Une forêt au grand air

Cédric Perrier
-

Dans le nord du Beaujolais, un projet de reboisement bas carbone est en cours afin de contribuer à absorber les gaz à effet de serre. Plus de 6000 arbres vont être plantés sur une surface de 5,3 h, au cœur de la forêt de la Pyramide, près de Saint-Cyr-le-Chatoux. 

Une forêt au grand air
Le projet de compensation carbone vise à reboiser la forêt publique de la Pyramide, près de Saint-Cyr-le-Chatoux.

Le plan climat de la France prévoit une neutralité carbone en 2050 ; une manière de contenir le réchauffement climatique en-dessous de 2°C et de répondre à l'Accord de Paris de 2015. Pour Yves-Marie Gardette, responsable développement Ain-Loire-Rhône pour l'Office National des Forêts (ONF), cela signifie « réduire par quatre notre empreinte carbone et diminuer de 4 % nos émissions chaque année. »

Cette urgence climatique ne peut donc pas se contenter d'un seul axe. La forêt étant le deuxième puits de carbone mondial après les océans, elle joue un rôle fondamental dans la régulation du climat. Ainsi, un projet « bas carbone », labellisé par le ministère de la Transition écologique, vise à reboiser la forêt de la Pyramide, près de Saint-Cyr-le-Chatoux : 6300 arbres vont être plantés afin de capter 808 T de CO2 sur trente ans.  Il s'agit du premier projet de compensation mis en œuvre par l'ONF en forêt publique.

30 % de mortalité sur la parcelle choisie

« Il y a 17 millions d'hectares de forêt en France qui absorbent 20 % des émissions françaises. On estime entre 10 et 11 T de CO2 la quantité émise chaque année par un français, chauffage, déplacements, etc. Pour être plus concret, avec ce projet on va compenser l'empreinte carbone de 80 personnes », argumente le technicien de l'ONF.

Afin de mieux comprendre la difficulté d'étendre ce type de démarche à l'ensemble des surfaces forestières françaises, il faut préciser que 75 % sont privées, réparties entre plus de 3 millions de propriétaires. « L'ONF gère 25 % des forêts en France. Dans le Rhône, nous suivons 3500 h dont la moitié appartient au Département. » Et c'est ici que la collectivité intervient.

Yves-Marie Gardette, responsable développement Ain Loire et Rhône pour l'ONF.

Pour répondre aux sécheresses de ces dernières années qui touchent plus particulièrement le sapin, elle a souhaité s'engager dans un projet répondant aux exigences réglementaires du label bas carbone : les 5,5 h de la forêt de la Pyramide ont été choisis. « Sur cette parcelle nous avons subi 30 % de mortalité. Sur la région Auvergne Rhône-Alpes, ce sont plus de 1000 h qui sont touchés par le dépérissement, principalement dans l’Ain, favorisant les attaques d'insectes comme les scolytes. » En plus de stocker du carbone et de favoriser la biodiversité, la forêt répond à d'autres enjeux comme la production de bois, le tourisme mais aussi la protection de la ressource en eau.

Les Douglas moins résistants

La campagne de reboisement a donc débuté cet automne dans le nord Beaujolais avec la plantation de cèdres, de pins et feuillus. « Ce devrait être terminé fin novembre. En raison de l'évolution du climat, on plante des essences méditerranéennes, cette parcelle fait d'ailleurs partie d'un dispositif de recherche développement », ajoute Vincent Genin, technicien ONF chargé de la gestion du massif de la Pyramide. Si le cèdre résiste bien au froid et au sec, avec des reprises à 100 % sans dépérissement, les observations sont différentes sur les pins.

Vincent Gerin, technicien forestier pour l'ONF, chargé de gestion du domaine de la Pyramide.

«  Les chevreuils viennent manger la pousse du haut, alors on les protège avec un manchon en plastic qu'on change tous les ans. Il n'y a aucun dépérissement et la reprise est totale sur les plants de 2018. En revanche, sur le Douglas en racine nue, on a 90 % de mortalité, notamment à cause de la sécheresse du printemps, qui plus est exposé en versant sud. On a donc replanté du mélèze. » L'autre avantage de ces nouveaux plants, en plus des traditionnels Douglas, se trouve dans la diversité qui permet une meilleure résistance au changement climatique.

Étendre ce type de projet en viticulture ou élevage

Le montant d'une telle opération s'élève à 75 000 euros, financée par le Département (55%), le reste étant à l'initiative de WeNow, une PME française innovante qui développe et commercialise une solution connectée permettant à tout conducteur de réduire ses émissions de CO2. Avec ce projet de replantation, elle devient le premier développeur de projets de compensation carbone labellisés « bas carbone » dans les forêts publiques, en partenariat avec l'ONF et donc le Département du Rhône. 

Si celui de la Pyramide est le premier de France, c'est en raison d'une grande réactivité. « Le label bas carbone date de juin 2019. Le dossier a été rapidement déposé, ce qui en fait le premier projet financé planté. Nous en avons cinq de plus à l'ONF, mais celui-ci est un projet pilote et innovant », témoigne Yves-Marie Gardette, de l'ONF, avant de terminer : « on peut étendre ce type de projet carbone là où il y a du dépérissement, mais aussi sur des terres de viticulture ou d'élevage. » notamment avec des projets Agroforestiers.