommages liés au confinement. L’emploi du secteur diminue de 1,5 %, une baisse plus importante qu’en France (- 1,3 %). L’hébergement-restauration perd 7 300 salariés, soit une chute de 5,3 % plus notable qu’au national (- 4,4 %). La baisse est plus conséquente dans les départements savoyards (autour de - 8%), en lien avec l’arrêt des activités touristiques. L’emploi dans les autres activités de services, comprenant notamment les arts, spectacles et activités créatives, diminue de - 3,1 %.

En Isère, ce secteur chute de - 4,3 %. Le commerce, tout comme le transport et l’entreposage, ne voient pas si nettement les conséquences de la crise en fin de premier trimestre et ne se replient que de 1,0 %. Les emplois dans l’information et la communication tirent leur épingle du jeu avec une légère augmentation de 0,4 %.

Un tiers de salariés en moins en situation de travail effectif

Dans la région, comme ailleurs en France, au cours de la semaine du 23 au 27 mars, l’activité partielle et les arrêts pour maladie et garde d’enfants ont contribué à réduire le nombre de salariés en situation de travail effectif de 33 % par rapport à la semaine de référence avant le confinement (du 2 au 6 mars).

Confrontées à la fin prématurée de la saison touristique, les deux Savoie sont les départements de la région où l’activité partielle et les arrêts de travail sont proportionnellement les plus fréquents en début de confinement avec une baisse de - 40 % du nombre de salariés en situation de travail effectif la semaine du 23 mars. Au contraire, l’impact aurait été plus faible dans le Rhône (- 30 %), s’expliquant sans doute par un recours au télétravail plus important dans les secteurs tertiaires.

Dans la région, à la fin du mois de mai 2020, le nombre de demandeurs d’emploi sans activité (catégorie A) s’élève à 475 260 personnes. C’est un niveau jamais vu avant la crise sanitaire, correspondant pratiquement à la population d’un département comme la Savoie. Compte tenu du contexte sanitaire, les créations d’entreprises en Auvergne-Rhône-Alpes ont fortement reculé.

Sur la période allant de mars à mai, les créations sont en repli de 31 % par rapport à une année 2019 exceptionnellement élevée. Le creux est encore plus marqué sur le mois d’avril au coeur du confinement (- 46 %). La reprise s’amorce en mai avec un niveau de créations approchant celui de 2018, mais restant bien en deçà de celui de 2019.