Loup
"Sa présence n'est pas la bienvenue..."

David Duvernay
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Deux éleveurs du Rhône réagissent à la présence d'un loup, photographié le 10 avril dans les monts du Beaujolais, sur la commune de Chambost Allières.

"Sa présence n'est pas la bienvenue..."

Lundi 10 mai, la Préfecture du Rhône confirmait dans un communiqué la présence d’un loup, photographié automatiquement dans les Monts du Beaujolais, la nuit du 9 au 10 avril, quelques jours avant des attaques de mouton à Vaux-en-Beaujolais, sans qu’aucun lien ne puisse être établie entre les deux événements. Car oui, la présence d’une telle espèce dans le département, en est un. Mais pour Didier Dailly, correspondant loup de l’Office français de la biodiversité, voir un loup dans le Rhône, alors que le département n’est pas considéré comme une zone de présence permanente de l’espèce, "ce n’est pas une surprise".

Pour les éleveurs locaux, le passage de ce loup ne les surprend pas, autant qu’il ne les rassure pas également. Éleveur caprin et bovin à Chambost Allières, dont l’exploitation se situerait à proximité du lieu où le loup a été photographié, Xavier Gonnet estime que les éleveurs "n’ont pas besoin de cela en ce moment. À part nous créer des ennuis supplémentaires, sa présence n’est pas la bienvenue. Si une personne en veut, qu’elle le garde chez elle. Je connais des éleveurs en Savoie qui sont confrontés à des attaques de loups régulièrement. C’est beaucoup d’inquiétude pour leur troupeau. Ils tentent de s’adapter. Ce sont des moyens financiers supplémentaires pour se protéger. Ici, sur notre territoire, nous sommes encore des novices."

"Il faudra peut-être s'habituer à ce type de passage"

Philippe Poix, à la tête d’un troupeau de 380 brebis (race Grivette) à Sainte Consorce, connaît justement le problématique loup en alpage. De la fin mai à octobre, son troupeau transhume chaque année dans les Alpes, auparavant près de l’Alpe d’Huez et depuis 2010, en Haute-Savoie, au col de la Buffaz. "C’est une zone où la présence des loups est permanente et avérée", confirme-t-il. Fort de son expérience et de ces connaissances sur l’espèce – "un loup peut être chassé d’une meute et peut donc voyager loin à la recherche d’un territoire" - Philippe Poix ne se dit donc pas surpris de sa présence dans le Rhône. "Avec un loup, rien n’est improbable. Il faudra peut-être s’habituer à ce type de passage dans cette zone du département, en direction du Massif central probablement. C’est un animal capable de traverser des cours d’eau, de marcher 50 km pendant la nuit, etc. Il peut aller très loin".

En période de transhumance, l’éleveur de Sainte Consorce ne lésine pas sur les moyens pour se prémunir d’une attaque de loup. "Nous avons cinq patous et un berger en permanence. Les bêtes sont surveillées la journée et rassemblées la nuit, entourées par un filet électrique, si possible pas très loin des chalets. Je n’ai pas eu de problème l’an dernier. Mais d’autres troupeaux aux alentours ont subi des attaques, malgré la présence de patous. Dans le cadre du plan loup, les bergers peuvent bénéficier d’aides financières pour investir dans du matériel. En cas d’attaques répétées sur un même secteur, des tirs sont aussi possibles, s’ils sont autorisés par la préfecture, à condition aussi d’avoir un permis de chasse et passé une formation spécifique". Philippe Poix évoque aussi les conflits avec les promeneurs, lorsqu’ils sont en contact avec un patou. 

Retrouvez dans notre édition papier de ce jeudi 20 mai un entretetien avec Didier Dailly, correspondant loup à l'OFB, et un focus sur la situation en Saône-et-Loire où un loup a été photographié le week-end dernier.