INTERVIEW
Thierry Thénoz : "Nous sommes préoccupés par la situation du marché aux Etats-Unis"

Déjà confrontés à la progression de la peste porcine africaine en Europe, les éleveurs de porcs s’inquiètent aujourd’hui d’une déstabilisation des marchés par le coronavirus. Le point sur ces deux dossiers avec Thierry Thenoz, président d’Interporc et référent pour la filière porcine à la FRSEA Aura.

Thierry Thénoz : "Nous sommes préoccupés par la situation du marché aux Etats-Unis"

Quel est l’impact économique de la crise du coronavirus sur la filière porcine ?

Thierry Thenoz : « Dans la restauration, le porc est moins consommé que d’autres viandes, donc la filière porcine se retrouve moins impactée que les autres. Mais bien sûr, ceux qui travaillent principalement dans la restauration hors foyer subissent des pertes de revenus plus importantes que ceux qui travaillent avec les enseignes de la grande distribution. Dans les principales enseignes, le porc est plutôt bien représenté même si certaines d’entre elles doivent gérer des problèmes d’approvisionnement. Depuis le début du confinement, les enseignes sont aussi obligées de s’adapter à l’évolution des habitudes d’achat des consommateurs. On constate qu’ils privilégient aujourd’hui les produits emballés aux produits non-emballés ou vendus à la découpe par crainte de propagation du coronavirus. »

Comment se porte le marché à l’export pour la filière porcine ?

T.T. : « Pendant les trois premières semaines du confinement, la filière porcine a plutôt bien résisté mais nous sommes aujourd’hui préoccupés par la situation du marché aux États-Unis. Là-bas, les abattages ont été réduits et les plus gros abattoirs ferment les uns après les autres pour éviter de propager le coronavirus. Cela a fait plonger les cours américains de 45 % par rapport à la même période l’an dernier. Une mauvaise nouvelle pour nous car les acheteurs chinois font aujourd’hui pression sur les marchés européens afin d’obtenir une baisse des cours en menaçant de venir s’approvisionner aux États-Unis. Grâce au dynamisme des exportations vers la Chine et l’Asie du Sud-Est, nous bénéficions d’une situation un peu atypique par rapport au reste du paysage agricole français et européen et nous craignons aujourd’hui que cette nouvelle donne aux États-Unis vienne rebattre les cartes.

Comment la filière s’est-elle réorganisée au niveau sanitaire pour lutter contre la propagation du coronavirus ?

T.T. : « Il n’y a pas eu de grands changements, les abattoirs continuent de tourner même si des mesures de précaution ont été prises. On note quand même que les techniciens et les vétérinaires ne font plus de tournées dans les élevages comme ils le faisaient avant, ils se contentent de venir sur demande de l’éleveur en cas de problème grave. Dans la filière porcine, nous avons l’habitude de travailler plus sur le préventif que sur le curatif et dès le début de la crise, nous avons sensibilisé l’ensemble de la filière au respect des gestes barrières. Nous encourageons par exemple les éleveurs à mettre à disposition de leurs salariés du gel hydroalcoolique en différents points de l’exploitation. Finalement, on constate qu’il y a un vrai lien entre les mesures de biosécurité pour lutter contre la peste porcine africaine et les gestes barrières destinés à ralentir la propagation du coronavirus. »

Où en sont justement les négociations autour des aides de la Région pour financer les mesures de biosécurité contre la peste porcine africaine ?

T.T. : « Même si le coronavirus est la préoccupation du moment, la peste porcine africaine est toujours d’actualité. Si le front Nord en Belgique semble aujourd’hui maitrisé, nous sommes de plus en plus préoccupés par le front Est avec des cas de peste porcine africaine relevés en Pologne à seulement six kilomètres de la frontière allemande. Si l’Allemagne est touchée, c’est toute la production européenne qui sera impactée. C’est pourquoi nous avons plus que jamais besoin d’aides pour permettre les éleveurs de financer la mise en place des mesures de biosécurité. Dans notre région, le dossier est bouclé et nous espérons que les premières aides arriveront dans les prochaines semaines. Le dispositif concernera les investissements compris entre 5 000 et 10 000 euros. Dans cette fourchette, une aide de 2 000 euros sera apportée pour moitié par la Région, l’autre moitié étant à la charge des Départements. Pour les investissements supérieurs à 10 000 euros, ce sont les PCAE qui prendront le relai. »

Propos recueillis par Pierre Garcia