Paroles d’interco
Le poids économique de l’agriculture

Emmanuelle Perrussel
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Tous les quinze jours, un(e) vice-président(e) à l’agriculture et à l’alimentation d’intercommunalité nous présente la politique agricole de son territoire. Ce jeudi rencontre avec Philippe Bonnier, vice-président à l’agriculture et la forêt de la communauté de communes des monts du Lyonnais (CCMDL).

Le poids économique de l’agriculture

Pourriez-vous vous présenter ?

« Je suis éleveur allaitant depuis deux ans après avoir été éleveur laitier. J’élève un troupeau d’une trentaine de mère limousines sur 35 ha à Coise. Ma production est écoulée à 70 % en circuits courts : enseigne de la grande distribution locale et magasin de producteurs. Les 30 % restants sont commercialisés à la Sicarev. Je suis élu à la mairie de Coise depuis 2001 et maire depuis 2014. Je suis également vice-président en charge de l’agriculture et de la forêt à la communauté de communes des monts du Lyonnais depuis 2016 et président du syndicat de rivières Sima Coise. »

À quoi ressemble l’agriculture sur la communauté de communes des monts du Lyonnais ?

« On peut déjà noter que notre communauté de communes est à cheval sur les départements du Rhône et de la Loire : 7 communes sur 32 sont ligériennes. Lorsque la communauté de communes a vu le jour en …, a été sensiblement conservé le périmètre du syndicat intercommunautaire des monts Lyonnais, créé en 1979, qui regroupait 34 communes entre Loire et Rhône. Sur 35 000 habitants, on compte 900 actifs agricoles, soit 750 sièges d’exploitation (selon les chiffres du dernier recensement général agricole de 2010). Environ 70 % des fermes produisent du lait, on a aussi des élevages caprins, ovins et bovins allaitants et des ateliers de diversification, notamment du maraîchage mais de moins en moins de fruits rouges. Les agriculteurs commercialisent leurs productions à 70 % en circuits longs et 30 % en circuits courts. Comme ailleurs, on constate, à travers les transmissions, qu’il y a un basculement assez marqué des productions animales vers les productions végétales. La place des vaches laitières régresse au profit de troupeaux caprins et ovins ou des vaches allaitantes. »

Comment se décline la politique agricole sur l’intercommunalité ?

« Cette politique agricole et forestière est menée par une commission qui émane d’une vice-présidence dédiée. Les axes de travail de ce mandat sont les mêmes que le précédent, avec certaines compétences renforcées. On s’est doté d’un budget de 200 000 €, il a quasiment doublé en quelques années. N’oublions que l’agriculture est parmi les premières activités économiques du territoire. »

Quels sont ces axes ?

« Le premier concerne l’installation et la transmission, il nous occupe et nous préoccupe ! Sur 900 chefs d’exploitations, entre 300 et 400 vont faire valoir leurs droits à la retraite dans les cinq prochaines années et on espère parvenir à en renouveler au moins 1 sur 2. Grâce à un budget dédié, nous travaillons sur ce sujet et sur le foncier, aux côtés des chambres d’agriculture du Rhône et de la Loire et de l’Addear de ces 2 départements. La pression foncière monte en effet et la restructuration apparait comme un enjeu majeur. Des réflexions sont engagées avec le Département du Rhône et la Safer sur ces questions. Nous serions par exemple intéressés par le dispositif de protection des espaces naturels et agricoles périurbains (Penap) sur notre secteur.

La commercialisation est le 2e axe. Nous œuvrons à la structuration et au développement des circuits courts. Cela passe par une collaboration avec la marque Le Lyonnais monts et coteaux, des liens avec le syndicat de l’Ouest lyonnais (sol) et la chambre d’agriculture. Nous avons par exemple accompagné, par des aides directes, le projet de la fromagerie Altermont. Nous avons par ailleurs déposé fin avril une candidature pour un projet alimentaire territorial (PAT). Il comprend deux niveaux : l’un très local et l’autre est en lien avec la Métropole de Lyon, nous y travaillons avec le Département, la chambre d’agriculture… Avec ces nouveaux schémas qui se dessinent, nous espérons que de nouvelles opportunités de débouchés plus locaux se présentent aux producteurs, notamment laitiers et que nos outils de transformation s’inscrivent dans ces démarches de proximité. »

 

L’environnement, l’eau… vous mobilisent aussi. Quelles sont les actions prioritaires sur cet axe ?

« Il s’agit en effet de notre 3e axe. Le territoire des monts du Lyonnais fait en effet partie des territoires qui portent des mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC) directes. Le dispositif est d’ailleurs prolongé pour encore deux ans. On s’intéresse par exemple aux émissions de carbone : la communauté de communes finance à 90 % les diagnostics Cap2R, on travaille sur le carbone des sols via la mise en place de plateformes de broyage des déchets verts et on finance la plantation de haies (2 km par an). Cette filière se structure et suscite un large intérêt chez les agriculteurs qui commencent à utiliser ces déchets pour la litière de leurs animaux ou pour épandre sur leurs sols. L’eau est évidemment un dossier prégnant : une partie des monts du Lyonnais se trouve en zones de montagne et certains de nos sols sont superficiels. Nous soutenons trois projets de construction de retenues collinaires sur le territoire : nous avons par exemple participé financièrement, aux côtés du Département, aux études géotechniques.

Nous accompagnons la production d’énergies renouvelables (méthanisation, photovoltaïque…). »

Le 4e axe a trait à la communication. Comment s’y prend l’intercommunalité pour diffuser les bons messages ?

« La communication sur l’agriculture à destination du grand public nous a paru essentielle dans ce contexte où les mouvements végans ont pris de l’ampleur. Dans un secteur comme le nôtre où l’élevage occupe encore une large place, nous étions inquiets et souhaitions agir. Aussi, nous nous sommes dotés dès 2019 d’une commission communication, qui fait l’objet d’une convention avec la chambre d’agriculture. Une conférence débat a eu lieu fin 2019, avec la participation de Paul Ariès. Forts de ce premier succès, nous n’avons malheureusement pas pu organiser d’autres événements de ce type, la crise sanitaire étant passée par là… »

Et au niveau de la forêt ?

« C’est en effet une compétence qui monte en puissance, nous avons 4 à 5 massifs forestiers de plus de 100 ha sur le territoire. Nous portons l’ambition d’impulser une dynamique autour d’eux. Par exemple, des pistes forestières sont en train d’être créées sur le massif du Chatelard à Aveize et vont l’être cette fin d’année sur le massif du bois d’Armont à Montrottier. La communauté de communes a en outre répondu à un appel à manifestation d’intérêt pour la création d’une filière locale et la mise en place d’un plan sylvicole territorial, en lien avec le Sol. Elle travaille également avec l’association sylvicole locale de gestion forestière. »