Le vin de la Croix-Rousse

Cédric Perrier
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Sur la colline de la Croix-Rousse, à Lyon, quelques trois cents pieds de vigne, des vendanges et une cuvée. Tout ça sous la gouvernance de la République des Canuts.

Le vin de la Croix-Rousse
Gérard Truchet, président de la République.

Il invite à entrer dans l’Élysée. Le président de la République est comme ça, il reçoit en toute simplicité, sans tambour ni trompette. Depuis 1986, date de la replantation de vignes à Lyon, plus précisément sur la colline de la Croix-Rousse, les bouteilles des différents millésimes sont alignées sur une étagère haute. Cette année-là fut aussi celle de la venue du pape Jean-Paul II dans la capitale des Gaules.

« Il y a eu comme un miracle d’avoir du vin dès la première saison, d’où notre première cuvée extraordinaire », se souvient taquin Gérard Truchet, élu en 1995, avant d’ajouter : « je suis le plus vieux président de la République en exercice, avec 25 ans de siège ». Pour l’épauler, un gouvernement de vingt ministres.

Rire de tout mais pas avec tout le monde 

Là-haut, sur la colline qui travaille, l’engouement pour les mouvements alternatifs et autres désordres réjouissants  ne date pas d’hier et se transmet tel un héritage. L’association de la République des Canuts est donc née un jour de juin 1986, avant de se jumeler un an plus tard avec sa grande sœur, la République de Montmartre, à Paris.

Elle assure la vendange et les cérémonies saisonnières comme les Brandons, le Paradis, le prix Canuts pour la Saint-Vincent, avec pour ambition d’animer le quartier et de pérenniser l’esprit croix-roussien. Un exemple : parce qu’il faut rire de tout mais pas avec tout le monde, la République des Canuts a organisé en 1996 le G ceps, référence au G7 qui se tenait au même moment entre Rhône et Saône. Sur la place de la Croix-Rousse, six appellations  et des amoureux de légèreté à la rencontre du public.

Comme pour leurs homologues viticulteurs de la région, moins fantasques, la récolte 2020 s’est déroulée bien plus tôt que d’habitude, le 29 août. « Elle est peut-être un peu trop sucrée et ça manquait d’eau, mais ce sera un beau millésime, autour des 13 % je pense. »  Dans le parc de la Cerisaie, une surface pentue de 500 m2 sur laquelle s’enracinent 300 ceps, du Gamay bien entendu, pour près de 300 bouteilles. Rien ne se vent, tout se boit. La vinification se fait quant à elle chez un ancien viticulteur des coteaux du Lyonnais, à Millery.

Un vin diététique et décholestérolisant

Chaque pied de vigne arbore sur son échalas le nom d’un parrain : on peut lire celui du maire de Lyon Grégory Doucet, celui de Mgr Barbarin, l’historienne de la Croix-Rousse Josette Barre, quand d’autres décédés, comme Paul Bocuse, ont eu aussi ce privilège. « Cet acte de parrainage donne droit à une bouteille du Clos des Canuts aux couleurs de rubis, gouleyant, diététique et décholestérolisant. » Soit.

Autre rendez-vous marquant, les états généraux des communes et républiques libres de France. Ils auraient dû se tenir à Die. Durant trois jours, c’est alors la « tournée des grands ducs » entre découverte culinaire et patrimoine historique.  Mais un virus s’est invité sans recevoir une invitation.