PAROLE D'INTERCO
"Nous avons besoin de définir notre politique"

Simon Alves
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Tous les quinze jours, un(e) vice-président(e) à l'agriculture d'intercommunalité du Rhône nous présente la politique agricole de son territoire. Ce jeudi, rencontre avec Mattia Scotti, vice-présidente à l'agriculture de la Communauté de communes du Pays de l'Ozon.

"Nous avons besoin de définir notre politique"
Mattia Scotti, vice-président à l'agriculture de la communauté de communes du Pays de l'Ozon.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Mattia Scotti, j'ai 67 et je suis maire de Ternay depuis le 26 mai 2020. Je suis parallèlement à ça vice-président à l'agriculture, à la transition énergétique et à l'environnement pour la Communauté de communes du Pays de l'Ozon (CCPO).

Vous n'êtes pas issu du milieu de l'agriculture. Pourquoi avoir choisi de représenter cette compétence au niveau de l'intercommunalité ?

En effet j'ai une formation d'ingénieur et j'ai exercé des responsabilités dans la conception de grands ouvrages hydrauliques comme des barrages ou les écluses du canal de Panama. J'ai été il y a sept ans conseiller municipal d'opposition, ce qui m'a permis de rencontrer notamment un agriculteur dont la famille est depuis 200 ans présente sur des terrains à la jonction de Sérézin, Communay et Ternay. J'ai senti qu'il était viscéralement attaché à la terre de ses ancêtres et qu'il défendait une certaine vision de l'agriculture sur ce territoire. C'est dans cet esprit que j'ai souhaité prendre en charge l'agriculture lorsque nous avons discuté entre maires des attributions l'an dernier.

A quoi ressemble l'agriculture sur votre territoire ?

Pour comprendre notre agriculture, il faut regarder les chiffres et ils sont impressionnants. Nous avons un territoire qui doit faire 7500 hectares, et 58 % de cette surface est dédiée à l'agriculture. Pour un territoire qui se trouve à 20 km d'une grande métropole, c'est une bonne chose. On peut dire que nous avons un territoire majoritairement rural, même si nous n'avons qu'une centaine d'agriculteurs. Nous avons une belle mixité entre villes périurbaines, urbaines et ces espaces agricoles ainsi que des paysages vallonnés d'une part et des zones plus plates d'autre part. Pour ce qui est de la typologie de notre agriculture, nous comptons 70 % de grandes cultures. Du blé et du maïs principalement. Parallèlement nous avons des cultures maraîchères. Pour ce qui est de l'élevage nous en avons très peu.

Quelle est votre politique agricole ?

Nous sommes en train de caractériser le territoire de la CCPO. Nous avons à la fois du patrimoine naturel, des zones d'activité et de l'habitat. Mais il est clair que dans la cartographie que nous voulons établir, l'élément qui émerge, c'est l'agriculture. On observe qu'il s'agit d'un monde complexe avec toutes ces exploitations existantes qu'on ne sait pas forcément faire évoluer. Il y a une population plutôt vieillissante. Il y a six ou sept ans on comptait 70 % d'entre eux qui avaient plus de 50 ans. Cela signifie qu'ils vont bientôt devoir passer le relai et ce qui nous préoccupe c'est de faire en sorte que certains n'en profitent pas pour morceler. Pour l'heure nous n'avons pas de réponse à ce sujet. C'est un chantier qui est totalement devant nous et il va falloir que l'on se concerte avec les différents acteurs pour voir comment on peut gérer cette question de la transmission. Peut-être que la puissance publique peut jouer un rôle dans l'intérêt de l'agriculture, avec si besoin une forme de régulation. Peut-être qu'on sera prêts à se porter acquéreur pour relouer ensuite. Nous voulons préserver ces terrains après avoir perdu près de 140 hectares sur les dix dernières années.

Comment voyez-vous la question de l'installation sur votre territoire ?

Pour être honnête, pour l'instant ça ne se bouscule pas, et ça nous préoccupe. Aujourd'hui, nous savons que nous pouvons installer des exploitants sur deux ou trois hectares et qu'ils peuvent en vivre. Nous avons aussi une marge de progrès pour essayer d'attirer des producteurs bio. Nous sommes à 6 % actuellement sur le territoire. Cela nous permettra de développer les circuits courts. En tant que maire de Ternay par exemple, j'ai restauré le marché de la commune avec des producteurs locaux, et on s'aperçoit que cela correspond aussi à une vraie demande des riverains. Nous en avons parlé avec la chambre d'agriculture. Nous ne souhaitons pas dépecer les grandes installations, mais parallèlement, nous avons envie de faciliter l'émergence d'exploitations plus modestes. Nous devons aussi faire attention au phénomène de ceux qui souhaitent s'installer avec leur habitation en pleine zone agricole.

Quel budget accordez-vous à l'agriculture ?

Il est assez modeste, de l'ordre de 50 000 ou 60 000 euros environ. Il sert à impulser des projets mais c'est difficile pour nous d'intervenir pour l'instant. Nous sommes encore en démarrage et le contexte de l'année écoulée ne nous a pas aidés. Nous avons besoin de définir notre politique. On ne s'interdit pas en cas de projet spécifique de réajuster les fonds. On a la volonté de rencontrer les agriculteurs et peut-être de mettre en place des comités de territoire pour les écouter. Cela devrait commencer en septembre. Nous voulons déjà convaincre les gens de la nécessité de préserver les zones agricoles et naturelles. Et en tant que maire, je peux vous le dire, ça demande déjà du boulot !