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Frelon asiatique : une stratégie de lutte à développer

Simon Alves
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Considéré comme une espèce nuisible, invasive et envahissante, le frelon asiatique s’est installé dans le paysage rhodanien. Apiculteurs et anciens exploitants agricoles tentent d’organiser la lutte face à ce fléau. Explications avec Michel Carton, président de la section apicole du Groupement de défense sanitaire (GDS) du Rhône, et Marc Gayet, retraité et ancien président du GDS.

Frelon asiatique : une stratégie de lutte à développer

Encore inconnu de nos contrées il y a vingt ans, le frelon asiatique est devenu en l’espace d’une décennie un sujet de préoccupation majeur chez les apiculteurs et le public. Et ce ne sont pas Michel Carton, apiculteur à la retraite et président de la section apicole du Groupement de défense sanitaire (GDS) du Rhône, et Marc Gayet, membre de la Section départementale des anciens exploitants agricoles (SDAE) et auparavant président du GDS, qui diront le contraire. Les deux hommes sont impliqués, chacun à leur niveau, dans la lutte contre l’animal. « Il est arrivé en 2004 dans le Sud-Ouest de la France, se rappelle Michel Carton. Depuis il a envahi l’ensemble du pays et s’est installé en Espagne, Angleterre, Belgique, Allemagne, Suisse et Italie. » Avec son thorax et sa tête noirs, son abdomen noir à large bande orangée et l’extrémité jaune de ses pattes, l’insecte ne se distingue pas seulement de son cousin européen par son apparence. Son comportement et sa place dans la chaîne alimentaire le caractérisent dans son statut de nuisible. « Le frelon asiatique a des visées expansionnistes et n’a pas de prédateur, poursuit l’ancien apiculteur. S’il n’est pas agressif par nature individuellement, quand on s’approche du nid, collectivement, il peut attaquer à une dizaine d’individus contrairement au frelon européen. » Sur le territoire rhonalpin, l’insecte a pris ses aises depuis 2011. Les premières observations du frelon asiatique sur le département du Rhône remontent, elles, à 2014. Depuis, sa présence se veut inflationniste sur le territoire. (Voir encadré)

Un impact environnemental, de sécurité publique et apicole

Depuis cette époque, le GDS a pu affiner ses connaissances de l’hyménoptère en mesurant les trois impacts différents qu’il peut avoir. Le premier est environnemental, avec une forte influence sur la biodiversité. « Comme il n’a pas de prédateur, il peut manger tout ce qui se présente, détaille Michel Carton. Cela peut être aussi bien des abeilles que des guêpes ou des mouches. Donc par sa présence, le frelon asiatique va réduire la diversité des autres insectes, notamment les pollinisateurs, mais aussi ceux qui servent à nourrir les oiseaux. » L’autre impact est de nature sécuritaire. Les nids peuvent être de grosse taille et atteindre un mètre de haut pour la même taille en largeur. S’ils se situent généralement en hauteur, ils peuvent aussi se créer le long des cours d’eau, sous une avancée de toit ou dans un abri de jardin. Dès lors, les risques de piqure existent et peuvent s’avérer très dangereux chez les personnes allergiques.

Le troisième impact, enfin, est plutôt observé chez les apiculteurs. Connu comme étant un dévoreur d’abeilles, le frelon asiatique assure une prédation forte dès le mois d’août auprès des ruches. « La colonie peut se mettre en état de stress et ne plus vouloir sortir butiner, ce qui a de forts effets sur son développement en fin de saison », alerte Michel Carton. Sur un plan biologique, le frelon asiatique présente aussi l’inconvénient d’être plus résistant tout au long de l’année. Là où les guêpes et frelons communs vont disparaître aux premières gelées, le vespa velutina tiendra le coup jusqu’à début décembre avant d’hiverner. Et malgré un fort pourcentage de mortalité pendant cette période (90 %) et la concurrence entre reines fondatrices, la dizaine restante permettra à l’espèce de développer autant de nids la saison suivante.

