Energie
« L’agriculture a un rôle pivot »

Marie-Cécile Seigle-Buyat
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L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a rendu public, le 21 juillet, un rapport intitulé « l’agriculture face au défi de la production d’énergie ». Ce dernier formule vingt propositions afin de développer les énergies renouvelables dans le secteur agricole. Le point avec Jean-Luc Fugit, député du Rhône et co-rapporteur du rapport.

« L’agriculture a un rôle pivot »

« En France, le secteur agricole avec un minimum de 50 000 exploitations concernées par la production d’énergie, assure déjà 20% de la production d’énergies renouvelables (soit 3,5 % de la production nationale d’énergie). […] Selon les scénarios prospectifs de l’Ademe, de NégaWatt ou encore de Solagro, cette production est amenée à croître de manière rapide pour atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050. Une multiplication par 3, passant de 4,6 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) à 15,8 Mtep est envisagée. » Ainsi, il ne fait aucun doute que la transition écologique voulue ne pourra se faire sans le monde agricole et pour Jean-Luc Fugit, député de la 11e circonscription du Rhône qui a rendu public le rapport « L’agriculture face au défi de la production d’énergie » issu des travaux qu’il a menés avec le sénateur Roland Courteau pour l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) le 21 juillet dernier, c’est certain « à la croisée des enjeux climatiques et énergétiques, l’agriculture joue un rôle pivot et doit relever les défis de la production végétale et animale indispensable pour notre alimentation, de la moindre émission de gaz à effet de serre, du stockage de carbone dans les sols, du maintien voire de la reconquête de la biodiversité, de la récupération des déchets, mais aussi de la production d’énergies renouvelables. » Un défi de taille. Ainsi, pour la première fois, le rapport rédigé par le député rhodanien et son corapporteur, le sénateur audois Roland Courteau, présente le détail de ces potentialités de production d’énergies renouvelable en agriculture filière par filière, surtout il dresse le bilan en termes d’impacts environnementaux, de rendement, d’acceptabilité sociale et de perspectives technologiques. Fort de ce constat, il fait état de vingt propositions pour aider le secteur agricole à entrer dans cette transition dans une vision transversale et systémique des enjeux sanitaires, environnementaux et agricoles. Et premier prérequis à cette transition : les cultures alimentaires doivent toujours primer sur les cultures strictement énergétiques. « Cette transition doit être accompagnée. Il y a un réel intérêt pour l’agriculture de relever ce défi. Cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix, mais de manière raisonnée et raisonnable. […] Nous devons sortir des positions dogmatiques. La transition écologique doit s’entendre par la création d’emploi et de valeur pour nos agriculteurs. L’agroécologie doit être au service de l’économie et non pas en opposition. Nous devons relever ce défi tous ensemble. »

Des préconisations

Ainsi, le rapport préconise l’adoption d’une démarche de certification des projets conduits, par exemple sous la forme d’un label « Agroénergie ». « Il faut que les risques identifiés soit pris en compte. Il faut que ces projets soient également des projets de territoire, inscrits dans l’aménagement du territoire et obtiennent le soutien du collectif. Nous sommes tous consommateurs d’énergie. Nous devons tous prendre conscience qu’aucune énergie n’est propre. Toutes ont un impact. Il va falloir beaucoup de pédagogie. » Par ailleurs, le développement de la méthanisation est pointée comme prioritaire tout en garantissant la qualité des intrants et des digestats en vue de l’épandage. « Il s’agit d’une véritable mise en œuvre de l’économie circulaire. Un tiers des poubelles non triées sont des déchets organiques qu’il est possible de transformer en biométhane. Pour autant, la traçabilité du digestat est indispensable car on ne peut pas épandre n’importe où c’est certain », commente Jean-Luc Fugit. Pour relever le défi, les agriculteurs devront monter en compétences. Ainsi, le rapport appelle à soutenir la recherche sur  la production d’énergie dans le secteur agricole et d’améliorer l’offre de formation à ce sujet au niveau à la fois de la formation initiale et continue. Et bien évidemment, la question de la protection du foncier est prégnante dans ce dossier. « Nous devons être très vigilants », note le député qui soutient avec le corapporteur en conclusion de la synthèse du rapport qu’ « un futur projet de loi sur le foncier agricole pourrait être le vecteur d’une réforme du monde agricole en intégrant certaines des propositions ».