Syndicalisme
“ L’agriculture sera dans le plan de relance "

Marie-Cécile Seigle-Buyat
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Une délégation de la FNSEA conduite par sa présidente, Christiane Lambert, et son secrétaire général, Jérôme Despey, a été reçue jeudi 9 juillet à l’Hôtel de Matignon par le Premier ministre, Jean Castex. Au menu des discussions : plan de relance et retraites.

“ L’agriculture sera dans le plan de relance "

Le Premier ministre a reçu, le 9 juillet, à l’Hôtel de Matignon, les partenaires sociaux dont la FNSEA, pour une première prise de contact réciproque et pour faire le tour des dossiers d’actualité et à venir. Le temps imparti pour chaque syndicat était limité à une heure et « l’organisation était millimétrée, presque militaire », glisse un participant. La FNSEA avait deux chantiers importants à présenter à Jean Castex : le plan de relance et le dossier des retraites.

Des transitions déjà engagées

« Le Premier ministre nous a assuré que l’agriculture est inscrite dans le plan de relance. A ce sujet, il a indiqué que cette intégration sera significative, concertée et bien ciblée », insiste Christiane Lambert. « Nous saurons faire des propositions très concrètes pour le rendez-vous du 17 », ajoute-t-elle. En effet, un autre tour de table, avec les mêmes partenaires sociaux est prévu à Matignon ce vendredi 17 juillet. La présidente de la FNSEA souhaite, à cette occasion que l’agriculture participe à la reconstruction de l’économie française « en mieux, avec les transitions déjà engagées en agriculture ». A travers ce plan de relance, elle entend faire valoir et conforter la souveraineté alimentaire solidaire.
Le Premier ministre a indiqué à ses interlocuteurs qu’il voulait aller vite sur l’après-Covid pour relancer la machine économique. « Nous lui avons dit qu’il pouvait compter sur l’agriculture qui concentre à elle seule toutes les potentialités existantes, car l’agriculture qui est créatrice d’emplois est une chance à la fois économique, sociale, environnementale et territoriale ». La FNSEA entend faire porter cette ambition, non seulement à l’échelle nationale, mais également européenne, en inscrivant ces objectifs dans le plan de relance européen.

Des fonds pour faire plus

En effet, le Conseil européen qui rassemble les chefs d’Etat et de Gouvernement des 27, se réunira les 17 et 18 juillet à Bruxelles. A cette occasion, son président, Charles Michel présentera des propositions concrètes élaborées sur la base du précédent Conseil du 19 juin qui avait étudié le nouvel instrument de relance et le cadre financier pluriannuel (CFP) pour la période 2021-2027. Pas moins de 500 milliards d’euros (Mds€) sont en jeu, auxquels s’ajoutent 250 autres Mds€ pour des accès à des prêts garantis. Pour la FNSEA, l’agriculture française et européenne doit avoir accès à une partie des milliards d'euros qui vont être mobilisés. Ces fonds doivent permettre aux agriculteurs français de « faire plus d'agroécologie, répondre mieux aux attentes sociétales, être plus résilient en luttant contre le changement climatique mais aussi être en capacité d'apporter plus de solutions avec des bioproduits, de la biomasse, des biocarburants, de la capture carbone », souligne Christiane Lambert.

Le chantier des retraites n’est pas terminé


Sur le dossier retraites, celle des agriculteurs est engagée, « mais le chantier n’est pas terminé, car il reste notamment le cas des conjoints d’exploitants, des aides familiaux et des polypensionnés à traiter, indique Christiane Lambert. D’une manière plus globale, cette réforme est nécessaire. Il en va de l’équilibre des comptes sociaux ».

Christophe Soulard

L’objectif de la souveraineté alimentaire solidaire

Le rendez-vous a duré plus de deux heures trente. La présidente de la FNSEA, Christiane Lambert et le secrétaire général Jérôme Despey ont pu « découvrir un homme que nous ne connaissions qu’à travers son poste précédent auprès de Mme Jacqueline Gourault ». Le fait que Julien Denormandie soit ingénieur des ponts, des eaux et des forêts « est plutôt positif », a concédé Christiane Lambert. « Son approche technique, scientifique et économique sur les sujets agricoles sera utile, notamment quand il s’agira de mettre en oeuvre les chantiers qui nous attendent, et de mesurer la faisabilité et la soutenabilité des décisions qui seront prises ». Les deux dirigeants de la FNSEA ont trouvé « l’homme ouvert et conscient de ce que l’agriculture a fait comme progrès en termes de productivité et d’évolution qualitative ».

Orientations pertinentes

Le nouveau ministre de l’Agriculture « a bien reçu notre Manifeste sur la souveraineté alimentaire solidaire ; il a salué la qualité du document et la pertinence des orientations qui y sont prises », a indiqué Christiane Lambert qui pousse ses feux sur l’accompagnement des transitions et l’élargissement de cette souveraineté à un horizon européen. Parce que le secteur agricole et agroalimentaire pèse 270 milliards d’euros (Mds€) par an et représente 14 % des emplois répartis sur tout le territoire, les deux représentants syndicaux ont demandé que l’agriculture fasse partie du plan de relance. « Elle en représente un élément indispensable et déterminant », a martelé Christiane Lambert. Elle devrait rencontrer prochainement Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance.
Les échanges ont également porté sur la PAC, sur le Plan national stratégique, sur les assurances et sur le rapport d’orientation de la FNSEA qui aura pour thème directeur : Le climat. « Sur ce point, la FNSEA est sur le bon tempo et nous pensons que nos orientations pourront constituer des leviers économiques pour les exploitants agricoles », a souligné la présidente de la FNSEA.

Impasses techniques

Avec Jérôme Despey, elle a mis en lumière « les impasses techniques de certains règlements » et appelé de ses voeux une meilleure cohérence des politiques publiques. La FNSEA attend également que Julien Denormandie « participe activement, comme nous le faisons, à réhabiliter l’agriculture auprès des Français », a conclu Christiane Lambert. 

C.S.