Inosys viticulture
Le "Zéro herbicide" à l'étude

David Duvernay
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Les chambres d’agriculture proposent une étude évaluant les impacts technico-économiques et sociaux d’une transition vers un itinéraire technique « Zéro herbicide ».

Le "Zéro herbicide" à l'étude

Le dispositif Inosys des chambres d’agriculture est un dispositif na­tional de production d’expertise sur le fonctionnement global des sys­tèmes d’exploitation et de repères sur la durabilité de ces systèmes. Également déployé en grandes cultures et en éle­vage de ruminants, Inosys Viticulture décrit les systèmes d’exploitation viti­coles dans leur globalité et permet ainsi d’analyser leur fonctionnement et leurs évolutions.

Sollicitées par l’Institut Français de la Vigne et du Vin et par le ministère de l’Agriculture, les chambres d’agriculture proposent dans ce cadre une étude évaluant les impacts technico-économiques et sociaux d’une transition vers un itinéraire technique « Zéro Herbicide ». Dix-huit études régionales ont été menées pour ce dispositif, sur des cas-types et modèles d’exploitation (selon la méthodologie Inosys), dont une majorité de ces exploitations a déjà amorcé une réduction des herbicides dans leur système de culture. Aussi, un itinéraire technique « Zéro herbicide » a été déterminé par un groupe d’experts grâce à l’appui d’itinéraires mis en place dans des fermes suivies du réseau Dephy.

Hausse des charges totales

Ce changement d’itinéraire technique entraîne une augmentation des charges totales en moyenne de 2,4 % par hectare. Cette hausse est principalement liée aux charges de main d’œuvre induites par l’augmentation du temps de travail, mais aussi par le coût des investissements initiaux à réaliser (outils de désherbage mécanique). En prenant en compte trois hypothèses de perte de rendement, conséquence de l’effet mécanique sur le système racinaire des pieds de vigne - 5 % (notée H-5), 10 % (notée H-10) et 20 % (notée H-20) par rapport au rendement initial – le changement d’itinéraire entraîne une augmentation moyenne de 8 % des charges totales par hectolitre pour l’hypothèse H-5, de 13 % pour H-10 et de 27 % pour H-20. "La baisse de rendement estimée selon les trois hypothèses conduit à une perte de produit brut, proportionnelle à la perte de rendement lorsque le circuit de vente est unique (système coopérateur) mais moins élevée en proportion lorsque les circuits de vente sont diversifiés (bouteille et coopérateur par exemple) : les systèmes ayant une plus large variété de débouchés économiques semblent donc plus résilients face à une perte de rendement", résume les chargés de l’étude dans leur rapport. L’approche socio-économique permet aussi de soulever un autre point important : l’augmentation du temps de travail qui s’élève à près de 14 heures/ha pour les systèmes en 100 % herbicide à l’état initial, alors qu’elle varie de 3 à 11 heures/ha pour les systèmes déjà en transition.

Des suggestions d’adaptation

Enfin, des suggestions d’adaptation sont mises en avant afin de pallier les pertes estimées précédemment : augmenter le prix moyen de l’hectolitre de 3 % à 22 % selon les vignobles, "qui ne sera possible que si le consommateur français accepte cette augmentation dans un contexte de diminution de la consommation de vins", orienter l’écoulement des volumes à l’exportation (réputation d’excellence et porteuse de valeur ajoutée) et faire reconnaître la qualité environnementale de ces vins. "Ces suggestions, dépendantes du comportement du consommateur, restent cependant difficiles à assurer et comportent une incertitude évidente. Face à une telle prise de risques, le soutien des politiques publiques semble essentiel afin d’assurer la production d’un vin « Zéro Herbicide » et de répondre aux enjeux multiples de demain", lit-on dans le résumé de l’étude.