Filière caprine
Les éleveurs de chèvres inquiets pour l’avenir

David Duvernay
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Retour sur une année 2020 mitigée pour la filière caprine, tandis que le renouvellement des générations reste un enjeu majeur.

Les éleveurs de chèvres inquiets pour l’avenir

Selon les résultats de l’Institut de l’élevage (Idele), le bilan est assez mitigé pour les éleveurs de chèvres en 2020. En effet, les approvisionnements de lait ont été stables et permis de « fournir un marché des fromages redynamisé par les confinements », a indiqué Maria Campos Herrada économiste à l’Idele. La collecte s’est accrue en 2020, de +4 % par rapport à 2019 pour un volume total de 502 millions de litres (+19 Ml). Si le début d’année a été correct avec une forte progression sur le 1er trimestre 2020, la croissance de cette collecte s’est ensuite ralentie au fil des mois « en raison des sécheresses estivales qui ont pénalisé la qualité des fourrages à l’automne » mais également en raison de l’appel de la filière « à la modération » pour éviter une chute des prix. La région Nouvelle-Aquitaine reste toujours, en volume, la locomotive de la production laitière caprine avec 45 % de la collecte nationale (223 Ml), devant les Pays-de-la-Loire et l’Occitanie. Quant au prix, le marché du lait de chèvre reste dynamique et attractif. Ainsi le prix de base du lait a grimpé de +3,5 % en 2020, pour s’établir à 681 €/1 000 litres.De même, le marché des fromages a été redynamisé par les demandes des ménages pendant les confinements, les hausses d’achat enregistrées dépassant les 15 % en avril et mai 2020.

Renouvellement des générations

Cependant, ces bons chiffres cachent, selon la FNEC et l’Idele, une réalité et des perspectives plus inquiétantes. En effet, l'indice des prix d'achat des moyens de production agricole (Ipampa*) a atteint, l’an dernier un niveau historique, jamais vu depuis 2005, en raison de la flambée des prix des aliments. « Les charges en élevage se sont envolées au second semestre 2020, notamment le dernier trimestre : +4 % », a indiqué Maria Campos Herrada. En conséquence, la collecte s’est ralentie en début d’année 2021 et les éleveurs de chèvres sont peu optimistes, surtout si l’année 2021 devait connaître des incidents climatiques comparables à ceux de l’an dernier. Ces dérèglements pourraient avoir des conséquences sur la fabrication de fromages qui est restée stable en 2020 (99 000 tonnes) et peut-être accentuer la baisse déjà constatée sur le lait conditionné (-1 %) et les yaourts (-1 %). La FNEC s’inquiète également de la persistance de la crise du chevreau dont les cours ont eu beaucoup de mal à décoller. Les prix qui ont stagné entre 2,60 à 2,70 €/kg vif de mars à septembre sont revenus à des valeurs plus normales à Noël (4,20 €/kg vif) mais sans garanti pour l’avenir. Le plus inquiétant est que « la hausse du prix du lait couvre à peine les pertes enregistrées sur les chevreaux », a remarqué Jacky Salingardes, président de la FNEC.

La profession devra aussi relever le défi du renouvellement des générations car « le vieillissement de la population est tendancielle dans les élevages y compris caprins », a indiqué Philippe Chotteau, chef du département économique de l’Idele. Bien entendu, la transmission et l’installation sont liées à des « conditions de revenus rémunérateurs », a souligné Franck Moreau, secrétaire général de la FNEC. Il souhaiterait surtout un rééquilibrage des installations entre les livreurs et les producteurs fermiers. « Produire du lait pour une entreprise est tout à fait respectable. Les collecteurs ont un véritable travail de communication à faire, pour redonner du sens à ce système livreur », a-t-il conclu.

*L'IPAMPA permet de suivre l'évolution des prix des biens et des services utilisés par les agriculteurs pour leur exploitation agricole.