VOLAILLES DE CHAIR
Une consommation globale en recul

Simon Alves
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L’année 2020 va laisser des traces. Cette crise sanitaire de la Covid-19 aura impacté l’ensemble des filières agricoles. La filière volailles de chair, notamment, ne sortira pas indemne de ce contexte historique marqué par les deux confinements.

Une consommation globale en recul
La consommation globale de volaille en 2020 est attendue en recul pour la première fois depuis quinze ans. DR

« L’année a été marquée par une crise sanitaire mondiale qui a eu des conséquences majeures sur nos filières », déclare François Cadudal, directeur du pôle Economie à l’Itavi (organisme de recherche appliquée au service des filières avicole, cunicole et piscicole), lors d’un webinaire (conférence en ligne) sur la situation économique de la filière à l’heure de la Covid-19. « La crise a été plutôt un accélérateur de tendances qu’un générateur de vraies ruptures dans la filière volailles de chair », ajoute-t-il.

Depuis plusieurs années, la consommation de viande de volaille en France, tous débouchés, ne cesse de croître alors que celle des autres viandes a tendance à reculer ou se stabiliser. La croissance est essentiellement portée par le poulet. « Depuis 2000, l’évolution des volumes achetés en rayon volailles (viande brute ou élaborés) est en relative stabilité, voire en légère érosion, pour la consommation à domicile. Cependant, les autres débouchés, et principalement la restauration hors domicile, sont les moteurs de la consommation de volailles depuis 2013 », note François Cadudal.

En cette année de crise sanitaire, les débouchés ont toutefois été perturbés, avec un fort recul de la RHD compte tenu des deux mesures de confinement, et une progression de la consommation à domicile de + 10 %. « C’est une croissance exceptionnelle, que nous n’avions jamais vu. Cependant, cette évolution n’a pas inversé les tendances lourdes et n’a pas compensé les pertes subies par la RHD. »

François Cadudal, directeur du pôle Economie à l’Itavi. DR

Une consommation à domicile inédite

La consommation à domicile s’est en effet davantage orientée vers les produits élaborés (poulets standards), conduisant à un recul des achats de volailles entières (sous SIQO) et un ralentissement des achats à la découpe (volailles standards, certifiées).

Pour aller plus loin, les exportations françaises vers les autres pays de l’Union européenne (UE), qui connaissaient déjà des difficultés avant l’émergence de la Covid-19 à la mi-mars du fait de grèves, ont reculé de 20 à 30 %. « La reprise des ventes vers les pays de l’UE est relativement lente et très progressive. Cela s’explique notamment par la croissance de la concurrence européenne. » Vers les Pays Tiers, les exportations se sont plutôt bien tenues, notamment vers l’Arabie Saoudite ou la Chine.

Les importations, quant à elles, ont reculé de 20 à 25 % durant le premier confinement. « Mais dès la levée du confinement, de juin à septembre, la dynamique est revenue avec des volumes importés supérieurs de 5 à 7 % par rapport à l’an dernier », souligne François Cadudal.

La Pologne, premier fournisseur

Dans ce contexte, la progression des importations se fait principalement en provenance de Pologne, de l’ordre de 11 à 12 %, alors que les autres destinations ont plutôt tendance à reculer. « En 2020, la Pologne est devenue le premier fournisseur de viandes de volailles de la France et a dépassé la Belgique, qui était jusque-là le fournisseur historique. »

Pour autant, la consommation globale de volaille en 2020 est attendue en recul pour la première fois depuis quinze ans, à une époque où la grippe aviaire avait quelque peu effrayé les consommateurs. « On s’attend notamment à des baisses de 15 à 20 % pour les espèces de canards à rôtir et de pintades, d’ordinaire proposées en restauration hors domicile. »
La dynamique internationale a donc été fortement impactée par la crise de la Covid-19. L’arrêt, ou le ralentissement, du débouché de la restauration hors domicile et le recul des flux de touristes ont entrainé des pertes, partiellement compensées par une consommation à domicile plus dynamique.

Au cours du premier semestre 2020, les pays européens ont été contraints de réduire leurs productions et de constituer des stocks importants. Malgré tout, « la Pologne continue de produire et approvisionne le marché européen avec une offre très compétitive et des prix extrêmement bas, de l’ordre de - 40 % par rapport à l’an passé », conclut François Cadudal. 

Amandine Priolet