Horticulture-Pépinières
Reprise de l’activité

Emmanuelle Perrussel
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Avec le confinement, les horticulteurs pépiniéristes ont vu l’écoulement de leurs productions ralentir. Depuis le 11 mai, date du déconfinement, ils voient la situation revenir peu à peu à la normale.

 Reprise de l’activité

Comme d’autres domaines d’activité, la crise du Covid-19 a perturbé le quotidien des horticulteurs et pépiniéristes. Ce secteur a même été l’un des plus durement touchés au niveau national (voir notre édition du 14 mai).

À Morancé, Dominique Rey, horticulteur pépiniériste pour l’entreprise éponyme est aujourd’hui à la retraite. Il a aussi été président du syndicat de la filière départementale pendant de nombreuses années. Il revient sur cette période, qui n’a pas été simple à gérer. « La première quinzaine du confinement a été marquée par un chiffre d’affaires presque nul pour les entreprises, qu’elles vendent au détail en direct, en gros ou à la distribution spécialisée. Les seuls qui ont travaillé en cette période sont les grandes et moyennes surfaces (GMS), qui sont restées ouvertes. Autrement dit, seuls les pépiniéristes et horticulteurs qui fournissent ce type de clientèles ont pu réaliser des ventes », retrace Dominique Rey. Il signale que plusieurs horticulteurs ont dû jeter une partie de leurs invendus, par exemple des plantes à massifs, qui sont périssables.

Un manque à gagner…

Certains établissements ont ensuite pu commencer à rouvrir à compter du mois d’avril, notamment des jardineries qui commercialisent des plants potagers et fruitiers. Fin avril c’était au tour de celles qui font de la vente au détail de reprendre du service. Un petit redémarrage qui n’a pas permis de combler le manque à gagner des quinze premiers jours. Sans oublier les nombreuses contraintes qui sont apparues dans cette situation sanitaire : réorganisation pour le respect des gestes barrières, affluence très faible des clients...

« Depuis le déconfinement, la vente aux particuliers a réellement repris via les jardineries, les entreprises en direct ou via la grande distribution. Elle se révèle à peu près « normale », ajoute Dominique Rey, rencontré vendredi 15 mai.

Quant au marché professionnel, c’est-à-dire les structures qui vendent à des collectivités locales ou via des entreprises de paysage, le premier mois du confinement a signifié l’arrêt quasi-total de l’activité. Ensuite a suivi une période où des drives se sont mis peu à peu en place. « Début avril, on a pu atteindre environ 40 % de l’activité habituelle, selon le producteur de Morancé. Depuis le 11 mai, les commandes passées par les collectivités locales telles que les mairies sont en train d’être honorées. Avec le début de la sécheresse qui s’est annoncé dès le début du printemps, on a aussi quelques chantiers publics qui ont été annulés ou différés à l’automne. »   

Inquiétudes sur l’avenir

Sur l’avenir, les producteurs sont assez inquiets sur plusieurs points. « Depuis à peu près deux ans, après une période de morosité, on commençait à voir nos marchés repartir à la hausse. Tout ce qui touche à l’environnement était devenu une priorité au niveau de l’État. Avec cette crise sanitaire, les priorités vont peut-être changer et peut-être que le contexte général sera moins favorable pour nos métiers », s’interroge Dominique Rey.

Le département compte quelque 150 entreprises, un chiffre à la baisse, qui suit l’évolution démographique du milieu agricole. « Les temps sont difficiles en ce moment pour nos entreprises mais je ne pense pas que dans le département nous ayons des cessations d’activité conséquentes à cette crise. Hormis peut-être pour celles qui sont déjà fragiles et qui risquent de basculer », conclut Dominique Rey.

 

Témoignage : « Un choc économique brutal »

Témoignage : « Un choc économique brutal »

« Ce que l’on vient de vivre, c’est comme si un producteur de sapins se retrouvait confiné en décembre. » Pierre Orard, l’un des deux associés du Gaec éponyme de Feyzin qui produit des rosiers, pour le compte de jardineries spécialisées, essentiellement, résume la situation avec ce parallèle.

« Cette crise est un choc économique brutal car le plus gros de notre chiffre d’affaires se réalise entre le 20 mars et le 20 mai. En mars et avril, notre chiffre d’affaires a été proche de zéro. Dès le début du confinement, nous avons eu des annulations et des reports de commandes », retrace Pierre Orard.

Concrètement, pour sauver une partie de leurs rosiers, les producteurs ont dû retravailler leurs plants afin de décaler l’optimum de floraison d’une à deux semaines. Cet optimum a lieu en général le 20 avril et correspond au pic de commercialisation. « Cela a entraîné des coûts supplémentaires au niveau de la technique, de l’arrosage, des traitements phytosanitaires, etc. alors que notre chiffre d’affaires a été extrêmement faible », explique Pierre Orard.

Depuis la réouverture fin avril des jardineries, les choses ont redémarré mais pas au rythme habituel. « Notre objectif, depuis le déconfinement, est de rattraper le plus possible la perte de chiffre d’affaires, ce qui va être difficile car les rosiers ont une saisonnalité assez marquée. »

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