Un nouvel horizon

Cédric Perrier
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Le directeur général de la Sopacel a rendu ses clés. Après vingt-deux ans passés à développer les abattoirs de Saint-Romain-de-Popey plus Corbas, et un chiffre d’affaires multiplié par trois, Jacques Lespinasse quitte le groupe qui a choisi un autre mode de gouvernance.

Un nouvel horizon
Jacques Lespinasse, vingt-deux ans à la Sopacel, souhaite dorénavant tourner la page et envisager sereinement une suite professionnelle, pas forcément dans la viande.

Les heures sont moins pressantes et pourtant les journées restent trop courtes. C’est un temps pour soi qui peut devenir oppressant. C’est une période précieuse et un moment de vie interrogateur. À la fin d’une histoire on s’en va, parfois sans trop savoir où. On sait juste que c’est terminé et qu’il n’y a rien à rajouter. Alors, l’inconnu et ses paradoxes, entre liberté et angoisse du vide.

Après vingt-deux années à développer l’abattoir de Saint-Romain-de-Popey, puis celui de Corbas, Jacques Lespinasse a rendu les clés de son bureau de directeur général de la Sopacel. L’entreprise spécialisée dans l’abattage, la découpe et le négoce de bovins est une filière de Celmar, coopérative du Limousin qui regroupe près de 800 éleveurs.

« À l’autonomie et l’indépendance que j’avais à la Sopacel, un autre mode de gouvernance a été préféré. Mes fonctions ont été réparties : Stéphane Milhit, pour Celmar, est chargé de l’ensemble des filiales, tandis que Christophe Fournier, responsable de sites, prend la partie commercialisation et organisation de la Sopacel à Saint-Romain-de-Popey et Corbas », précise Jacques Lespinasse. Cette nouvelle stratégie de Celmar, qui souhaite revenir à son métier premier qui est la production, en étant beaucoup plus décisionnaire sur l’aval, a été le point de discussion entre les deux parties.

La frustration de projets avortés

« Je ne conteste pas cette politique qui est finalement de s’adapter ni plus ni moins qu’au marché actuel, c’est-à-dire que la consommation dicte la production. C’est surtout l’année dernière que j’ai mal vécue, avec la non réalisation de deux projets : un nouveau marché de viande à Corbas et la fusion avec Alpes Provence agneaux (Apa). » Les discussions sont alors devenues des frictions.

Ce fils de paysan, originaire de Saint-Germain-la-Montagne dans la Loire, regrette la manière dont cette histoire de plus de vingt ans s’est rompue : « j’aurais aimé que ça se termine autrement. Je viens de la terre et j’ai des valeurs, je souhaite dorénavant tourner la page ». Et sa manière de changer de chapitre c’est de sortir les baskets.

Tous les deux jours Jacques Lespinasse court entre 10 et 15 km autour de chez lui, à Saint-Vérand, avec l’expérience d’un sportif qui a trois marathons dans les mollets. « J’ai couru celui de Rome et deux fois Paris. Je me suis inscrit au semi-marathon de Lisbonne en octobre. J’aimerais aussi faire le trail de 25 km à Cublize ».  

Des pistes de réflexions, et pas forcément dans la viande

Mais depuis le 20 juin, date du terme d’un bail de vingt-deux ans avec Sopacel, celui qui a honoré son armée comme coopérant dans l’ouest du Cameroun, pour encadrer de jeunes agriculteurs, pense à la suite professionnelle : « rester dans la viande mais faire autre chose comme me rapprocher de la boucherie, travailler sur du local mais aussi sur la digitalisation du métier, on l’a vu pendant le confinement avec l’explosion de la distribution en ligne, sont des pistes de réflexion. J’aimerais aussi reprendre une entreprise à mon compte dans l’agroalimentaire. Le plus facile serait de faire ce que je sais faire, mais si je peux éviter de retourner dans un abattoir… »

Jacques Lespinasse ne devrait pas attendre encore trop longtemps avant de se lancer. Parce qu’il le dit lui-même : « je n’ai jamais autant tondu la pelouse chez moi. »