Feurs
Bilan d’un comice 2021 si singulier

Emmanuelle Perrussel
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Que faut-il retenir de l’édition 2021 du comice agricole de Feurs, ou plutôt du « marché de viande », qui se déroulait le week-end dernier ? Voici l’analyse du président de l’association et des responsables des concours.

Bilan d’un comice 2021 si singulier

Le maire de Feurs qui achète une génisse pour l’offrir au maire de Lyon, une remise des prix qui se déroule dans les écuries et qui ne dure que quelques minutes, un hall d’entrée silencieux puisque la buvette est restée fermée, des burgers à emporter et à manger dans la rue en guise de restauration, des allées clairsemées puisque les visiteurs n’étaient pas autorisés à entrer, des animaux qui quittent les écuries le samedi à 15 heures…, l’édition 2021 du comice agricole de Feurs aura été en plusieurs points singulière, tout ceci en raison de l’épidémie de Covid.

Arrivés vendredi 12 mars tout au long de la journée, les animaux des concours d’animaux de boucherie charolais et croisés, limousins et les agneaux de boucherie ont été jugés le lendemain matin, le samedi. 124 animaux de boucherie charolais et croisés avaient été inscrits. 118 ont été jugés. 36 animaux de boucherie limousins avaient été inscrits. Ils étaient finalement 32. 16 cases de chacune quatre agneaux de boucherie étaient inscrites ; 14 étaient présentes. Comme chaque année, des défections ont été enregistrées entre l’inscription et le concours en raison par exemple d’animaux blessés. Cette année, un éleveur n’a pas pu se présenter ayant appris qu’il était cas-contact Covid-19. Mais d’autres éleveurs n’ont pas pu emmener leurs animaux puisqu’ils avaient été détectés « positifs » à l’IBR. Effectivement, suite à une multiplication des cas de cette maladie depuis le début de l’année, les éleveurs ont dû faire pratiquer une prise de sang pour l’IBR dans les deux semaines précédant le comice. 

Le jugement s’est déroulé dans de bonnes conditions, à huis clos, comme c’est la règle depuis plusieurs années maintenant. Vers 9 h 30, les portes des écuries du centre-ville de Feurs s’ouvraient pour les acheteurs potentiels, qui devaient tous être munis d’un pass, tout comme les éleveurs. Aucun visiteur n’était admis dans les écuries cette année en raison des exigences sanitaires liées au Covid-19. Vers midi, les allées des écuries s’étaient déjà bien vidées, la plupart des transactions étant déjà finies. La plupart des acheteurs étaient repartis et les éleveurs se restauraient grâce au food-truck installé à proximité des écuries et qui proposait des burgers à emporter. Un silence inhabituel régnait dans les écuries, alors qu’habituellement la foule est dense à cette heure-ci le samedi. Seuls les bêlements des agneaux rompaient ponctuellement ce silence.

Achat par le maire de Feurs

Il est une transaction qui marquera sans nul doute l’histoire du comice : celle faite entre un éleveur installé à proximité de Feurs et le maire de Feurs, en fin de matinée. L’objectif de Jean-Pierre Taite, également vice-président du Conseil régional en charge de l’agriculture : l’offrir au maire de Lyon, ce dernier ayant décidé, il y a maintenant quelques jours, de ne plus servir de viande dans les cantines des écoles. « Je veux expliquer au maire de Lyon que nous mangeons de la viande depuis des générations et que nous sommes en bonne santé, expliquait Jean-Pierre Taite au milieu des écuries, micro à la main. Cette décision de ne plus servir de viande est inacceptable. Les gens de la filière sont des passionnés. Leur travail doit être reconnu.» Le maire de Feurs a invité les membres de la filière viande présents à ce moment-là à signer un courrier de soutien. Des propos qui ont naturellement été applaudis. Une centaine de signatures a été recueillie. Il assurait que « si le maire de Lyon ne veut pas la viande issue de cet animal, elle sera servie dans les cantines des écoles de Feurs ». M. Blot (Boucherie 2B à Feurs) a proposé de travailler gratuitement la bête. Affaire à suivre dans les prochains jours…

En dehors de ce coup symbolique et médiatique, il faudra retenir de cette édition 2021 qu’environ 90% des animaux présents ont trouvé acquéreur, annonçait en début d’après-midi Pierre Dosson. Difficile d’être plus précis cette année puisque aucun carton pour spécifier le nom des acheteurs devant les animaux n’a été affiché, panneau destiné les autres années à informer les visiteurs.

Éleveurs reconnaissants

Estimant que les transactions qui devaient se faire étaient désormais conclues, le président Dosson a autorisé les éleveurs à approcher leurs bétaillères des portes des écuries pour charger les animaux à partir de 15 heures. Les écuries se sont ainsi progressivement vidées pour retrouver leur tranquillité en fin de journée. Dimanche, quelques membres de l’association étaient présents pour enlever le fumier et effacer les dernières traces de cette édition 2021 du comice de Feurs si particulière.

Les responsables du comice retiendront les mots reconnaissants des éleveurs à leur attention pour avoir organisé, tant bien que mal, ce marché de viande, leur offrant ainsi la possibilité de trouver une meilleure valorisation de leurs animaux. Ce marché de viande fût aussi l’occasion pour les éleveurs de se retrouver, deux ans après la dernière édition du comice (le jugement s’était déroulé dans les fermes en 2020 en raison du confinement). Des retrouvailles dans la bonne humeur malgré le stress du concours et les enjeux liés à la vente, et malgré les gestes-barrières à respecter pour se protéger mutuellement du Covid-19. Ces retrouvailles ont été de courte durée, l’heure de départ des animaux ayant été avancée de deux heures par rapport au programme. Les éleveurs les plus éloignés géographiquement de Feurs ont pris la route les premiers. Les autres les regardaient, presque abasourdis par cette situation inédite, ceci dans un calme et un silence inhabituels pour un samedi après-midi du comice.

 

Lucie Grolleau Frécon