Ovins
L’agnelage d’automne se prépare dès maintenant

Marie-Cécile Seigle-Buyat
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L’alimentation des brebis qui vont agneler en août et septembre se réfléchie dès maintenant. Les clés de réussite d’un agnelage sont essentiellement liées à l’état d’engraissement des mères.

L’agnelage d’automne se prépare dès maintenant

Les clés de la réussite d’un agnelage sont essentiellement liées à l’état d’engraissement des brebis. Si la ration est souvent surveillée et améliorée le dernier mois de gestation, c’est déjà trop tard si les brebis ne sont pas en bon état corporel. Ceci est d’autant plus vrai pour un agnelage d’automne (août/septembre) où les conditions d’alimentation estivales ne sont souvent pas optimales. C’est donc dès maintenant qu’il faut réfléchir à comment alimenter ses brebis qui vont agneler en août ou septembre prochain.

Bien identifier son lot de brebis gestantes

Il faut dans un premier temps bien identifier son lot de brebis gestantes pour pouvoir réserver la meilleure herbe aux brebis en milieu de gestation, notamment durant l’été, où la qualité de l’herbe peut vite évoluer. Pour cela, il faut avoir recours aux échographies qui sont réalisées quarante jours après la fin de lutte. Le coût de l’échographie est largement compensé par l’économie réalisée en ne complémentant pas les brebis vides d’une part et d’autre part, par les meilleurs résultats obtenus à l’agnelage en ayant optimisé la conduite des gestantes.

Statut parasitaire en milieu de gestation

Attention, le manque d’état corporel peut-être lié aussi à un problème sanitaire. Il faut donc déterminer le statut parasitaire de ses brebis en milieu de gestation. En fonction de la dernière période de traitement, de l’évaluation de l’infestation, il faut déterminer si le statut parasitaire des brebis semble satisfaisant ou non. En cas de doute, des analyses coprologiques peuvent être réalisées. En tous cas, si un traitement antiparasitaire doit être réalisé, il ne faut pas attendre car ce sera autant de temps perdu pour assurer une reprise d’état.

Suivant la taille du lot, re-séparer les grasses et les maigres

À l’herbe, l’allotement est moins facile à réaliser qu’en bergerie surtout en fonction du nombre. Mais si l’état d’engraissement est très hétérogène et que le lot est important, il peut être intéressant dans la mesure du possible de recouper le lot en 2 de façon à bichonner les moins en état.

Optimiser le poids des agneaux à la naissance

Si les rappels précédents ont pour objectif d’avoir des brebis qui arrivent en très bon état au dernier mois de gestation, la bonne alimentation des mères durant le dernier mois de gestation est aussi primordiale car certes, elle ne permettra pas de reprise d’état, mais permettra d’optimiser au moins le poids à la naissance des agneaux. Un agneau qui pèse moins de 2,5 kg à la naissance a 80 % de risque de ne pas atteindre le poids d’abattage, ou 50 % des agneaux pesant moins de 3 kg à la naissance meurent avant d’être commercialisés.
Des études ont également mis en évidence un écart de croissance de 20 g par jour sous la mère pour une différence de 500 g de poids de naissance. D’autre part, l’INRAe a clairement montré que les agneaux de faible poids à la naissance doivent être abattus moins lourds, pour éviter toute pénalisation liée à un excès de gras. Un kilo d’écart à la naissance entraîne une diminution de 0,6 à 1 kg du poids carcasse.
C’est au cours des quatre dernières semaines de gestation que le poids de la portée se détermine. Il est alors conditionné en grande partie par la ration de la mère qui a des besoins élevés alors que sa capacité d’ingestion est au plus bas, conséquence du développement du ou des foetus. Il faut donc à la fois distribuer du très bon pour subvenir aux besoins, mais aussi une ration suffisamment fibreuse pour faire ruminer, ce qui n’est pas toujours facile.
Là aussi l’herbe peut suffire, à condition qu’elle soit courte et feuillue, sinon un apport de 300 g de céréales au cours des trois dernières semaines de gestation reste conseillé.

Rentrée en bergerie ?

