Crus du Beaujolais
« Il faut savoir prendre du recul »

David Duvernay
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Dans une longue interview accordée à notre journal et à la veille de l'assemblée générale de l'ODG des crus à Fleurie, Audrey Yves a confirmé qu'elle quittera la présidence de l'organisme.

« Il faut savoir prendre du recul »
Après six années de présidence à l'ODG des crus, Audrey Yves a décidé de passer le flambeau.

Mardi soir, à Fleurie, Audrey Yves va vivre sa dernière assemblée générale en tant que présidente de l’ODG des crus. Celle qui avait succédée à Gilles Paris en juillet 2014 avait récemment annoncé aux autres élus du vignoble sa volonté de ne pas repartir pour un troisième mandat. Quelques jours avant cette assemblée générale, la viticultrice de Fleurie est donc revenue sur les raisons de son départ mais aussi sur ses six années à la tête de l’ODG des crus. Interview.

Pourquoi avez-vous décidé de quitter la présidence de l’ODG des crus ?

"Voilà plusieurs années maintenant que je suis dans le circuit. Mais à un moment donné, il faut savoir prendre du recul et s’arrêter. J’ai également d’autres projets personnels. Si on veut qu’une instance garde sa dynamique, il est important d’apporter du sang neuf. Dans les différents conseils d’administration de chaque cru, on retrouve des jeunes. C’est encourageant de voir qu’ils sont motivés. C’est à eux aussi de prendre des responsabilités et de s’engager. Bien sûr, des « anciens » resteront et ils seront importants pour les accompagner."

Siégerez-vous malgré tout au conseil d’administration de l’ODG ?

"C’est une prise de recul totale. Je pense que j’ai fait mon temps. Mais je fais toujours partie du conseil d’administration du cru fleurie. D’une façon ou d’une autre, je participerai à la vie du vignoble."

"Être présidente d’une ODG, c’est riche d’enseignements"

Avec du recul, que retenez-vous de vos sept années passées à la tête de l’ODG ?

"J’ai toujours voulu m’engager pour ce vignoble qui est super. Et nous avons tous les outils pour y arriver. Nous avons un cépage, le gamay, qui est magnifique. Nous avons aussi un territoire splendide et des sols superbes. Tout est réuni donc pour faire des grands vins. Et ça m’a intéressé de mettre en musique tous ces atouts. La seule faiblesse que le vignoble peut avoir, c’est le commerce. Mais on n’a pas à rougir de nos produits. On peut en être fiers et il faut entretenir cette fierté. J’ai beaucoup appris durant mes mandats.  Je me suis nourri de tout et ça m’a fait évoluer. Je suis d’ailleurs ouverte et curieuse et ça m’a servi pour des sujets que je ne connaissais pas. J’ai aussi rencontré des gens extraordinaires. Être présidente d’une ODG, c’est riche d’enseignements."

Nous ne pouvions pas réaliser cet entretien sans aborder l’épisode de décembre 2014, quand l’ODG des crus avait décidé de quitter l’Union des vignerons du Beaujolais. Six ans après, que gardez-vous de ce choix qui avait causé des remous en interne et marqué les esprits ?

"Cette décision n’était pas prise contre l’ODG beaujolais – beaujolais villages. Nous voulions simplement que chaque ODG reprenne en main ses propres missions. Des dossiers sont complexes et techniques. Il faut les gérer, les faire évoluer. Et pour prendre les bonnes décisions, il faut bien connaître les sujets. En agissant ainsi, nous avons remis l’église au centre du village et pris pleine possession de notre ODG. Et tous les élus ont pris leurs pouvoirs. Le monde évolue vite et on se devait de le faire. Et ça va continuer. Depuis, les deux ODG se sont réorganisés et ont validé le fait de travailler communément sur des dossiers. Mon successeur et ses élus vont continuer à le faire car il y a beaucoup à faire encore, tout gardant à l’esprit que chaque ODG a aussi ses propres missions. En tout cas, gérer un ODG demande beaucoup de professionnalisme."

"Notre différence, c’est une force et une richesse"

Concrètement, qu’est-ce que cette décision a changé pour votre ODG. Par exemple, les crus n’ont jamais autant communiqué et organisé des événements promotionnels…

"L’objectif était de revenir au plus proche de nos appellations. Nous faisons partie d’un territoire beaujolais qui en compte douze dont dix crus. Ils ont chacun leur culture, leur personnalité. En somme, on veut être soi-même. Les marchés sont très spécifiques d’une appellation à une autre. Et si un consommateur veut un moulin-à-vent, il ne voudra pas du chiroubles, du brouilly, ni un autre cru. Et cultiver cette différence, c’est une force et une richesse. Et c’est de cette manière que l’on s’affirmera."

La montée en gamme est et restera le fil conducteur de l’ODG des crus. Mais avez-vous le sentiment que les opérateurs l’aient pleinement assimilée ?

"La montée en gamme prend forme mais il y a encore beaucoup à faire. La clé de réussite de la montée en gamme, c’est vendre des vins plus chers qu’une appellation générique. On peut valoriser un vin par l’élevage et le gamay en a la capacité. Mais le vendre à un prix plus élevé reste important. Cécile Robinet, qui est en stage depuis plusieurs mois déjà à l’ODG des crus, travaille spécifiquement sur ce dossier. Et elle va poursuivre sa mission car elle va signer un CDD. La montée en gamme, c’est le dossier constructif de notre région viticole."

Vous évoquiez le commerce précédemment. Comment se portent les crus du Beaujolais actuellement ?

"En tenant compte du contexte actuel, on ne s’en sort pas trop mal. Nous ne sommes pas dans le négatif par rapport à d’autres vignobles. Pour autant, ce n’est pas suffisant. Il faut continuer à travailler pour développer nos ventes. En tout cas, le Beaujolais a regagné de l’image ces dernières années. Personnellement, quand je prospecte, je suis bien accueilli. On loue les vins du Beaujolais pour leur bon rapport qualité/prix. Maintenant, en s’appuyant sur ces clés positives, nous devons insister sur le commerce. Car nous avons de gros efforts à fournir encore."