Positions d’élus

Cédric Perrier
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Représentants agricoles et élus parlementaires se sont retrouvés pour un temps d’échange. Au menu, l’incontournable loi Egalim mais aussi le referendum initiative partagé (Rip)…

 

Positions d’élus
Les représentants agricoles ont rencontré certains élus parlementaires pour leur faire part directement de leurs attentes.

Les premières interventions ont été celles liées à l’actualité ; les inquiétudes qui planent autour des beaujolais nouveaux. La majorité des fêtes sont d’ores et déjà annulées, quand les premiers constats ne sont pas des plus réjouissants. « Seul l’export est positif, pour le reste, malgré une belle campagne 2020, on est sur un déficit en achat de moins 40 000 hecto sur 140 000. Les portes ouvertes, qui sont très importantes pour nous, sont aussi annulées. Le beaujolais nouveau, c’est 15 % en vente directe », regrette Luc Pierron, viticulteur, lundi 12 octobre, jour de la rencontre avec les parlementaires.

Étienne Blanc, tout juste sénateur, a voulu savoir si la vente en ligne pourrait être une alternative. « Nous nous y mettons, nous nous adaptons. Mais nous ne sommes pas habitués, ni équipés, pour ce type de procédé même si nous savons que cette option est en devenir. Le contact demeure essentiel dans le monde agricole », a répondu Pascal Girin, agriculteur et président de la FDSEA. Il n’a d’ailleurs pas hésité à interpeller les élus parlementaires sur la nécessité de mettre en place des décrets d’applications pour l’article 44 de la loi Egalim. 

Adopté en 2018, en pleine polémique sur les accords de libre-échange, l’article entend imposer qu’aucune denrée entrant sur le sol français ne soit cultivée avec des produits interdits en Union européenne. Pourtant, depuis son entrée en vigueur, rien ne s’est passé. Et pour cause : l’article est promulgué mais n’a toujours pas de décret d’application. Les EGA prévoient également la mise en place des prix agricoles rémunérateurs « On doit aller vers plus de contrôles et on doit faire reconnaitre et imposer  la prise en considération de nos coûts de production. Sur les produits carnés et les végétaux, les coûts  logistiques ne cessent d’augmenter. Il nous faut travailler par filière, il en va de l’équilibre de notre souveraineté alimentaire », a poursuivi le président de la FDSEA du Rhône.

Etre accompagnés dans la mutation agricole  

D’ores et déjà, la mobilisation des agriculteurs contribue à de vrais résultats en termes de transition écologique. Pour Dominique Despras, agriculteur « par intermittence », comme il aime le répéter tant le métier demande aujourd’hui de jongler entre le terrain et les démarches administratives, « l’urgence demeure d’accompagner humainement, et dans l’investissement, les agriculteurs dans cette mutation qui nous est demandée, c’est l’enjeu du plan de soutien. »

L’introduction, prévue dans la loi Egalim, d’au moins 50% de produits de qualité et durables, dont au moins 20% de produits biologiques, dans la restauration collective au 1er janvier 2022 a également été évoquée. Pascal Girin rappelle « qu’il est regrettable que la mention local ne soit pas précisée. Mais encore une fois, les coûts de production n’ont pas été pris en compte et il sera difficile d’atteindre ces objectifs. »

« Une solution serait d’augmenter les prix des matières premières qui aujourd’hui varient est d’environ 1€ par repas. Avec plus 30 centimes par repas, on serait sur une augmentation d’environ 35 euros par an pour un élève. Par ailleurs, l’accès à ces marchés se fait par des appels d’offre et certaines structures ne répondent plus à ces appels d’offres de délégation de service public (DSP) parce qu’elles ne peuvent pas répondre au cahier des charges trop contraignant », renchérit Dominique Despras. Il y a donc encore du travail à réaliser en concertation avec les agriculteurs des territoires pour que cette règlementation puisse être appliquée avec cohérence.

 « Nous sommes prêts à communiquer dans les écoles »

Le Référendum d’initiative partagée (RIP) sur la protection animale, très en vogue, a été abordé.  Pascal Girin n’a pas caché son inquiétude face aux nombre importants de parlementaires qui l’ont déjà signé. « Pour qu’il soit adopté, il en faut 185 et on n’est pas loin. Nous ne cessons de faire des efforts considérables qui ne sont pas reconnus. » Pour être adopté, le Rip doit également enregistrer  10 % des personnes inscrites sur les listes électorales, soit 4,7 millions. « Je n’ai pas peur de le dire : en France il y a plus de gens mal logés et mal nourris que d’animaux en cage », a osé Dominique Despras.

« Nous sommes disposés et disponibles pour aller dans les écoles et parler de notre agriculture, nous sommes les mieux placés, mais nous n’y sommes pas autorisés », a regretté de son côté l’éleveuse Élise Michalet. Elle a rappelé le rôle de la recherche. « L’Etat doit s’engager et s’appuyer sur la recherche, fondamentale et appliquée, et sur l’innovation, notamment des agriculteurs, pour trouver les réponses permettant de soigner les plantes et les animaux. »

L’emploi agricole, le système assurantiel, l’irrigation, la sécurité sociale et la retraite ont également été abordés dans ce large tour d’horizon des sujets majeurs liés à l’agriculture. Les sénateurs et députés ont écouté, beaucoup sont intervenus. Les agriculteurs espèrent avoir été entendus.