Elevage simmental
Le prix du plaisir

Le Gaec Gonon, à Marnand, commune de Thizy-Les-Bourgs, élève le troupeau le plus important de simmental du département. En octobre dernier, Migraine est montée sur la troisième marche du podium au Sommet de l’élevage de Cournon. Une fierté pour les deux frères.

Le prix du plaisir

Ce n’est pas la haute montagne. Mais ça monte pendant longtemps, ça serpente sans cesse. Pour arriver à Marnand, commune de Thizy-Les-Bourgs, il faut avoir une raison d’y aller. Là-bas, le Gaec Gonon. Deux frères, Jean-Michel, 52 ans et Pascal, 50 ans. Comme tous ou presque, ils ont suivi leurs parents avant de prendre la suite en 1995. Une quarantaine de laitières plus vingt charolaises. Nul besoin de s’aventurer plus loin. Mais Pascal n’est pas du genre à regarder le temps passer, avachi dans le confort. « J’ai besoin que ça bouge. Nous avions des prim’holsteins et des montbeliardes. En 2007, j’ai vendu toutes les prim’holsteins pour acheter 25 simmentals », se souvient celui qui ne jure pas que par ses vaches, même s’il dit aimer son métier. « C’était un gros challenge. J’aime cette race, pourtant elle produit moins de lait. Aujourd’hui, les trois-quarts du troupeau sont en simmental, soixante, plus trente montbéliardes. » Avant la retraite, Pascal aimerait n’avoir plus que de la race simmental. Mais ça, c’est encore une autre histoire.

Pascal Gonnon
Pascal Gonon, précurseur de la simmental dans le Rhône.

Précurseur de la simmental dans le département

Entre Pascal et la simmental, un coup de coeur, au point d’en être le précurseur dans le département du Rhône. « Je crois savoir qu’il a connu cette race lors du Sommet de l’élevage, à Cournon. C’est de loin celui qui en fait le plus », acquiesce Jean-Baptiste Geoffray, technicien simmental, avant de poursuivre : « il y a eu un effet cascade. Trois élevages (Tarare, Dardilly et Marnand) adhèrent dorénavant au schéma de sélection. Je pense que dans peu de temps, l’élevage de Dardilly sera d’ailleurs 100 % pur simmental. Mais Pascal reste celui vers qui j’oriente ceux qui pourraient être intéressés par cette race. » Alors comme une récompense méritée, le Gaec Gonon a été remarqué au dernier Sommet de l’élevage avec une troisième place sur le podium du palmarès simmental. « Migraine a reçu le troisième prix, première lactation. Ça fait cinq ou six ans de suite que je vais au salon, ça permet de savoir où on en est, et de promouvoir la race », se félicite Pascal. Si la simmental produit un peu moins de lait qu’une montbéliarde, par exemple, la race réserve beaucoup d’autres atouts. « On est à 6300 kg de lait par an pour une vache, dont 40 % de matière grasse et 34 % de protéine. Cette race qu’on peut définir comme mixte a une plus-value sur la viande. En 2018, la carcasse était estimée, en moyenne à 395 kg, alors que pour une autre vache, on l’estime à 300 kg. Mais la grosse différence demeure dans son caractère : c’est une vache très calme donc facile à vivre au quotidien », vante Jean-Baptiste Geoffray.

Le virage de la transformation sans regret

Autre virage plus récent pour les deux frères, la transformation de l’agriculture. « En 2018, l’exploitation est passée en bio, terrains et production. C’était là aussi un challenge technique et une certaine écoute du monde dans lequel on évolue. Soit on y allait, en réponse aux attentes, soit on risquait de s’enfermer », note Pascal. Un nouveau métier pour une nouvelle image. « L’un des points faibles est le manque de fourrage, notamment en période de sécheresse. Le coût de production est aussi plus élevé. Par exemple, pour 1000 kg de tourteaux de soja on est entre 800 et 900 euros. La même quantité en conventionnel est environ à 300 euros. Mais c’est une philosophie, il ne faut pas y aller pour le prix. Notre clientèle a par conséquent changé. » Le prix du lait lui, est valorisé à hauteur de 460 euros pour 1000 l, alors qu’il était à 320 euros avant la conversion.
Marié et père de deux enfants, Pascal n’est pas déçu de voir ses enfants prendre un autre chemin que celui de l’agriculture. « Je continue d’aimer ce que je fais, même si je trouve que c’est plus difficile aujourd’hui qu’il y a vingt ans. Pour ça, j’ai besoin de sortir de l’environnement agricole. J’adore courir, j’en ai besoin. J’aimerais bien m’y remettre », précise celui qui a été l’un des derniers bébés nés à la maternité d’Amplepuis, en mars 1969. Un loisir stoppé net par la rupture d’un ligament croisé, en allant chercher un veau au fond d’un pré.