« L’environnement au cœur de nos préoccupations  »

Cédric Perrier
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Élu président de la section des anciens exploitants agricoles en avril 2020 pour trois années, Guy Ragey évoque la commission environnement qui vient d’être mise en place. L’ancien agriculteur des monts du Lyonnais en profite pour balayer le sujet de manière plus globale.

« L’environnement au cœur de nos préoccupations  »
Guy Raget : " Nous avons la chance dans les monts du Lyonnais d’avoir Éco habitat, à Saint-Symphorien-sur-Coise, qui nous aide dans nos demandes d'information liées à l'environnement. "

Pourquoi la création de cette section environnement au sein des anciens exploitants ?

Guy Ragey : «. Notre section a voulu mettre en place un volet environnement parce que plusieurs points nous paraissent importants et à approfondir. Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas bio que nous n’avons pas le souci de l’environnement.

Comment comptez-vous procéder ?

G.R : « On veut faire connaître ce qui existe, les nouveaux matériaux, la législation, les nouvelles réglementations sur les chaudières fuel par exemple, les poêle à granulé bois, les nouvelles propositions sur le photovoltaïque… Tenir informer nos adhérents, les orienter vers des entreprises fiables, cela fait partie de notre travail. »

Avez-vous des exemples concrets ?

G.R : « Nous avons la chance dans les monts du Lyonnais d’avoir Éco habitat, à Saint-Symphorien-sur-Coise plus précisément, qui nous aide dans nos demandes. Le Parc Éco habitat est un service public de la transition écologique de la communauté de communes des monts du Lyonnais, qui a pour mission de mener des actions et d’accompagner les acteurs du territoire autour de l’habitat, l’énergie et la mobilité. Je souhaiterais par ailleurs mettre en place des actions concrètes comme la gestion des espaces forestiers, avec la plantation de nouvelles essences, comment lutter contre les chenilles processionnaires qui s’attaquent aux conifères ou encore le lierre qui  qui fait mourir les arbres. »

« Lutter contre l’ambroisie, une action d’utilité publique »

La lutte contre l’ambroisie est un sujet qui vous préoccupe.

G.R : « Dans certains secteurs du département peu infestés on peut encore envisager de le ramasser à la main. En revanche, pour d’autres secteurs, je pense qu’il faudra d’autres moyens, surtout que les zones de non-traitement (ZNT) ne vont pas aider à lutter contre l’ambroisie. Il va falloir faire preuve de bon sens et de logique lorsqu’on sait que 11 % de la population est sensible à ce pollen et 15 % pour les plus de 70 ans. Dans la région Auvergne Rhône-Alpes nous sommes le département le plus touché. Nous avions prévu de rencontrer les organismes concernés comme la Fredon, la chambre d’agriculture ou encore l’ONF, ce qui n’a pas été possible en raison du Covid-19. »

Avez-vous néanmoins organisé des journées d’arrachage d’ambroisie ?

G.R : « Oui, même si certains peuvent penser que ce genre d’action ne nous concerne pas. Je crois que c’est une action plutôt sympathique qui permet de se retrouver entre anciens agriculteurs en plus de sensibiliser la population. Je dirais même que c’est une action d’utilité publique. On pourrait organiser une grande journée d’arrachage comme il existe une journée pour le nettoyage de la nature . On peut s’apercevoir, le long des routes, que les pouvoirs publics ne passent pas toujours au bon moment. Sur plusieurs secteurs ils sont passés après la montée en graines ce qui est déjà trop tard. »

La sections des anciens exploitants agricoles a organisé un arrachage d'ambroisie en juillet, sur la commune de Larajasse.

Quel regard portez-vous sur l’utilisation de produits chimiques ?

G.R : « Certaines personnes se soignent avec de l’homéopathie et quand ça devient trop grave, ils passent aux antibiotiques ou anti-inflammatoires. Et bien je pense que c’est la même chose avec la terre : elle a la capacité de résister et de se défendre jusqu’à un certain point. Lorsque l’infestation est trop importante je crois qu’on peut utiliser des herbicides  et des produits phyto sans que le système ne soit détruit. Le corps humain comme la terre peuvent assimiler ces produits issus de la recherche que nos scientifiques ont élaborés pour notre bien. Nous sommes privilégiés de vivre à cette époque où l’espérance de vie n’a jamais été aussi haute. Les connaissances scientifiques  permettent de maitriser les composants chimiques. »

À partir de quel moment cette utilisation de traitements a-t-elle  évolué ?

G.R : « C’est entre 1960 et 1990 que les agriculteurs ont le moins maitrisé les produits chimiques. Nous connaissions le nom des produits mais pas les matières actives, Simazine Atrazine D 68. Nous suivions strictement le mode d’emploi même si aujourd’hui, avec du recul, nous aurions pu diminuer les doses lorsque l’application était optimale. Nous avons ensuite entendu parler d’agriculture raisonnée, de désherbage mécanique à la fin des années 1990. »

Vous avez d’ailleurs fait partie des pionniers.

G.R : « Avec un collègue de Saint-Martin-en-Haut, nous avons été les deux premiers éleveurs laitiers du Rhône à tester les contrats territoriaux d’exploitations (CTE) pour les rendre plus compréhensibles. Il y avait un volet environnement : piège à nitrate, élagage mécanique, quantité de lisier à l’hectare, plus les premières mises aux normes (filtres à roseaux). »

A l’heure d’une mondialisation de l’agriculture, quel regard portez-vous sur cette concurrence ?

G.R : « C’est déplorable de trouver dans les mêmes rayons des produits pour lesquels on impose une réglementation française très contraignante avec des produits étrangers non soumis à la même réglementation. C'est le rendement qui est donc directement impacté. Laisserons-nous désertifier nos territoires français  sous prétexte que nous devons être les meilleurs, tout en acceptant que la population consomme ce genre de produits ? Restons vigilants et précisons, par exemple, sur les étiquettes la provenance de ces produits. »

« S’investir plus encore dans la vie publique »

L’environnement est un sujet majeur, pas toujours facile à aborder.

G.R : « On se rend bien compte que prendre soin de l’environnement demande des sacrifices, notamment plus de travail ou encore des pratiques à repenser. Si je prends l’exemple d’une chaufferie communale aux copeaux de bois par rapport au fuel, un sujet que je connais bien, il y a beaucoup plus de mécanique dans l’alimentation des copeaux, le desilage, les vis de reprise, le renvoie d’angles, le décendrage… au total ce sont une dizaine de moteurs qui tournent. Il faut donc accepter plus de maintenance compensée par moins de CO2 rejeté et un  prix du kilowatt-heure le meilleur marché après le solaire. »

Quelles sont les prochains rendez-vous de la section des anciens exploitants agricoles ?

G.R : « Nous allons envoyer par courrier une feuille d’information prochainement dans laquelle nous parlerons, entre autres, d’Éco habitat, ainsi que des actions mises en place durant l’année. Je prends la présidence d’une section dynamique avec beaucoup de choses à faire. Nous trouverons de nouvelles actions pour nous investir plus encore dans la vie publique. »