Portrait
De la vie de châteaux au Champ de la Croix

David Duvernay
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Benoît Roche est installé depuis 2017 sur le domaine familial du Champ de la Croix à Denicé, au coeur de l’appellation beaujolais.

De la vie de châteaux au Champ de la Croix

L’intense pression des beaujolais nouveaux retombe progressivement. Mais celle qui envahit les producteurs tout au long de l’année est toujours là, bien présente, et d’autant plus prenante en cette période de trouble commercial. Comme beaucoup de ses homologues vignerons, Benoît Roche s’apprête dans quelques jours à tirer un trait sur 2020 et sa difficile conjoncture. À coup sûr, il s’en souviendra de cette année tourmentée. Le millésime 2020, fort heureusement, ne l’est pas pour le vigneron de 38 ans, qui a traversé sa quatrième récolte avec plus de sérénité.

Après avoir suivi ses études à Beaune (71), puis une vie de châteaux en Bourgogne de 2003 à 2016, Benoît Roche a retrouvé dès le 1er janvier 2017 le domaine familial du Champ de la Croix à Denicé. « Mon père ayant vécu les années difficiles du Beaujolais, il voulait que j’aille me former dans une autre région viticole. Il voulait que je m’affirme et engrange de l’expérience avant de me lancer. Après mes études, j’ai eu la chance de travailler pour de grands domaines : château de Santenay, château de Chassagne-Montrachet, puis les châteaux de Meursault, Marsannay et Corton C. Au fil de mes différentes expériences, j’ai pu évoluer vers des statuts à responsabilité dans des domaines qui disposent de moyens importants. J’ai notamment acquis un bagage technique pointu en matière de travail du sol. Et voyant la carrière de mon père se terminer, j’ai eu envie de revenir, de me battre pour ce domaine familial, ses bâtiments et son vignoble, sachant que dans ma famille, tous étaient viticulteurs », raconte le vigneron de Denicé.

Dès son installation, il a mis à profit ses acquis bourguignons en obtenant pour son domaine la certification Terra Vitis®. « Entre la traçabilité, la gestion des effluents, des déchets, les pratiques agroécologiques, etc., cette certification offre un regard intéressant sur la gestion globale d’une exploitation. Elle m’a permis de poser un cadre à mon installation », dit-il. Également certifié HVE 3, c’est désormais vers le bio qu’il se tourne, avec une certification intégrale de son exploitation d’ici cinq ans. « C’est une autre méthode de culture qui demande plus de présence dans les vignes encore, mais aussi plus de réactivité et d’anticipation. Actuellement, sur les 16 ha de vignes, dont 6 ha sont destinés à deux caves coopératives (OEdoria et Saint Julien), plus de la moitié est actuellement en conversion bio. Je travaille des vieilles vignes mais beaucoup sont mécanisables. Et je compte restructurer des parcelles car on risque de manquer de gamay », décrit-il.

Une diversité de terroirs

Exprimer dans ses vins la richesse de ses terroirs. C’est l’ambition recherchée chaque année par Benoît Roche qui propose du beaujolais dans trois couleurs (rouge, blanc et rosé), mais aussi du brouilly (colline de Saburin), du crémant de Bourgogne et un rosé pétillant. « En beaujolais, on a une diversité de terroirs très intéressante, que l’on a oubliée car noyée dans l’effet beaujolais nouveaux. Ce sont justement ces terroirs à fort potentiel qui redoreront l’image de notre appellation ». Vous l’aurez compris, Benoît Roche est un profond défenseur de la valorisation et des projets de montée en gamme qui en découlent sur l’ensemble du vignoble. Lui-même a intégré la commission DGC Pierres dorées au sein de l’ODG beaujolais – beaujolais villages. « Si je produis des cuvées avec des noms de lieu-dit, je les revendique toutes en Pierres dorées. Cette dénomination va mettre en avant nos terroirs du Sud et mieux les valoriser. L’objectif de notre projet, c’est aussi d’insuffler une envie de concevoir des vins qualitatifs. Quand des hommes et des femmes travaillent sur un projet qualitatif, ce n’est que bénéfique pour l’appellation ».

Et Benoît Roche entend bien le faire savoir à ses clients, essentiellement des particuliers. Une clientèle énergivore, avec qui il a fallu maintenir le lien depuis le printemps dernier. C’est ce qu’il a fait dernièrement, au moment de distribuer les paniers des Jeunes agriculteurs pour la sortie des beaujolais nouveaux. « Il fallait se réinventer pour compenser l’absence de festivités. Cette période a permis à des exploitations d’avancer sur la vente, alors que la société consomme différemment. Pour ma part, je veux vraiment consolider ma vente bouteille et développer d’autres circuits commerciaux, comme la CHR par exemple. Je n’ai pas la folie des grandeurs. Mais si je peux pérenniser ce domaine et, plus tard, comme d’autres vignerons qui donnent du coeur à l’ouvrage pour ce vignoble, donner envie à des porteurs de projet de faire ce métier, tant mieux… On en a besoin en appellation beaujolais et ailleurs pour entretenir nos paysages »

Du rouge, du blanc et du rosé

Du rouge, du blanc et du rosé

Benoît Roche croit en la valorisation des terroirs. C’est ce qu’il a mis en application pour ses beaujolais. Il propose une cuvée générique (Origine – macération six jours) et deux autres cuvées, chacune associée à un lieu-dit : beaujolais Les Barrières (Lacenas) et beaujolais Malval (Denicé). « Pour la première cuvée, je procède à un égrappage mais qui n’est plus à 100 % pour ne pas durcir mon vin. Je cherche ensuite à allonger mes macérations sans les tanins astringents de la rafle. Je limite les remontages et les pigeages. Je procède à un élevage en fûts de chêne entre dix et douze mois pour ma cuvée Malval, dont le nez révèle des arômes de fruits noirs et d’épices, la macération est identique voire plus longue, selon les années. Cette cuvée est passée en foudre pendant douze mois », détaille le vigneron de Denicé qui élabore aussi une cuvée type nature (« Sans soufre »), « afin de me familiariser avec ces méthodes de vinification. Une nouvelle clientèle est demandeuse de ces vins peut-être moins protocolaires ».
Pour ses blancs (Les Barrières et Évidence) et son rosé, Benoit Roche travaille avec le moins de SO2 possible. « Pour le rosé, je trouve que ça fait des vins plus digestes. Les blancs et les rosés demandent beaucoup de précisions à la vinification. Aucun écart, ni erreur ne sont tolérées », dit-il.