Rencontre inédite à Matignon
La Secrétaire générale de l’USAA interroge le Premier ministre

Marie-Cécile Seigle-Buyat
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Charlotte Vassant, agriculture et élue syndicale, a rencontré le Premier ministre, Jean Castex, le 14 juillet à Paris. Une rencontre qui a permis d’aborder deux thèmes : la souveraineté alimentaire et le glyphosate.

La Secrétaire générale de l’USAA interroge le Premier ministre

Charlotte Vassant, secrétaire général de l’Union des syndicats agricoles de l’Aisne (USAA) et administratrice de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), a rencontré le Premier ministre, Jean Castex, le 14 juillet à Paris. Elle a en effet été retenue par le quotidien Le Parisien pour faire partie d’un panel chargé de poser des questions au chef du gouvernement. Ses autres acolytes étaient une infirmière, un chef d’entreprise, un professeur des écoles, un futur retraité (au 1er août) et un salarié d’Alstom. L’entretien a eu lieu à l’Hôtel de Matignon, siège du gouvernement depuis 1935. « C’est la première fois que j’y allais. C’est toujours impressionnant mais j’étais là pour avoir un débat franc sur l’agriculture. Je suis arrivée avec 6/7 questions. Trois ont été retenues, mais compte tenu du temps qui nous était imparti, je n’ai pu en poser que deux », a-t-elle confié.

Compétitivité des exploitations

Sa première question a porté sur la souveraineté alimentaire. Elle a rappelé que les agriculteurs ont redoublé d’activité pendant la période de confinement, qu’ils ont produit de la farine « à 200% », qu’ils ont « développé les circuits-courts à 300% », qu’ils ont pu, avec l’aide du secteur agroalimentaire, fournir du gel hydroalcoolique. « Mais ces habitudes semblent terminées. Nous importons maintenant de la farine d’Allemagne, les grandes enseignes qui nous ont soutenus, semblent avoir repris leurs mauvaises habitudes », a-t-elle insisté auprès du Premier ministre. Elle lui a demandé comment il comptait améliorer la compétitivité des exploitations françaises et du secteur agroalimentaire et faire respecter l’article 44 de la loi relative à l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous (EGAlim). Cet article indique qu'il est proscrit de proposer à la vente ou de distribuer à titre gratuit, en vue de la consommation humaine ou animale, des denrées alimentaires ou produits agricoles pour lesquels il a été fait usage de produits phytopharmaceutiques ou vétérinaires, ou d'aliments pour animaux non autorisés par la réglementation européenne, ou ne respectant pas les exigences d'identification et de traçabilité imposées par la réglementation.

Valeur économique

« Le plan de relance tient compte de l’agriculture et de l’agroalimentaire qui en sont des composantes à part entière » a, en substance, répondu le Premier ministre à Charlotte Vassant. Il envisage de supprimer une grande partie des impôts à la production pour permettre au secteur agricole et agroalimentaire de « regagner en compétitivité ». Le chef du gouvernement souhaite aussi financer les « projets porteurs de croissance ». Interrogé à ce sujet par la secrétaire générale sur les biocarburants, il lui a répondu qu’il aborderait le sujet lors de sa Déclaration de politique générale (lire encadré). Selon Charlotte Vassant, le Premier ministre souhaite axer sa politique de reconquête de l’économie et des territoires à travers notamment, les énergies renouvelables, le « manger local », les circuits courts, la protection de l’environnement et la revitalisation des centres-villes. « Je souhaite que l’agriculture retrouver sa vraie valeur économique », a-t-il affirmé aux membres du panel. Des mesures concrètes pourraient prochainement voir le jour comme l’abaissement des charges pour premier emploi dont le salaire serait inférieur à 1,6 Smic ou comme l’incitation à la formation par l’apprentissage.Retour à la charrue ?
La deuxième question de Charlotte Vassant a porté sur le glyphosate dont l’interdiction pose aujourd’hui de nombreux problèmes sur le rendement des cultures et par conséquent sur le revenu des agriculteurs. Selon elle, le Premier ministre s’inscrirait plutôt dans une optique de retour à la charrue préconisée par l’INRAE car les agriculteurs utilisant le labour systématiquement seraient les plus à même de se passer de glyphosate à moindre frais, avec un surcoût de 1 €/ha. Mais Jean Castex a quelque peu éludé la question et Charlotte Vassant a avoué être restée sur sa faim. L’agricultrice aurait bien aimé poursuivre cet entretien, notamment en posant sa dernière question sur l’agribashing. Malheureusement, le temps imparti pour le panel était écoulé et le Premier ministre, appelé pour d’autres obligations, a dû mettre fin à l’entretien. « Cette rencontre reste toutefois un moment privilégié. Ce n’est pas tous les jours que nous discutons avec le Premier ministre et que nous pouvons dire notre façon de penser », a conclu Charlotte Vassant. 

Source ActuAgri

Jean Castex veut accélérer l’investissement agricole

« Tous les investissements dans les filières agricoles seront accélérés, afin de développer une alimentation de qualité, locale, accessible dans toutes les villes et villages de France. Pour lutter contre l’artificialisation des sols, promouvoir les circuits courts et les petits commerces, nous mettrons en place un moratoire pour l’installation de nouveaux projets de centres commerciaux dans les zones périurbaines », a déclaré le Premier ministre, Jean Castex, le 15 juillet, à l’Assemblée nationale, lors de sa déclaration de politique générale. Souhaitant faire de l’économie française « la plus décarbonée d’Europe », il considère que « l’écologie, c’est notre affaire à tous. Elle doit être créatrice de richesses : je crois en la croissance écologique, pas à la décroissance verte », a-t-il martelé. Sur les 100 milliards d’euros du plan de relance, 20 milliards d’euros devraient être affecté « à produire une alimentation plus locale et durable » et à « soutenir les technologies vertes de demain comme les batteries, pour mieux recycler et moins gaspiller », a-t-il dit.