Grandes cultures
Moissons mitigées

Emmanuelle Perrussel
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Les céréaliers ont achevé les récoltes d’orge, de blé et de colza autour du 10 juillet. Cette année, elles sont surtout marquées par de faibles rendements.

Moissons mitigées

Les moissonneuses-batteuses sont rangées pour cette récolte 2020 des céréales à paille, l’heure pour les agriculteurs de dresser le bilan. Il est en demi-teinte cette saison. Comme ailleurs en France, les moissons ont été affectées par les précipitations abondantes à l’automne puis par la sécheresse printanière.

Sous le coup d’une diminution des surfaces conjuguée à une chute des rendements, la récolte de blé 2020 est en nette baisse, après une récolte 2019 record. Selon les estimations du ministère de l’Agriculture début juillet, la production de blé tendre serait de 31,3 millions de tonnes (Mt), soit la deuxième récolte la plus faible depuis 2004, après celle de 2016 (28 Mt). Le rendement moyen est estimé à 71,1 q/ha (moins 8 q/ha par rapport à l’an dernier), et masque de fortes disparités, « en particulier entre les sols superficiels et les sols profonds », selon le ministère.

Dans l’Est lyonnais

Dans le département du Rhône, Stéphane Peillet, céréalier à Saint Priest et vice-président de la chambre d’agriculture, confirme ces tendances pour l’Est lyonnais. « Les moissons d’orge ont démarré très tôt : le 1er juin sur le secteur de Genas. La situation a été compliqué dès l’automne avec des attaques de pucerons qui ont provoqué la jaunisse nanisante de l’orge (JNO). Les rendements ont pu être fortement impactés et divisés par trois dans certains cas. La fourchette de rendement est comprise entre 20 et 80 q/ha. Ceux qui ont été épargnés par les pucerons et qui sont irrigués affiches les meilleurs rendements », détaille Stéphane Peillet.

En blé, la JNO a eu moins de conséquences, mais les quantités ont été affectées par les conditions très humides de semis cet automne puis les quatre mois sans eau. Les rendements vont de 40 à 90 q/ha. « Environ un tiers des blés sont irrigués en plaine de Lyon, l’implantation en sols profonds ou superficiels a aussi fait la différence. La bonne nouvelle est une qualité très bonne, avec des taux de protéine et des poids spécifiques intéressants », ajoute le céréalier de Saint Priest.

Pour les colzas, les rendements sont qualifiés de « corrects à moyens, compris entre 3,5 et 4 t/ha, selon la période d’implantation. Ceux qui ont été semés tôt obtiennent en général de meilleurs résultats ».

Stéphane Peillet tient à préciser par ailleurs que ces récoltes médiocres ont été réalisées dans un contexte de prix très difficile. « L’encéphalogramme est plat pour les cours du maïs, sachant que l’orge est calé sur ses ces cours. C’est un peu mieux en blé. Le colza a quant à lui repris des couleurs après la crise de la Covid-19 et les cours de cette fin juillet sont à peu près équivalents à ceux de 2019 à la même époque. »

Pour la suite, les maïs s’annoncent bien et la récolte devrait démarrer très tôt, soit environ quinze jours avant comparé à 2019. « Tout dépendra bien entendu des aléas climatiques et des restrictions d’eau… (voir encadré) », conclut Stéphane Peillet.

En plaine des Chères

Gilbert Bouricand, céréalier à Quincieux et président de la section grandes cultures de la FDSEA, donne sensiblement les mêmes tendances. Les récoltes d’orge ont commencé autour du 20 juin et les producteurs ont également été confrontés à des semis effectués dans de mauvaises conditions dus à l’excès d’eau à l’automne. Les attaques de pucerons ont aussi provoqué des dégâts. Les rendements s’étalent de 19 à 73 q/ha, la moyenne se trouvant à 35 ou 40 q/ha. Les blés ont été moissonnés dès les premiers jours de juillet, voire fin juin, suivis par les triticales après le 10 juillet. Les quantités au silo sont elles aussi hétérogènes : de 30 à 85 q/ha en blé, 60 q/ha en moyenne et 45 à 74 q/ha pour le triticale. Comme pour l’orge, les attaques de pucerons et l’excès d’eau à l’implantation, puis le sec au printemps ont pénalisé les rendements. « Les meilleurs rendements ont été faits sur les sols profonds en bordure de Saône et sur les parcelles irriguées. La qualité du blé est également variable avec des poids spécifiques compris entre 77 et 81, certains blés, en dessous de 76 ont dû être déclassés en blé fourrager. Les taux de protéines vont de 10 à 14. », précise Gilbert Bouricand.

En colza, les céréaliers du secteur affichent des rendements médiocres voire nuls (de 0 à 35 q/ha). « Pour ma part, il manquait de nombreux pieds à la levée donc j’ai préféré détruire le peu qui restait. La sécheresse au semis et les gelées à la floraison ont été fortement pénalisantes. », ajoute Gilbert.

Pour la suite, les tournesols, maïs et soja ont connu quelques dégâts d’animaux et souffrent de la sécheresse. Il est encore tôt pour se prononcer sur la récolte à venir. Rendez-vous à l’automne.

Eau / Mise en situation d’alerte renforcée

Début juillet, suite au dernier comité sécheresse qui réunit entre autres les représentants de l’État, le Smhar et la chambre d’agriculture, le préfet a décidé de placer les nappes de l’Est lyonnais en alerte renforcée sécheresse, soit une baisse des prélèvements d’eau de 50 %. Pour rappel, ils étaient déjà limités à moins 25 % depuis le 20 avril lorsque les nappes du pliocène du Val de Saône et des couloirs d’Heyrieux et de Meyzieu ont été placées en alerte sécheresse, tandis que les cours d’eau de tout le département étaient placés en vigilance.

Pour la profession : la chambre d’agriculture et le Smhar, cette décision n’est pas justifiée sur toutes les zones. Dans un courrier cosigné et adressé à la DDT le 9 juillet, ils ont émis un certain nombre de remarques. « Pour la zone 9, nous avons constaté sur le couloir de Meyzieu-Bouvaret des niveaux de nappe bien supérieurs aux niveaux de nappe de la même époque en 2019. La courbe n’est pas tangente à celle de la décennale sèche (en date du 9 juillet). De plus, les maïs sont en avance dans leur stade de croissance mais à un stade de sensibilité au stress hydrique très fort décisif pour le rendement. Si les températures se maintiennent à des niveaux similaires à ces jours, les consommations d’eau seront raisonnables et les rendements moyens à bons. ».

Suite au comité sécheresse du 17 juillet et malgré le courrier adressé par le Smhar et la chambre d’agriculture, l'alerte renforcée a été décidée pour les eaux superficielles, ainsi que pour les nappes du pliocène Val de Saône, et les deux couloirs de Meyzieu et d'Heyrieux des nappes de l'Est lyonnais. L'arrêté est publié ces jours. Si les irrigants individuels ne peuvent pas en suivre toutes les mesures (par exemple l’arrêt de l'irrigation du lundi 20 h au vendredi 8 h), ils peuvent proposer à la DDT des « plans d'économie d'eau ».