EXCLU WEB
La vigne en héritage

Simon Alves
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Depuis 2017, Samuel Berger travaille avec son père sur l'exploitation familiale du Domaine Berger des Vignes à Pommiers. A 25 ans, le viticulteur adhérent des Jeunes agriculteurs espère pérenniser une exploitation qui ne cesse d'évoluer depuis quatre générations. 

La vigne en héritage

Surplombant la commune de Pommiers, le Domaine Berger des Vignes offre une vue sans pareil sur le village et le sud du Beaujolais. Un panorama que même le temps automnal de ce mois de juillet ne saurait entacher la beauté. "Ça va quand même être compliqué de se mettre dehors avec cette pluie", lance Samuel Berger, co-gérant de l'exploitation. Depuis 2017, le jeune viticulteur a rejoint son père et sa mère, Claude et Corinne, pour travailler sur le domaine. Une voie qui, sur le papier, semblait toute tracée : Samuel représente la cinquième génération de Berger à s'investir ici. Pourtant, ce n'était pas gagné d'avance pour le jeune homme d'aujourd'hui 25 ans qui avait initialement d'autres projets. "A la base, je voulais devenir chauffeur d'engins de chantier, révèle-t-il. J'étais tout le temps avec mon père dans le tracteur dans les vignes et c'est de là qu'est venue l'envie. Et puis un jour il m'a demandé si ça m'intéressait de venir un jour travailler avec lui."

L'idée n'a pas mis longtemps à convaincre celui qui depuis toujours a grandi au milieu des vignes jadis cultivées par ses aïeuls. "C'est devenu au fur et à mesure une passion, explique-t-il. J'avais l'envie d'être dehors et surtout de travailler dans un vignoble en constante évolution." C'est ainsi qu'il s'est orienté dès 2010 vers une formation vigne et vin au lycée Bel Air de Belleville avant d'enchaîner sur un BTS viticulture œnologie. S'il n'a pas mené ce dernier cursus jusqu'à son terme, le fils de viticulteur en a retiré plusieurs enseignements techniques. "Je connaissais forcément quelques bases, mais on apprend toujours des choses intéressantes dans les formations comme la physiologie de la vigne ou les détails de la vinification", raconte Samuel.

Idées d'ailleurs et passage en bio

Avant de prendre place aux côtés de son père, l'aspirant viticulteur a tout de même tiré parti de son BTS et de ses stages. Il en a notamment profité pour aller découvrir d'autres vignobles comme le Saint-Joseph dans la vallée du Rhône ou le Saint-Nicolas-de-Bourgueil dans le Val-de-Loire où il a travaillé pendant un an en tant que salarié. Revenu en 2017 pour s'associer avec ses parents, Samuel Berger a ainsi pu en ramener de nouvelles idées et façons de faire. "Par exemple pour l'ébourgeonnage de cep j'ai importé un outil, comme une pelle, qu'ils utilisent dans le Val-de-Loire, qui permet de rester droit et évite d'avoir à se pencher, détaille-t-il. Ça fait deux ans qu'on l'utilise sur l'exploitation et c'est une vraie révolution pour la pénibilité du travail."

Le retour de Samuel a aussi été l'occasion d'opérer un véritable tournant dans la production du Domaine Berger des Vignes. Après des décennies de viticulture conventionnelle, l'exploitation s'est entièrement convertie en bio. "Mon père y pensait depuis les années 2000 mais avec la forme de l'exploitation ce n'était pas jouable", poursuit le jeune viticulteur. Il fallait en effet restructurer le vignoble en l'élargissant à 2 mètres par 0,85 pour pouvoir le travailler dans cette nouvelle configuration. Une chose qui a été permise par l'arrivée de Samuel en qualité de main d'œuvre supplémentaire. Cela a aussi permis à l'exploitation de gagner en surface cultivée pour passer à 21 hectares.

"Avec mon père, on a la même vision"

Comme dans toute exploitation qui se transmet dans le cadre familial, travailler avec son propre père peut représenter un défi. "Comme tout père et fils, on a quelques engueulades de temps en temps, en rigole le jeune beaujolais. Mais sinon ça se passe bien. On a un peu la même vision de la façon dont il faut conduire notre vigne." Si le travail du sol est le même d'une génération à l'autre, la gestion administrative reste encore l'apanage de Claude Berger. "Il faudrait qu'un j'intègre tout ça rapidement", avoue Samuel. La suite, seul aux manettes, le jeune homme y pense déjà. Si pour l'heure la retraite du père n'est pas encore évoquée, Samuel Berger anticipe ses besoins futurs. "Il faudra probablement un salarié à mi-temps, puis à temps plein, prévoit-il. Pourquoi pas un associé aussi ? Dans tous les cas, tout seul, ça risque d'être tendu. Avoir quelqu'un me permettra d'avoir un peu de temps libre les weekends par exemple." La vigne représentera évidemment la majeure partie de son travail avec une diversité de cépages importante entre l'aligoté, le chardonnay, le pinot, le gamay, le syrah, le viognier et bientôt le gamaret. Autant d'essences qui permettent de déployer une large gamme de crémants de bourgogne, de blancs et de rouges.

A côté de l'activité viticole, le gîte, créé en 2006 et agrandi dernièrement, devra aussi être géré. "Il peut accueillir 34 personnes et les réservations sont régulières", précise Samuel. S'il n'a pas de projets d'agrandissement, le jeune viticulteur anticipe déjà les difficultés de plus en plus grandes à attirer de la main d'œuvre sur place en songeant à intégrer la robotique au travail de terrain. "Cela permettra d'améliorer la vitesse de travaille mais il faudra faire des essais et certainement pas seul", prévient Samuel, qui songe notamment à acheter en Cuma. Dans tous les cas, le natif de Pommiers sait qu'il pourra compter sur son syndicat. Depuis 2017, il est adhérent chez les Jeunes agriculteurs, sous l'impulsion de son président de canton Aymeric Melinand. "Un jour il m'a emmené à un conseil d'administration des JA à la Tour-de-Salvagny et ça m'a plu, se souvient-il. Cela m'a permis de faire des rencontres en dehors du cercle viticole, de voir tous les autres domaines du Rhône." S'il n'est pas pour l'heure encore pleinement investi, Samuel Berger n'exclut pas d'y venir un jour, d'autant qu'on le pousse selon lui pour prendre la présidence du canton. "Je ne le ferai que si j'ai le temps, je ne veux pas être obligé de prendre quelqu'un pour travailler à ma place, mais je ne dis pas non", conclut-il.