L'info en bref
Broyage des poussins, phytos, diversification culturale...

Simon Alves
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L'essentiel de l'information agricole nationale et régionale de ces dernières heures, à lire chaque lundi, mercredi et vendredi dès 9 h.

Broyage des poussins, phytos, diversification culturale...

Fin du broyage des poussins: une douzaine d'Etats membres partants

La proposition portée par la France et l’Allemagne d’interdire au niveau de l’UE la mise à mort systématique des poussins mâles a reçu, le 19 juillet lors du Conseil des ministres de l’Agriculture des Vingt-sept, le soutien d’une dizaine d’États membres (Luxembourg, Finlande, Chypre, Irlande, Espagne, Belgique, Pays-Bas, Grèce, Slovaquie, Portugal). «Les alternatives (sexage in ovo) sont opérationnelles», a précisé le ministre français Julien Denormandie. Mais un certain nombre d’autres ministres ont aussi souligné les coûts que cette interdiction pourrait avoir sur les producteurs et en bout de chaîne sur les consommateurs. Ils ont également mis en avant le risque de concurrence de produits venant de pays tiers. Sans s’engager formellement, la commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, a répondu que le sujet serait évalué dans le cadre de l’étude d’impact qui accompagnera ces propositions de révision de l’ensemble de la législation communautaire sur le bien-être animal attendues pour 2023. La veille, le ministre de l'Agriculture français Julien Denormandie avait annoncé au Journal du dimanche (JDD) que la France interdirait le broyage des poussins sur son territoire «courant 2022», tout comme l'Allemagne. Les professionnels français craignent une concurrence déloyale avec leurs homologues d'autres pays européens où l'interdiction ne serait pas en vigueur.

Fin du broyage des poussins: en France, deux pistes pour répercuter les coûts

Des réflexions sont en cours au sein de l'interprofession de l'oeuf (CNPO) pour compenser le surcoût (+1 à 4ct sur une boite de six oeufs) induit par l'interdiction du broyage des poussins, dont le ministre de l'Agriculture a annoncé, la veille, qu'elle devra être opérationnelle courant 2022. Deux options sont sur la table. La première est la création d'un fonds interprofessionnel assis sur une cotisation volontaire étendue (CVE), qui notamment la faveur des éleveurs de la CFA (FNSEA). Même si les fédérations de commerce y seraient favorables sur le principe, «nous en sommes au tout début des discussions», modère le président du CNPO Philippe Juven. «Il y a tout un travail juridique à réaliser pour vérifier la compatibilité avec les règles de commerce et de concurrence». La seconde option est celle d'une contractualisation qui mobiliserait les nouveaux outils mis en place par la future loi Egalim 2. Mais elle s'appliquera difficilement sur le marché très concurrentiel des ovoproduits, craint l'éleveur : «Au moindre écart de prix, les clients iront s'approvisionner ailleurs en Europe». C'est pour cette raison que l'interprofession pousse le gouvernement à demander une interdiction sur le marché européen. La question devrait être portée par le couple franco-allemand ce 19 juillet à l'occasion du Conseil des ministres de l'agriculture européens, a confié le cabinet de Julien Denormandie lors d'un point presse le même jour.

Fin du broyage des poussins: la CFA critique les moyens, Welfarm les techniques

L'annonce faite par Julien Denormandie de concrétiser la promesse d'interdire le broyage des poussins courant 2022 a déçu les éleveurs de la CFA, l'association spécialisée de la FNSEA, qui souhaitaient que la mesure soit mise en place «de manière progressive et sécurisée afin d'éviter la délocalisation et la concentration de l'accouvage et à condition que le surcoût ne soit pas pris en charge par les éleveurs». Pour la CFA, la réglementation par décret annoncée par le ministre de l'Agriculture «balaie d'un revers de main les inquiétudes des éleveurs et les condamnent à subir et à financer une nouvelle fois une transition à marche forcée», regrette-t-elle dans un communiqué paru le 19 juillet. Ils plaident notamment pour une cotisation interprofessionnelle (voir plus haut). A l'inverse, Welfarm a accueilli plutôt favorablement la calendrier, mais regrette que le ministre ait laissé le choix aux couvoirs de choisir entre les différentes techniques de sexage, car toutes ne sont pas réalisées après le même délai suivant la ponte. Welfarm souhaite que «le sexage in ovo soit réalisé au plus tôt, c’est-à-dire avant 7 jours d’incubation», arguant que «les recherches actuelles permettent d’affirmer que l’embryon ne ressent aucune douleur jusqu’à 6 jours».

Phytos: lancement d'un suivi annuel de 75 produits dans l'air ambiant

Chlordécone, lindane, glyphosate.... Après une campagne test en 2018, un suivi annuel de 75 pesticides dans l'air extérieur est désormais mis en place en métropole et en outre-mer, ont annoncé le 19 juillet les organismes responsables, espérant pouvoir le faire de façon «pérenne». En juin 2018, l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris), Atmo France qui fédère les associations de surveillance de la qualité de l'air, et l'agence sanitaire Anses avaient lancé pour un an une première campagne nationale pour réaliser un état des lieux de l'exposition chronique de la population aux pesticides dans l'air. Le suivi lancé ce mardi, «à vocation pérenne» en fonction des financements futurs, concerne 75 substances, fongicides, herbicides et insecticides, considérés comme des «polluants d'intérêt national», ont annoncé l'Ineris et Atmo France dans un communiqué. Dans chaque région, un site "proche d'un bassin de vie" a été identifié pour réaliser les mesures, permettant au total de représenter l'ensemble des profils agricoles de métropole et d'outre-mer: grandes cultures, viticulture, arboriculture et maraîchage. «Les premières données seront accessibles à l'été 2022», a précisé le communiqué.

Environnement: des effets positifs confirmés de la diversification culturale (étude)

Dans une synthèse parue le 11 juin dans la revue Global change biology, des chercheurs du Cirad et d’Agroparistech indiquent que la diversification culturale, par l’agroforesterie, les couverts végétaux ou encore les cultures associées, améliorent significativement le contrôle des ravageurs (+63%), la qualité de l’eau (+51%), et plus largement la biodiversité (+24%). Ces techniques montrent aussi des gains de production significatifs de l’ordre de 14%, et une amélioration de la qualité des sols. «Jusqu’ici, la plupart des études étaient dispersées. Avec ce travail, nous synthétisons les impacts quantifiés de plus de 5000 expérimentations de terrain, effectuées dans le monde entier, de 1936 à aujourd’hui», détaille Damien Beillouin, chercheur au Cirad et premier auteur de la publication. L’étude souligne les atouts de l’agroforesterie qui présenterait à la fois les gains les plus importants en matière de biodiversité et de production par rapport aux autres techniques. La couverture des sols serait la technique la plus avantageuse d’après la littérature en matière de contrôle des ravageurs et des maladies. «Il est important de souligner que les émissions de gaz à effet de serre sont les seules variables qui montrent une tendance négative», alertent les auteurs, indiquant que les études manquent sur le sujet, tout comme sur les effets de la diversification sur les résultats économiques des exploitations.