Portrait
Gaétan Mélinon prend de l'élan

David Duvernay
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Suite de notre série de portraits consacrés aux jeunes installés dans le Beaujolais. Ce mois-ci, partez à la rencontre de Gaétan Mélinon, au coeur du cru morgon.

Gaétan Mélinon prend de l'élan
S’il exploite des vignes en son nom, Gaétan Mélinon n’hésite pas à collaborer avec sa maman Odile sur le domaine familial qu’il reprendra dans quelques années peut-être…

Les vendanges ont officiellement démarré le 20 août dans les appellations beaujolais et beaujolais villages (rouge et rosé). Pour Gaétan Mélinon, jeune viticulteur de 24 ans, installé au lieu-dit Saint-Joseph à Villié Morgon, sa campagne a débuté ce jeudi matin. Et elle s’annonce prometteuse. « C’est une récolte précoce et belle, sans aucun problème de pourriture. La sécheresse a eu quelques effets, notamment de favoriser la concentration des sucres et de provoquer quelques grillures sur les grappes. Heureusement, la pluie a fait son retour, ce qui a permis de rafraîchir la vigne. »

C’est justement sous une belle averse matinale, vendredi 14 août, qu’il s’est livré sur les prémisses de sa deuxième campagne de vendanges. L’enthousiasme est là, la pression aussi, surtout celle liée à la Covid-19. Mais rien ne semble effrayer cet amoureux de la nature et de sport mécanique, deux passions qui lui permettent de se libérer l’esprit en dehors de la vigne, « là où je suis né, dit-il. Ce métier m’a tout de suite attiré. Je suis parti en Bac pro vignes et vin à Davayé, puis j’ai poursuivi mes études par un BTS en alternance au lycée Bel Air à Belleville-en-Beaujolais. J’ai fait mon apprentissage dans le Mâconnais, dans un domaine de 30 ha. Entre l’élaboration du crémant-de-bourgogne, le travail du sol, la récolte à la machine, c’était très enrichissant ».

Son BTS en poche, Gaétan Mélinon travaille durant trois mois au château de Chatelard à Lancié en tant que caviste, avant de répondre à une offre d’emploi en filtration. Mais l’expérience tourne court, après deux journées seulement. « Je me suis rendu compte que ce job ne répondait pas à mes attentes ». Il rebondit finalement chez un prestataire de travaux viticoles à Beaune, en plein coeur de la Bourgogne. L’occasion pour lui de se dégager un revenu fixe chaque mois durant la période printemps-été et d’étoffer son réseau professionnel.

2019, premier grand tournant

C’est en 2019 que Gaétan Mélinon vit un nouveau et grand tournant dans sa jeune carrière, en reprenant en son nom 1,75 ha de vignes en beaujolais villages qui appartenaient à ses tantes.
Il a ensuite acquis 1000 m² de blanc et 1,30 ha en appellation morgon. En parallèle, le jeune de Villié Morgon aide Odile Mélinon, sa maman, qui conduit l’exploitation familiale depuis 1990 sur environ 12 ha, répartis pour les rouges sur les appellations morgon, chiroubles, régnié, moulin-à-vent, chénas, juliénas et beaujolais villages. « Quand je le peux, je lui donne un coup de main à la vigne ou pour vendre ses vins sur les salons. Oui, les journées sont parfois intenses. Je ne m’ennuie pas. Mais quand on aime, on ne compte pas… », glisse-t-il. Leur collaboration va s’étendre sur plusieurs millésimes encore, avec une ligne de conduite inchangée depuis de nombreuses années. « Voilà plus de quinze ans que toutes les vignes sont enherbées un rang sur deux, avec des effets bénéfiques sur la récolte, l’érosion des sols, moins fréquente, ou encore la préservation de la faune et la flore. La plupart des vignes sont palissées et assez mécanisables. Dès qu’elles seront toutes adaptées, pourquoi pas convertir le domaine à la bio. Des aides à l’investissement existent, aussi bien pour l’achat de matériel que pour la restructuration de nos parcelles. Mais il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs. Mon projet serait d’avoir un vignoble facile à travailler et de réduire au maximum des coûts de production trop élevés », développe- t-il.

Gaétan Mélinon sait que ses ambitions se concrétiseront plus facilement avec une activité commerciale forte. L’export est une cible toute trouvée pour renforcer une vente directe déjà majoritaire sur le domaine familial (75 % de la production vendue en bouteille). « Le profil des vins compte aussi. Avec ma mère, nous optons pour des vinifications traditionnelles. Des vins sont ensuite passés en fût, pour leur donner de la rondeur. L’idée, c’est de proposer des cuvées les plus authentiques possibles et de les mettre en valeur. On parle beaucoup de montée en gamme dans le Beaujolais. Nous revendiquons le climat les Charmes pour le cru morgon et les lieux-dits pour les autres appellations », conclut-il.

Un morgon plein de Charmes

Un morgon plein de Charmes

Il faudra patienter quelques mois encore pour déguster le morgon Les Charmes 2020 de Gaétan Mélinon. En attendant, ce sont les deux cuvées de morgon de sa maman qu’il met en avant. « On propose une première cuvée traditionnelle, sans revendiquer le climat Les Charmes, et une seconde sur laquelle il est mentionné sur l’étiquette. Pour celle-ci, on opte pour des macérations plus longues et un élevage en fût. On obtient ainsi un vin avec plus de matière et de complexité », présente-t-il. Dans ses projets, Gaétan Mélinon ambitionne aussi de produire une cuvée issue du célèbre climat Côte du Py. Mais avant que son rêve ne devienne réalité, il goûte avec enthousiasme la diversité impressionnante des profils de vin en cru morgon. « La superficie de l’appellation est conséquente. C’est une force, autant que le nombre de producteurs, tous présents en vente directe. Ça aide à élever une appellation vers le haut, surtout quand on croit en son produit », affirme-t-il.