Monts du Lyonnais
Deuxième vie pour les déchets verts

Simon Alves
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La communauté de communes des monts du Lyonnais (CCML) a lancé une expérimentation autour de la valorisation des ressources ligneuses. Les premiers tests s’avèrent encourageants pour les agriculteurs impliqués dans la démarche.

Deuxième vie pour les déchets verts

C’est une idée qui fait son chemin depuis quelques temps dans les monts du Lyonnais. Elle a germé entre autres au sein de la communauté de communes, à travers deux de ses compétences. « Au niveau de la compétence ordures ménagères, nous sommes confrontés à la hausse des quantités de déchets verts à traiter et des coûts qui vont avec. Ces déchets proviennent aussi bien des particuliers que des professionnels. Au niveau agricole, les exploitants sont eux face à une difficulté d’accès à ces ressources ligneuses. Les broyats de déchets verts ont en effet plusieurs intérêts : épandus sur les sols, ils lui apportent du carbone et utilisés en litière pour les animaux, ils se substituent à la paille, qui est devenue rare et chère ces dernières années. Parallèlement, nombreux sont les agriculteurs qui ont des déchets verts, notamment issus des haies qu’ils ont plantées et qu’ils doivent entretenir, sachant que le brûlage est interdit », détaille Philippe Bonnier, maire de Coise, vice-président à l’agriculture et à la forêt à la CCML et agriculteur à Coise.

12 plateformes à terme

Ainsi, dès 2019, la collectivité a mandaté un bureau d’études pour affiner le projet de filière de valorisation des ressources ligneuses. À terme, 12 plateformes de stockage et de traitement des déchets verts pour 32 communes pourraient être installées. Elles seraient accessibles aux agriculteurs et paysagistes et un tel maillage permettrait de limiter les distances à parcourir pour déposer ces déchets. Un travail avec la fédération des Cuma est prévu sur la partie équipement pour broyer ces déchets. « Nous aimerions nous appuyer sur le fonctionnement et la dynamique des Cuma pour fédérer les agriculteurs autour de ce projet », souligne Philippe Bonnier. « Le but serait qu’à terme, les plateformes soient gérées par les Cuma et les communes afin d’offrir un service de proximité aux habitants », complète Marina Bouchut, chargée de la communication à la communauté de communes des monts du Lyonnais.

Avant d’entrer dans la phase opérationnelle, une phase expérimentale a démarré à l’automne dernier avec une première campagne de broyage le 12 novembre. Elle s’articule autour de deux plateformes, l’une à Haute Rivoire chez un éleveur allaitant qui broie sur place ces déchets et les utilisent comme substitut à la paille pour ses bovins. L’autre est installée à Coise, sur un terrain de 3500 m2 acquis par la mairie. « Nicolas Junique, producteur de sapins de Noël à Chaponost et à la tête de la société ENRJ Verte assure la prestation de broyage. À l’automne, il a traité 1300 m3 de déchets, ce qui a produit 130 t de broyat. Ce broyat a été répartis entre plusieurs exploitations pour y être testé (voir encadré ci-dessous) », note le maire de Coise.

Quelles suites ?

Spécialisé dans le recyclage de déchets verts depuis 2004, Nicolas Junique a remporté l'appel d'offres de la collectivité pour gérer ce service. Un choix effectué en raison de son expertise qui n'est plus à démontrer sur le territoire. « L'année passée il y a eu un manque de paille, donc j'ai livré des déchets verts pour servir en paillage dans les Monts du Lyonnais, explique le producteur de conifères. On a vu suite à ça que le produit convenait en qualité et on m'a demandé si je pouvais assurer les prestations sur sur les plateformes.» Autre avantage de Nicolas Junique : ses capacités matérielles. Son broyeur est tiré par un premier tracteur pendant qu'un second l'alimente. « C'est un matériel intéressant, on parle d'un broyeur de 25 tonnes et de 550 chevaux », précise-t-il. L'équipement peut être utilisé directement sur les plateformes, mais aussi directement dans les exploitations des agriculteurs qui le demandent. Nicolas Junique devrait être mobilisé cinq à six fois dans l'année, soit jusqu'à la fin de l'expérimentation.

« Pour les suites à donner, nous espérons voir se concrétiser d’autres projets d’implantation de 2 ou 3 plateformes supplémentaires courant 2021. Le 24 février prochain, aura lieu la 2e campagne de broyage. Communiquer sur la démarche fait aussi partie de nos ambitions afin de montrer les intérêts du broyat pour le sol et les élevages. On va également affiner l’aspect réglementaire, notamment mettre en place systématiquement des analyses sur chaque site (composition, absence de métaux lourds…) et réfléchir à un modèle économique à long terme. En même temps, nous continuerons à favoriser la dynamique de plantation et d’entretien de haies, lancée en 2019 sur le territoire en lien avec le syndicat de rivières. Elles représentent entre autres une ressource ligneuse importante à valoriser », conclut Philippe Bonnier.

Emmanuelle Perrussel et Simon Alves