Cerises
Démarrage poussif

Emmanuelle Perrussel
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La campagne a commencé autour du 1er juin. Les débuts sont laborieux, le gel de ce printemps a beaucoup impacté la production fruitière. En cerise, les variétés précoces ont souffert. Témoignages.

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Démarrage poussif

La campagne 2021 a été lancée plus tardivement qu’en 2020 : le 1er juin, les premières cerises sont arrivées chez les expéditeurs. C’est le cas de Patrick Chambe de Chambe Agri-fruits à Bessenay, l’un d’eux. « L’an dernier, nous avions commencé autour du 18 mai. Cela s’explique par des mois d’avril et mai froids. Évidemment, le gel de début avril a fortement impacté les variétés précoces telles que burlat et folfer. Les producteurs ont achevé de cueillir le burlat vendredi 11 juin et il y a eu un creux puisque la variété folfer n’a en général démarré qu’à la mi-juin », souligne l’expéditeur.

Niveau quantité, les producteurs livrant à Chambe Agri-fruits n’ont ramassé en moyenne que 25 % des volumes de 2020. Les secteurs d’altitude ont été très touchés par l’épisode du 7 au 8 avril, les bas-fonds par celui du 8 au 9 avril. Il reste en revanche des cerises dans les zones de mi-coteaux. « En folfer, nous nous attendons à des quantités situées autour de 20 % du potentiel. Espérons que la mi-saison sera plus favorable », poursuit Patrick Chambe.

Concernant la qualité, « la variété burlat a été belle avec du calibre, les arbres étant peu chargés donc les fruits ont pu être assez gros ». D’après les souvenirs de Patrick Chambe, 2021 est comparable à 2008 et à 2003 en termes de volumes. « On espère cependant faire mieux qu’en 2003 où le gel de printemps avait impacté la récolte au point que seuls 15 à 20 % du potentiel avait pu être ramassé. On table sur 40 à 50 % cette saison. »

Du prix mais…

Côté marché, les prix sont supérieurs à la saison passée mais ne compensent pas le manque de production. De plus, les ventes sont faibles et la concurrence des cerises espagnoles est forte. On n’a pas l’euphorie de l’après-confinement 2020… », conclut l’expéditeur.

À Bessenay aussi, Jean-Marc Coignat, gérant de Cerifrais, un autre expéditeur de la région, déplore également « un démarrage plus que laborieux » et espère plus de quantités pour les variétés de mi et fin de saison. « Cette année, la campagne devrait se résumer au mois de juillet, en espérant que le temps soit avec nous d’ici là ! », commente-t-il. « On devrait commencer à monter en puissance à partir de la semaine 25 pour atteindre le pic de la saison en semaines 27 et 28. J’estime cependant qu’il est difficile de donner des chiffres : peut-être atteindrons-nous entre 30 et 50 % du potentiel de la région de Bessenay ? » Pour l’instant, le carnet de commandes n’est pas plein, loin s’en faut. « Et les clients commandent de petites quantités car la demande n’est pas vraiment au rendez-vous. De nombreuses incertitudes caractérisent cette campagne : au niveau du personnel aussi, on a embauché sans savoir si nous aurons la main-d’œuvre nécessaire au plus fort de la saison », ajoute Jean-Marc Coignat.

Situations variables

Côté production, les commentaires se ressemblent d’une exploitation à l’autre, avec des nuances cependant car le gel n’a pas eu le même impact partout. Florent Goutte est installé depuis trois ans à Savigny, en production de cerises sur 8 ha (12 ha de surfaces en tout) et en élevage d’une vingtaine de mères limousines. « Suite au gel de début avril, j’estime visuellement mes pertes entre 40 et 50 %. Notre secteur de Teylan ne s’en sort pas si mal comparé à d’autres », explique Florent Goutte qui a terminé sa récolte de burlat jeudi 10 juin et n’a récolté quasiment aucune folfer. Il lui faudra attendre les variétés de mi à fin de saison pour espérer une récolte plus importante. « J’ai cueilli environ 75 % des volumes potentiels en burlat et la qualité était au rendez-vous ainsi que le calibre. Quand j’ai vu que le thermomètre était descendu à – 6°C début avril, je pensais réellement que la récolte serait catastrophique. Finalement, les dégâts sont moins importants que prévus sur mon exploitation », selon le jeune producteur. Ce dernier considère que les aides suite au gel devraient être destinées à tous les producteurs de fruits et pas seulement à ceux qui sont spécialisés. « Dans notre région, j’en connais plusieurs qui ont été durement touchés mais qui ne percevront rien car l’arboriculture n’est pas leur production principale ».  Pour la main-d’œuvre, il n’a besoin que d’une dizaine de personnes contre le double l’an passé. « Elle sera essentiellement locale cette fois. La Covid-19 et le manque de visibilité sur la maturité ne nous facilitent pas le recrutement », note Florent.

Aurélien Gayet, producteur de cerises à Bessenay et président de l’association des arboriculteurs de Bessenay (Arb) et de Califruits, confirme que la récolte des variétés précoces est en-deçà du potentiel de la région et en général, la charge est faible, avec des situations hétérogènes selon les secteurs. « On note par ailleurs la présence de ravageurs tels que des étourneaux, des fourmis… qui se concentrent sur le peu de récolte », précise Aurélien. Le gros de la saison va démarrer ces prochains jours compte tenu de la chaleur qui a boosté la maturité. « Il faut cependant s’attendre à des volumes inférieurs cette année car le gel a entrainé des chutes physiologiques sur les variétés plus tardives. » En attendant fin juillet pour dresser le bilan de cette campagne 2021, une chose est sûre : le calibre est au rendez-vous…