Si malgré une qualité moyenne, l’herbe est encore présente en quantité, une complémentation en céréales est suffisante. En revanche, si la quantité est limite, il faut peut-être se poser la question de savoir s’il faut affourager au pré ou rentrer les brebis bien avant la mise-bas. Plusieurs paramètres sont à prendre en compte pour la décision. Si la quantité d’herbe est limite et en plus de qualité moyenne, comme c’est souvent le cas à cette période, il peut être plus intéressant de la garder pour d’autres catégories d’animaux aux besoins plus faibles, et de rentrer les gestantes sans trop tarder pour optimiser leur alimentation. Il faut aussi évaluer l’état des stocks hivernaux, rien ne sert de rentrer des brebis si c’est pour les rationner en bergerie. La qualité du fourrage qui peut être distribué à l’extérieur doit également être observée à la loupe. Pour que les brebis consomment du fourrage en extérieur, il faut vraiment de l’appétence : enrubannage ou foin de type regain, sinon elles n’en consomment pas suffisamment, sur-pâturent, donc maigrissent et en plus se parasitent.

Pensez aussi à la préparation du bâtiment

De par ses aménagements, son ambiance et l’hygiène qui y sont apportés, la bergerie d’agnelage tient une place décisive dans la maitrise de la mortalité agneaux. Avant l’entrée des brebis en bergerie pour l’agnelage, la bergerie doit être curée, si possible décapée et désinfectée, avec au moins un vide sanitaire d’un mois. C’est donc le moment de la préparer et de réfléchir à son aménagement. Des cases d’agnelages installées avant le début de l’agnelage sont souvent un indicateur que l’éleveur est prêt pour cette période importante, d’où une meilleure organisation du travail pendant l’agnelage, qui se traduira par de meilleurs résultats. Le nombre de cases d’agnelage doit correspondre à environ 10 % du nombre de brebis qui vont mettre-bas. Leur surface est de minimum 1,5 m².Prévoir une surface en aire paillée de 1,5 m² par brebis avec 1 agneau, et 2 m² par brebis avec 2 agneaux. Le paillage est également primordial en période d’agnelage, il doit être réalisé tous les jours pour les mères avec agneaux, sur la base de 1 kg de paille par brebis et par jour. En cas de forte chaleur, il ne faut pas hésiter à ouvrir les bâtiments et à faire des courants d’air, à condition que ces courants d’air ne soient pas au niveau des agneaux mais plus en hauteur.

Michel Pocachard, conseiller ovin de la chambre d'agriculture,
avec l’appui des fiches éditées
par l’Institut de l’élevage

Nec

Apprécier l’état corporel

Il est également important d’apprécier l’état corporel de ses brebis en milieu de gestation. Quelle que soit la taille de la portée, le taux de mortalité des agneaux est fortement lié à l’état corporel des brebis à la mise-bas. Dans une étude conduite par le Ciirpo et l’Institut de l’élevage, les brebis très maigres affichent un taux de mortalité total de leurs agneaux de plus de 22 % contre 16 % pour les brebis en bon état. Sur les agneaux nés triples, les effets de l’état corporel des brebis sont encore plus marqués. L’appréciation de l’état corporel passe par l’évaluation de la note d’état corporel (NEC) que chaque éleveur réalise régulièrement en palpant ses brebis.
Pour avoir une idée un peu précise, il est important de finaliser cette appréciation. L’évaluation de la NEC doit se faire sur au minimum 10 à 20 % des animaux du lot. Cette manipulation peut se faire au parc de tri, aux cornadis en bergerie ou tout simplement lorsque les brebis sont serrées, par exemple lorsqu’elles consomment du concentré à l’auge.
En fonction du degré de couverture musculaire et graisseux, une note de 0 à 5, de très maigre à très grasse est attribuée. En pratique les notes varient entre 1 et 4, car à 0 l’animal est mort ou presque et à 5, ce sont des animaux improductifs.
En fin de gestation, un mois avant la date de mise-bas, l’objectif est une NEC de minimum 3, avec moins de 15 % de brebis avec une NEC ≤ 2 et moins de 15 % des brebis avec une NEC ≥ 4. Ainsi, si les brebis présentent un état corporel insuffisant en milieu de gestation (NEC < 3), il est très important d’anticiper une reprise de poids qui ne pourra pas être réalisée dans le dernier mois de gestation. Si le problème est alimentaire, cette reprise de poids peut se faire à l’herbe en réservant les meilleures parcelles aux gestantes pour qu’elles aient de l’herbe courte et feuillue. Si la qualité de l’herbe n’est pas suffisante, il faut complémenter avec minimum 300 g de céréales par jour dès le milieu de gestation.