JAttitude
Coralie Ruet, en harmonie avec ses brebis

David Duvernay
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Tous les mois, retrouvez le portrait d’un adhérent aux Jeunes agriculteurs avec notre chronique « JAttitude ». Depuis 2018, Coralie Ruet (28 ans) propose sur la commune de Chénelette ses fromages de brebis et ses yaourts. Portrait.

Coralie Ruet, en harmonie avec ses brebis

En ce lundi de mi-mars, il ne fait pas bon mettre le nez dehors. La pluie fine mais régulière refroidit les corps, autant que le vent qui parvient à s’engouffrer dans la stabulation de Coralie Ruet. Il est 8 h 30 et la météo maussade incite forcément la jeune éleveuse à rester près de ses brebis et de leurs agneaux. Une ultime ration de fourrage pour son troupeau, avant de prendre ensuite la direction de sa fromagerie, elle aussi flambant neuve, pour un entretien riche en enseignements.
Dans les monts du Beaujolais, Coralie Ruet est depuis 2018 à la tête de son exploitation, La Bergerie des Chênes, dans son village natal, Chénelette. Cette fille d’exploitant forestier et gérant d’une scierie, mais aussi éleveur de quelques vaches et moutons, a suivi le même chemin que bon nombre des membres de sa famille. « Mon oncle, ma tante, mon cousin, etc. Tous ont un pied dans l’agriculture. Et moi je me voyais bien dans ce milieu. Et c’est ici, à Chénelette, que je voulais m’installer », dit-elle.

Au lycée agricole Les Sardières dans l’Ain, Coralie Ruet a ainsi obtenu son BTS production animale et complété son apprentissage dans une ferme laitière à Claveisolles. C’est ainsi la confirmation d’une passion intacte pour le monde de l’élevage. « Je voulais travailler avec du vivant. Rien n’est acquis quand on est éleveur. Il y a toujours des imprévus et des surprises. » Puis, un stage de six mois dans un élevage de brebis est synonyme de révélation pour elle. « Les chèvres ne sont pas compatibles avec mon caractère, confie-t-elle avec le sourire. J’avais surtout envie de me diversifier. Et les élevages de brebis dans notre secteur, sont peu nombreux. Les brebis sont plus sensibles, plus fragiles aussi sur le plan sanitaire. Ce n’est pas le même travail. Mais je voulais vraiment me lancer dans cet élevage. »

Et de la transformation

Sa production de lait est ensuite transformée en fromages (lactiques, tommes) et yaourts, alors qu’elle se destinait au préalable à commercialiser de la viande de brebis. C’est à l’occasion d’un stage pré-installation à la chambre d’agriculture que Coralie Ruet revoit sa stratégie initiale. « Ça représentait moins d’investissement. Mais l’agriculteur présent ce jour-là m’avait conseillée de créer ma fromagerie tout de suite, sachant que j’avais l’idée à plus long terme de fabriquer mes fromages. C’était une appréhension supplémentaire, sachant que je suis anxieuse de nature. J’ai cogité et finalement je ne regrette pas mon choix. Quelque temps avant mon installation, j’ai aussi suivi une formation, avec des cours théoriques le matin et en fromagerie l’après-midi. J’ai appris les bases et je suis plus sereine ».

Dans son espace de vente, accolé à sa fromagerie, Coralie Ruet vend ainsi les mercredis et dimanches matin ses fromages (lactiques, tommes), ses yaourts, sa viande, découpée par son conjoint, salarié d’une boucherie à Peyzieux dans l’Ain, mise sous vide et étiquetée. On y trouve aussi d’autres produits locaux (oeufs, miel). « C’est plaisant de fabriquer plusieurs sortes de fromages, d’autant que j’ai d’autres idées pour les années à venir. J’essaye de produire des fromages simples et authentiques. J’ai aussi la chance d’avoir des clients fidèles. La vente marche bien. Et j’aime partager mon quotidien et mon travail. Les enfants viennent voir les brebis. Je compte aussi intégrer d’autres espèces comme des lapins, des poules, etc. Je veux que ma ferme soit chaleureuse, harmonieuse et vivante », achève-t-elle. Tout ce qui lui ressemble…

Le choix de la race lacaune...

Dans son bâtiment de 400 m², construit en 2018, quelques mois après la réception de son troupeau (60 bêtes) installé provisoirement sous un tunnel – « c’était une course contre la montre » - Coralie Ruet opte pour la race Lacaune, en provenance d’Aveyron. « C’est une race qui s’acclimate facilement à tout type de climat. Je l’ai choisie aussi pour son potentiel en lait, Avec une soixantaine de brebis, je produis 13 000 l de lait/an. Et j’espère améliorer leur capacité de production, sans pour autant développer davantage mon élevage. Je bénéficie des bons conseils d’un technicien de Chauffailles. » En matière d’alimentation, Coralie Ruet vise l’autosuffisance, un objectif dépendant des conditions climatiques, déjà peu favorables depuis son installation il y a trois ans. « Avec ces sécheresses accumulées, je peux au moins dire que je suis dans le bain », glisse-t-elle avec philosophie. L’éleveuse ovine dispose d’une surface totale de 38 ha. Dès le printemps, jusqu’à mi-novembre, soit plus d’un mois avant la période des agnelages, ses brebis quittent la bergerie pour pâturer l’herbe des parcelles attenantes.

Être JA, c’est…

« Je suis adhérente depuis que je me suis installée sur mon exploitation. J’ai découvert le syndicalisme grâce au groupement cantonal. Et je ne regrette pas car nous, jeunes agriculteurs, affichons beaucoup de cohésion et d’entraide. Grâce à de la communication, nous montrons ce que c’est d’être producteur, auprès des consommateurs notamment. Nous valorisons notre dynamisme et notre volonté de faire bouger nos filières. C’est aussi l’occasion de sortir de notre cadre personnel et de relever la tête du guidon. »