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Cédants, n’hésitez pas à céder !

Simon Alves
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Véritable défi pour l’avenir du vignoble, le renouvellement des générations fait l’objet d’un ambitieux projet de la part de la chambre d’agriculture. Un plan sur les trente prochains mois auquel sont associées les organisations professionnelles représentant le Beaujolais.

Cédants, n’hésitez pas à céder !

C’est l’un des points abordés lors de l’assemblée générale d’Inter Beaujolais du 22 juillet (voir page 5) qui a le plus retenu l’attention des représentants de la profession réunis au Domaine des Communes d’Anse. La question de la transmission-installation demeure en effet centrale pour le vignoble beaujolais et représente un enjeu d’avenir qu’il est indispensable d’anticiper. « Il faut savoir que 50 % de vignerons partiront à la retraite dans les dix ans à venir et que l’on compte en moyenne une perte de 250 hectares par an à cause de l’arrachage », a rappelé en préambule Marc Robin (voir notre encadré), conseiller installation transmission viticulture à la chambre d’agriculture du Rhône, lors de la présentation de son projet de renouvellement des générations devant l’interprofession. Ces deux constats sont aujourd’hui à la base de ce grand plan initié depuis le 1er juillet et qui devrait durer 30 mois, soit jusqu’en 2023. Il s’appuie aussi sur d’autres données pour justifier sa mise en oeuvre : la génération qui s’apprête à devoir passer la main est celle qui a connu l’âge d’or du Beaujolais en début de carrière et est représentée par des coopérateurs ou vendant au négoce. Les cédants sont aussi généralement peu enclins à transmettre du bâti et du cuvage et les vignes ne sont pas souvent restructurées. À Régnié, par exemple, sur 71 vignerons enquêtés, 39 ont plus de 50 ans et 16 seulement ont un repreneur identifié. Les 23 restants représentant 268 hectares d’AOC Beaujolais, l’inquiétude a de quoi être grande. D’autant que 50 % des vignerons enquêtés à Régnié ne transmettront ni cuvage, ni bâti.

Un plan en six actions

Pour agir, Marc Robin a dévoilé un plan articulé autour de six grandes actions. La première étant « anticiper les transmissions », avec comme objectif principal d’accompagner les publics de cédants sur leurs propres questionnements. « Souvent, certains se disent que leur terre ne vaut rien et qu’ils n’ont pas d’intérêt à transmettre ou manquent de projection », a dévoilé le conseiller. Cette action passera par la réalisation d’une enquête auprès des viticulteurs de plus de 50 ans (800 au total) pour faire le diagnostic de leur projet de transmission. La mise en place de groupes d’élus locaux, d’afterworks et de suivi des cédants sont aussi prévus. Pour son volet « susciter des candidatures », Marc Robin compte là aussi enquêter auprès des nouveaux installés et construire un plan de communication. Le volet passera aussi par la création d’un lieu d’accueil des publics centralisé et la mise en place d’un portail « S’installer en Beaujolais ». Le 3e axe de travail, « augmenter l’offre de bâtiments », se caractérisera par l’organisation d’un séminaire sur les problématiques autour du bâti. Le projet inclut aussi l’idée d’un voyage d’étude dans d’autres vignobles pour rechercher des expériences innovantes, le recensement de bâtiments pouvant avoir une fonction de cuvage ou encore la construction et la diffusion d’un argumentaire sur la transmission des cuvages. Adossée à cette thématique, la quatrième action intitulée « augmenter l’offre de foncier » fera elle la part belle à la mise en place d’un outil cartographique pour la reconstitution d’offres et accroître leur visibilité. Le projet prévoit aussi une action « expérimenter les pépinières », avec l’accompagnement de la pépinière Grange Charton (20 candidats) et d’une pépinière de coopérateurs (10 candidats). Enfin, le plan de Marc Robin envisage de « sécuriser les installations » avec la création d’un observatoire des modèles économiques, d’une concertation avec le négoce pour favoriser la contractualisation et d’une offre de prestations de services

Des résultats espérés d’ici 2025

Cette mission fastueuse que portera Marc Robin a évidemment des objectifs. Si le programme ira jusqu’en 2023, les résultats espérés devraient eux être constatés en 2025. Ainsi, le Beaujolais pourrait conserver 14 000 hectares et entre 200 et 250 installations. Le projet de pépinière Grange Charton et de celle de coopérants vise aussi l’accueil de 50 nouveaux projets. Sur un plan social, 1750 emplois directs et indirects pourraient être sauvegardés grâce aux installations espérées. Sur le plan environnemental, le maintien d’hectares devrait aussi endiguer le volume des arrachages et des friches. La chambre d’agriculture et ses partenaires comptent mettre les moyens qu’il faudra, puisque 184 000 € de budget sont alloués à ce programme. Les partenaires n’ont pas encore pu le signer pour l’heure. Le dossier est actuellement examiné et attend encore le financement du Plan de relance.

Marc Robin, un conseiller au coeur du projet

Marc Robin, un conseiller au coeur du projet

Depuis un mois, Marc Robin enchaîne les interventions dans les assemblées générales des crus du Beaujolais. D’une part pour se faire connaître et présenter le grand projet « Renouvellement des générations en Beaujolais », mais aussi pour prendre la température d’un vignoble qu’il ne connaissait pas jusqu’à maintenant. Originaire de Lorraine, Marc Robin (27 ans) a obtenu son diplôme d’ingénieur agronome à Nancy, avant de partir à Montpellier SupAgro où il s’est spécialisé en viticulture oenologie avec un diplôme d’oenologue à la clé en 2019. Passés ses expériences professionnelles en laboratoire et dans des exploitations viticoles (Poillac, Cognac, Slovaquie), il a rejoint la chambre régionale d'agriculture des Pays de la Loire, au sein de l’équipe de l’Association technique viticole 49. « J’avais pour mission d’accompagner les exploitations appartenant aux groupes Dephy et Ferme 30 000. J’accompagnais aussi des exploitations pour une certification collective à la Haute valeur environnementale (HVE). Cela représentait 249 exploitations en 2019, et encore plus l’année suivante, dont une cave coopérative. En Anjou, j’ai vraiment appris plein de choses sur la viticulture, les couverts végétaux, la réduction des produits phytosanitaires et même l’agroforesterie. Avec le groupe Dephy, on testait et on innovait ».

Depuis quelques semaines maintenant, Marc Robin, travaille donc pour la chambre d’agriculture du Rhône pour une période d’un an. Dans le cadre du projet « Renouvellement des générations en Beaujolais », il reprend le Point Accueil Transmission de la viticulture. « Mon objectif sera de transmettre de l’information aux viticulteurs et viticultrices sur les enjeux de la transmission, avec un mot d’ordre en priorité : anticiper la cessation de son activité. J’aurai aussi des rendez-vous dans les domaines du Beaujolais ». En parallèle, il aura d’autres missions avec l’équipe des conseillers viticoles. « Je vais aider Baptiste Lallich et Valérie Niel pour la certification HVE. Je participe aussi au développement du nouvel outil informatique du Réseau maturation, qui permettra à Florence Hertaut d’extraire les données des centres de maturation. »