PAROLE D'INTERCO
Jérémy Camus : "Nous voulons revaloriser les métiers agricoles"

Simon Alves
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Tous les quinze jours, un(e) vice-président(e) à l'agriculture d'intercommunalité du Rhône nous présente la politique agricole de son territoire. Ce jeudi, rencontre avec Jérémy Camus, vice-président à l'agriculture de la Métropole de Lyon, qui présentait au conseil métropolitain lundi 21 juin sa politique agricole pour les cinq années à venir. Ces questions sont complémentaires à l'article paru dans notre édition papier du 24 juin 2021.

Jérémy Camus : "Nous voulons revaloriser les métiers agricoles"
2020© Métropole de Lyon - Eric SOUDAN - Alpaca Productions

Quels sont les enjeux entourant l'agriculture de votre territoire ?

Nous avons notre projet alimentaire territorial dont la politique agricole est un axe. Nous avons un rôle d'accessibilité alimentaire puisque 15 % de la population que nous avons interrogée déclarait ne pas se nourrir à sa faim. C'est désespérant et source d'indignation. Il y a aussi un tiers de la population lyonnaise qui déclare ne pas se nourrir comme elle le souhaiterait. Elle aimerait manger plus sain, plus local et moins transformé. Nous avons donc un gros enjeu d'arriver à ce que la production locale qu'on oriente à travers l'assiette des restaurants scolaires donne une accessibilité à la nourriture locale, bio et fraîche. Mais il ne faut pas s'arrêter aux écoles, nous avons un grand nombre de familles qui n'ont pas la possibilité aujourd'hui d'aller vers ce type d'alimentation. J'ai deux piliers : augmenter la résilience de notre territoire et lutter contre les précarités alimentaires sur la Métropole. On a pu voir ces déserts alimentaires émerger pendant la crise sanitaire avec un approvisionnement qui n'était plus assuré.

L'autre enjeu c'est celui de l'approvisionnement en produits à minima transformés. Ils sont fortement absents sur une métropole comme la nôtre. J'ai effectué un certain nombre de déplacements avec la chambre d'agriculture qui nous appuie pour trouver des solutions. Par exemple nous voulons appuyer le développement d'une légumerie en pays mornantais, Rhône-Saône Légumes. On s'aperçoit que concernant la transformation des oeufs, il n'y a pas de caisserie sur le territoire d'accessible. Cela permettrait d'avoir plus de production d'oeufs locaux pour la restauration collective. Nous avons aussi une problématique de saisonnalité : que faisons-nous du maraîchage l'été quand les restaurants scolaires sont fermés ? Faut-il une unité de congélation ? Une légumerie ? Nous voulons aussi lancer une grande opération de cultures de lentilles avec des acteurs des circuits longs pour s'orienter vers du circuit court. On pourrait ainsi développer une filière lentilles en inter-culture. Nous avons beaucoup de beaux sujets sur la table. C'est passionnant.

Prévoyez-vous aussi des actions pour rapprocher les agriculteurs et le public ?

J'ai envie de porter des actions de communication pour le grand public afin de revaloriser les métiers. Ce n'est pas anodin. Nous voulons que les gens puissent aussi se positionner sur les professions agricoles. J'ai missionné la communication du Grand Lyon pour élaborer une communication dédiée à la valorisation du savoir-faire agricole à travers des témoignage d'agriculteurs. Le ciblage serait plutôt jeune. Nous avons déjà fait pendant la pandémie une opération pour valoriser tous les métiers de proximité qui ont été impactés par la crise. On a fait de beaux portraits de commerçants. Il y a de fortes chances pour que nous fassions des campagnes similaires. Il y a aussi cette notion de "venir à". Même s'il y a de plus en plus d'habitants de la Métropole qui vont découvrir le territoire depuis la crise sanitaire, on veut aussi faire venir les producteurs aux lyonnaises et aux lyonnais. Il y a une relation humaine à créer avec des gens parfois trop hors-sol par rapport au monde rural agricole.

J'ai la chance de m'occuper aussi de la cité internationale de la gastronomie qu'on va réorienter sur l'alimentation et la production agricole. J'aimerais avoir des événements dédiés à l'agriculture avec les productions dela Métropole. Mon idée est de mettre en place des rencontres privilégiées avec les plus jeunes aussi. Je m'occupe de l'éducation au développement durable et je suis en train de réfléchir avec la chambre d'agriculture aux types d'événements que l'on pourrait mettre en place pour mettre en valeur les producteurs locaux sur la ville de Lyon auprès des scolaires. Il existe encore des préjugés et une déconnexion entre le produit consommé et toute la valeur qu'il y a derrière. Quand vous mangez, rappelez-vous qu'il y a de la terre, quelqu'un qui a travaillé, qui a mis beaucoup d'efforts et de coeur, avec des produits qui ont pris le temps de grandir. L'alimentation ce n'est pas de l'instantané. Cela amène aussi les gens à se repositionner et à revaloriser l'aliment consommé. 

Vous représentez une majorité écologiste. On sait que les agriculteurs dénoncent parfois une forme d'agri bashing de la part des Verts. Ressentez-vous ces tensions ?

Non, cela se passe super bien. Je ne pars pas avec des préjugés. J'ai une posture plutôt modératrice et je privilégie le dialogue. Après on a tous des positionnements politiques sur la façon de se nourrir ou de produire. Il faut entendre que chacun a ses opinions. Après vient le temps de la concertation. Aujourd'hui mes relations se font essentiellement avec la chambre d'agriculture qui est notre partenaire autour de cette politique agricole. Je sens une compréhension des objectifs. On essaye d'enlever le mot "dogmatisme" qui revient dans toutes les conversations. Il y a un calendrier clair et je pense qu'il n'y en avait pas eu de comme ça auparavant dans la Métropole. Notre besoin est clairement exposé, je trouve que l'on travaille bien, et même très bien. Je suppose qu'il y aura des sujets sur lesquels on ne sera pas d'accord et on en discutera pour avancer.

Nous avons aussi envoyé un signe immense en quadruplant notre budget dédié à l'agriculture. Cela veut dire qu'à un moment donné, le monde agricole sera mieux servi et traité qu'auparavant. Nous allons privilégier des filières et des modes de culture, mais ça reste de l'agriculture. On peut continuer à débattre du bien fondé de l'agriculture biologique, mais il y a aujourd'hui une attente et un besoin. Il faut aussi penser que ce n'est pas que le logo AB. Il y a toute une démarche derrière pour privilégier l'agriculture locale. On ne veut pas aller chercher du logo AB à l'autre bout du monde alors qu'on veut limiter l'impact carbone de l'agriculture. Ma méthode est claire : dialogue, dialogue et dialogue. La porte de mon bureau est toujours ouverte.

Propos recueillis par Simon Alves