Marchés
Couvre-feu : les producteurs doivent s'adapter

Simon Alves
-

L'instauration du couvre-feu à 18h pour lutter contre l'épidémie de Covid-19 impacte les marchés du soir. Certains producteurs doivent s'adapter à cette nouvelle organisation.

Couvre-feu : les producteurs doivent s'adapter
Vincent-Thomas Véricel a vu le marché de Marcy-l'Etoile où il commercialise ses produits avancé à 14h au lieu de 16h.

Le vent souffle fortement en ce mercredi de janvier. Ce qui n’effraie pas les producteurs du petit marché de Marcy-l’Etoile, qui se sont installés sous la halle, située sur la place, au-devant de la mairie. Parmi la huitaine d’exposants de ce marché crée en août 2019, Vincent-Thomas Véricel, jeune maraîcher à Saint-Martin-en-Haut, commercialise ses légumes. Jusque-là, rien n’a changé. Sauf que pour la première fois, lui et ses homologues doivent plier leur stand à compter de 17 h 30, depuis l’instauration du couvre-feu à 18 h à l’ensemble du pays. « Habituellement, ce marché débute à 16 h pour se terminer à 19 h 30 en hiver et 20 h en période estivale. Là, la mairie a avancé l’ouverture du marché à 14 h, ce qui ne l’a pas empêché de bien communiquer auprès des habitants sur ce changement d’horaire. Pour moi, ça n’a aucune incidence sur mon organisation. Et de toute façon, ça fait déjà près d’un an qu’on s’adapte avec les évolutions de cette crise », introduit-il.

Cette nouvelle organisation, les producteurs du marché de Décines doivent aussi s'y plier chaque jeudi. C'est le cas de Rodolf Chaverot, boucher et exploitant agricole à Longessaigne. Présent dans la commune de la banlieue lyonnaise depuis dix ans, mais aussi habitué du marché de la place Carnot en plein centre de la capitale des Gaules le mercredi, il n'hésite pas à faire une heure de route deux fois par semaine pour retrouver sa clientèle. "Le marché l'après-midi me convient bien car c'est plus facile pour m'organiser sur la ferme à côté, explique l'éleveur. A Carnot il débute maintenant à 14h, ce qui fait qu'il faut venir une heure plus tôt et manger dans la voiture. Et évidemment il faut replier dès 17h45." 

Moins de chiffre pour les producteurs

Cette fermeture anticipée engendre une perte du chiffre d'affaires pour Rodolf Chaverot. Entre 10 et 20 % selon lui. La faute à une clientèle de sortie des bureaux qui ne peut plus venir. "En général à Carnot j'avais une grosse vague de gens sortant du travail vers 18h45, et évidemment je ne la retrouve pas", déplore-t-il. Une perte de clientèle et de chiffre d'affaires auxquelles il faut ajouter un décalage dans l'abattage des bêtes. "Par exemple ce matin je n'ai pas envoyé de génisse à l'abattoir et je dois la repousser de 8 jours", témoigne l'exploitant. Et plus question d'augmenter la cadence de vente ou de diversifier les circuits de distribution.  Lors du premier, Rodolf Chaverot avait réalisé des livraisons de paniers, participé à un marché supplémentaire le vendredi et ouvert le samedi la vente sur son exploitation pour "garder le rythme par rapport aux veaux de lait". Soit le double de temps passé à la vente… pour 30 % de chiffre en moins.

À Marcy-l’Étoile, la clientèle locale s’est adaptée à cette nouvelle contrainte, sans pour autant changer ses habitudes non plus. Les premiers clients qui le pouvaient se sont rassemblés devant les étals aux alentours de 14 h 30. Et c’est à partir de 16 h que Vincent-Thomas Véricel a constaté un afflux plus important. « Forcément, on va perdre quelques clients et un peu de notre chiffre d’affaires. Ceux qui finissent le travail plus tard dans la journée et qui avaient l’habitude d’acheter leurs produits alimentaires en rentrant à leur domicile, ne peuvent pas se libérer aussi facilement… ». En fin de journée, le maraîcher de Saint-Martin-en-Haut a bien constaté un léger retrait de son chiffre d’affaires, baisse néanmoins relative face à ses craintes affichées précédemment. « Seulement, il ne faudrait pas que ce couvre-feu s’éternise non plus. Pour nous, un confinement est d’ailleurs moins pire qu’un couvre-feu », achève-t-il.

David Duvernay et Simon Alves