Détruire les nids, la principale parade

Il n’existe pas mille moyens aujourd’hui de lutter contre le frelon asiatique. La première, qui est la principale et la seule, c’est la destruction de nids. « Il y a le nid primaire, que l’on trouve vers le début du mois de mai et qui fait la taille d’une orange, explique Michel Carton. Les frelons le quittent ensuite pour créer des nids secondaires en altitude, même s’il arrive d’en trouver à hauteur d’homme. » Qu’il s’agisse d’une position ou d’une autre, les localiser peut s’avérer très compliqué. « En allant dans l’Aveyron j’ai déjà remarqué que c’est uniquement après la chute des feuilles d’un peuplier que l’on pouvait constater la présence d’un énorme nid », se souvient Marc Gayet. Si détruire les nids est aujourd’hui la principale solution, il faut donc encore pouvoir la mettre en oeuvre en les trouvant. Pour ce faire, la Fédération régionale des GDS (FRGDS) a mis en place le site www.frelonsasiatiques.fr qui permet à tout particulier de faire un signalement photo en cas d’observation d’un frelon asiatique ou d’un nid. « À partir de là, on va avoir un réseau de référents pour la lutte contre le frelon asiatique sur le territoire, ajoute Michel Carton. Ils sont une trentaine sur le Rhône et on en espère un peu plus d’ici un mois ou deux. » Ces référents sont par la suite invités à mettre en oeuvre divers moyens pour trouver un nid : soit par triangulation, en piégeant un frelon, en le nourrissant et en le relâchant pour constater la direction de son vol, soit par l’installation d’un bol alimentaire pour attirer l’insecte, le marquer et analyser ses déplacements. « Ce sont deux méthodes pertinentes, mais qui demandent beaucoup de travail », concède Michel Carton.

Des moyens humains et financiers à mobiliser

C’est là qu’intervient un désinsectiseur certifié par la FRGDS. Dans le Rhône, elles sont sept entreprises mobilisées cette année, contre trois en 2020. Les destructions doivent intervenir avant la fin novembre, lorsque la reine fondatrice est encore à l’intérieur. Mais ces interventions coûtent de l’argent, et même s’il a déclaré la lutte contre le frelon asiatique essentielle, l’État ne les finance pas. Ainsi, le GDS a réussi à mobiliser une partie des communautés de communes du Rhône depuis quelques années pour une subvention symbolique. Jusqu’ici réticentes, celle de Villefranche agglomération et la Métropole de Lyon devraient bientôt prendre part à la lutte. Une bonne nouvelle dans la mesure où ces deux territoires font partie des zones les plus infestées.

Côté moyens humains, le GDS souhaite une quarantaine de référents sur le territoire. C’est aussi là que la section des anciens peut jouer un rôle. « On a réfléchi dernièrement en commission à la possibilité que les plus jeunes de nos retraités se joignent à ce type d’opération, avance Marc Gayet. On peut aider en cas de besoin pour participer à la recherche de nids avec un référent local. D’autant que les anciens connaissent bien leurs territoires. » Michel Carton annonce avoir aussi l’intention d’écrire aux communautés de communes dans les 8 à 15 jours. Il prépare également des temps de formation courant septembre pour enseigner aux référents ce qu’il faut savoir sur le frelon asiatique et les former sur le terrain à la recherche de nids.

Peu d'individus en 2021, mais....

Peu d'individus en 2021, mais....

Le GDS s'est doté d'un outil pour tenter de recenser les frelons asiatiques sur le territoire rhodanien. Ce dispositif de surveillance fait appel à la vigilance de tous, puisqu'il propose à chacun de signaler les individus repérés, si possible en les prenant en photo. Il suffit ensuite de les soumettre sur un site internet. Ces observations permettent au GDS de publier les chiffres de recensement. Pour l'instant, au 24 juillet, ce sont 31 signalements d'individus et 29 signalements de nids primaires qui ont été réalisés en 2021. Des chiffres qui valent pour tout le département. "Pour 2021 jusqu'à présent on constate une activité moindre du frelon asiatique comparé à l'année 2020 à la même époque avec une météo plus défavorable aux hyménoptères (abeilles, guêpes, frelons) au printemps 2021, ayant ralenti un peu leur développement", précise Perrine Matrat, vétérinaire du GDS. 

Il faut néanmoins les mettre en relief avec les chiffres de l'année précédente. En 2020, sur l'ensemble de la saison, ce sont 205 individus qui ont été signalés et au total 316 nids d'observés dont 168 ont pu être détruits. Une tendance irrémédiablemet haussière, à en croire le GDS. "Il y a une explosion de la présence du frelon asiatique en 2020, partout dans le Rhône, avec multiplication par 7 du nombre de nids déclarés, développe Perrine Matrat. Pour comparaison, pour toute l'année 2019, on avait enregistré 34 signalements d'individus et 44 nids." La météo est évidemment l'un des premiers facteurs, avec une année 2020 clémente pour le développement du frelon asiatique.