Elevage
Drêches : ça brasse du côté de la ration

Marie-Cécile Seigle-Buyat
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La drêche de brasserie est utilisée depuis des lustres dans l’alimentation animale, comme d’autres coproduits. Dans le Rhône, où les micro-brasseries sont légions, les éleveurs, notamment bovins, sont nombreux à poursuivre cette tradition, à la fois économique et riche en protéines.

Drêches : ça brasse du côté de la ration
Par Jinx — httpswww.flickr.comphotosspan1122306070622, CC BY-SA 2.0, httpscommons.wikimedia.orgwindex.phpcurid=20590716

Les drêches de brasserie sont utilisées depuis des millénaires pour l’alimentation des animaux. Avant la Révolution, agriculteurs et moines brassaient leurs propres bières et donnaient les drêches à leur bétail. Ces pratiques évoluèrent au moment de l’industrialisation, mais ont demeuré et demeurent encore aujourd’hui dans les us et coutumes. En effet, les éleveurs sont nombreux aujourd’hui à donner ces coproduits à leurs animaux, notamment dans le Rhône où les micro-brasseries sont légions et cherchent comment valoriser ces « déchets ». Une pratique d’autant plus intéressante que les drêches ont un réel intérêt nutritionnel. Ainsi, les drêches de brasserie peuvent être utilisées dans l’alimentation des ruminants et monogastriques.

Bonne teneur en protéines

Au niveau azoté, selon la Fidocl Conseil élevage, les drèches sont comparables au corn gluten (250 à 300 g MAT/kg de MS). « Ce coproduit est source de protéines directement absorbables dans l’intestin de l’animal (PDIA) et sa dégradation est plus lente que pour le colza et le soja. La drêche est riche en méthionine, un des acides aminés essentiels et souvent limitant dans les rations. Elle a ce qu’on peut appeler un effet tourteau tanné. Elles ont un intérêt tout particulier en début de lactation et chez les vaches hautes productrices », soulignent Alexandre Batia et Julien Gacon de Rhône conseil élevage. En effet, selon le Comité national des coproduits « les drêches de brasserie ont une bonne teneur en protéines qui sont moins dégradables dans le rumen que d’autres protéines végétales. Elles sont donc conseillées pour l’alimentation des ruminants à besoins importants, tels que les vaches laitières hautes productrices ou les bovins en forte croissance. La dégradabilité théorique des protéines de drêches de brasserie proposées dans les tables et dans la littérature scientifique est de l’ordre de 41-49 % (Sauvant etal., 2004 ; Batajoo et al., 1998 ; Nishiguchi et al., 2005 ; Volden, 2011 ; Promkot et al., 2007). Ces valeurs sont généralement inférieures à celles du tourteau de soja et des autres coproduits des céréales, même si certaines drêches de distilleries et certains tourteaux peuvent être encore moins dégradables ».

En complément

Un coproduit intéressant donc pour son apport en protéines, mais qu’il faut savoir doser avec parcimonie. « Il est primordial de n’apporter que 8 kg de matière brute au maximum et de ne pas humidifier la ration », notent les deux conseillers de Rhône conseil élevage. La dégradabilité faible et lente de la protéine dans la panse permet une combinaison idéale avec les rations à base de maïs. « Les différents essais montrent un effet positif sur la production laitière », note la Fidocl Conseil élevage. « Même s’il faut faire attention aux taux butyreux », nuance toutefois Alexandre Batia et Julien Gacon. En bovins viande, des taux de drêches de brasserie allant jusqu’à 40 % sont considérés comme acceptables.

Stockage

En résumé, les drêches ont un réel intérêt agronomique qu’elles soient fraîches, ensilée ou sèches. Les drêches humides peuvent être ensilées et conservées plusieurs mois si le travail est bien fait. Tous les types de silos sont adéquats. « Comme le produit est humide et fermente, il faut que le silo dispose d’un écoulement. », explique la Fidocl Conseil élevage. « Il est conseillé d’entreposer ces drêches sur une dalle en béton », ajoute Alexandre Batia et Julien Gacon. Par ailleurs, il est primordial d’être encore plus rigoureux que pour les autres ensilages. Ainsi, la Fidocl Conseil élevage préconise de « remplir le silo en une seule fois ; prévoir un écoulement pour les jus ; ne pas utiliser des silos trop larges et hauts ; travailler rapidement et sans interruption ; recouvrir les drêches de manière hermétique (film plastique) ; tasser uniformément, mais sans excès de manière à éliminer les poches d’air entre le tas et la bâche ; laisser les drêches fermenter durant trois semaines. Elles s’acidifient naturellement (pH < 4,5). Dans le cas d’une utilisation prolongée (six mois), utiliser un agent conservateur d’ensilage ; déssiler tous les jours très proprement sans décompacter le silo. » La drêche peut également être achetées déshydratées, mais son prix sera beaucoup moins avantageux. Le prix est également un point primordial à prendre en considération. « Le prix
d’opportunité de l’achat de drêche doit être raisonné en comparaison au tourteau de soja et de sa protéine. Il faut privilégier les achats en grande quantité et aux périodes creuses (printemps-été). Rajouter les frais de conservation (bâche +/- conservateur) et ne pas sous-estimer les pertes au silo (5 à 10 %) », indique la Fidocl Conseil élevage.

Sources : fiche coproduit drêches de brasserie du Comité national des coproduits, Utiliser des drêches de brasserie pour les rations vaches laitières de la Fidocl Conseil élevage.
Définition

Définition

Les drêches de brasserie sont les résidus solides de la transformation de grains de céréales germés et séchés (malt) pour la fabrication de la bière et d’autres produits (vinaigre de malt ou extraits de malt). L’orge est la principale céréale utilisée en brasserie, tandis que le blé, le maïs, le riz et le sorgho sont également employés. Les drêches de brasserie sont récupérées à la fin du processus de saccharification, une fois que tous les sucres ont été extraits du grain. Le produit restant est riche en protéines et en fibres, bien adapté à l'alimentation des animaux, notamment des ruminants.