Un bond de l’activité œufs de consommation

Simon Alves
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Le marché français des œufs coquille et ovoproduits est en demi-teinte à l’heure de dresser un premier bilan de la conjoncture 2020.

Un bond de l’activité œufs de consommation
Le premier confinement a eu un impact positif sur le segment de l’œuf en grande distribution, avec une hausse de la consommation à domicile de 12 %. (Crédit : AP)

Alors que la production d’œufs de consommation croît régulièrement dans l’Union Européenne, la France est toujours le premier producteur, devant l’Espagne et l’Italie, avec un fort attrait pour l’alternatif (bio, plein air, sol). La crise sanitaire a provoqué un ralentissement, voire l’arrêt, de l’activité en restauration hors domicile, avec un impact négatif sur le secteur des ovoproduits. « Nous avons connu une perte de 30 à 40 % des volumes, un chiffre important alors même que la RHD représente un quart des œufs vendus en France », prévient Loïc Coulombel, président du Snipo (industriels et professionnels de l’œuf).

La filière a alors « libéré » des œufs pour les remettre sur le marché de la grande distribution, qui devait faire face à une demande exponentielle. Car l’activité œufs coquille a progressé. « Le premier confinement a eu un impact positif sur le segment de l’œuf en grande distribution, avec une hausse de la consommation à domicile de 12 %. Cette évolution n’a pas modifié pour autant la trajectoire et les œufs alternatifs voient leur part de marché se développer », souligne François Cadudal, directeur du pôle Economie à l’Itavi.

Garder la souveraineté des produits

Une aubaine pour l’interprofession qui s’était fixée comme objectif d’atteindre à l’horizon 2022, 50 % de production alternative à la cage. « Nous avons atteint cet objectif avec aujourd’hui 53 % des poules pondeuses en France élevées dans un système hors cage. Nous devons désormais garder la souveraineté de nos produits et poursuivre dans un dynamisme de production », explique Philippe Juven, président du CNPO (interprofession des œufs).

Au niveau du commerce extérieur, la France a connu une envolée des expéditions d’œufs coquilles depuis l’été, concomitante à un recul des importations. L’échange d’ovoproduits, quant à lui, a été relativement stable. Alors que la crise sanitaire de la Covid-19 a montré l’importance d’une souveraineté alimentaire, la filière œufs française s’affiche déjà en capacité d’auto-suffisance. Une filière compétitive qui poursuivra cependant sa trajectoire vers l’alternatif.

Amandine Priolet

Dans un communiqué le 15 décembre, le Snipo (syndicat national des industriels et professionnels de l’œuf) demande à ses clients - distributeurs, transformateurs et restaurateurs - une « revalorisation urgente du prix de vente des œufs coquille et des ovoproduits », afin de prendre en compte la flambée de l'alimentation animale. La hausse des prix des céréales et protéagineux « entraîne une augmentation du coût de production de 0,5 à 0,7 centime par œuf, en fonction du mode d’élevage », affirme le syndicat. L'aliment pour poules pondeuses a augmenté de « plus de 35 € / t depuis le début de l’année 2020 », une hausse que « les professionnels ne peuvent supporter seuls ». Dans ce contexte, le Snipo réclame que « l’aval de la filière, jusqu’au consommateur final, prenne sa part dans ces hausses ».

A.P., avec Agrafil

La nouvelle réglementation européenne sur l’agriculture biologique au niveau européen prendra acte au 1er janvier 2022. « Cette réglementation est révisée avec la volonté d’avoir moins de dérogations et davantage de productions biologiques », explique Marie Guyot, directrice du syndicat national des labels avicoles de France (Synalaf). « Cependant, les nouvelles règles d’application entraîneront un impact non négligeable sur le coût de production des œufs bio, nécessitant parfois des investissements importants et des frais supplémentaires liés à la gestion d’un atelier biologique. » Une étude réalisée par l’Itavi à l’automne 2020 indique que les contraintes d’obligation de poulettes bio et d’alimentation 100 % bio en pondeuses, entre autres, induisent un surcoût de production de l’œuf bio estimé à 15 % environ. Ce surcoût serait à répercuter jusqu’aux consommateurs, ce qui pourrait mettre à mal la filière bio et sa pérennité. 

A.P.