Bien-être animal
L’éthologie au service de l’élevage

Emmanuelle Perrussel
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L’association française des journalistes agricoles (AFJA) organisait le 9 février un webinaire sur le thème « l’éthologie appliquée aux animaux d’élevage ». Quand comprendre le comportement animal peut aussi être bénéfique à l’éleveur.

L’éthologie au service de l’élevage

L’éthologie peut être définie comme la « science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel » et « ce comportement ne vient pas de nulle part », a souligné Pauline Garcia éleveuse de bovins allaitants de race Salers dans le Cantal mais également comportementaliste animalier en équins, bovins et caprins. Cette science est ancienne (lire encadré). Comprendre qui sont les animaux, savoir repérer leurs postures, leurs émotions, savoir comment ils se comportent au quotidien, dans une stabulation, dans les champs, dans la salle de traite par exemple permet de mieux prendre en compte leurs besoins et aussi d’éviter parfois des accidents. « Comprendre les animaux permet à l’éleveur d’adapter ses pratiques car c’est l’humain qui doit avoir la capacité de s’adapter », a indiqué la comportementaliste. Comme les humains, les animaux disposent de cinq sens développés et ils ressentent les émotions de l’éleveur : « le profil de ce dernier impacte le comportement des animaux ».

« Diminuer l’émotivité »

C’est pourquoi, Luc Mounier, vétérinaire et professeur de bien-être animal à VetAgroSup, préconise de suivre à la lettre les cinq libertés de l’animal : fourniture d’eau et de nourriture en quantité suffisante ; participer à son confort quotidien (un paillage plutôt qu’un caillebotis ciment par exemple) ; lui éviter les douleurs, maladies et blessures ; satisfaire son éthogramme c’est-à-dire son “répertoire comportemental” et enfin l’entourer d’émotions positives. Car l’animal doit sentir que l’éleveur aime son métier et s’occuper de ses animaux. C’est la raison pour laquelle Pauline Garcia a développé des protocoles pour stimuler les cinq sens des jeunes bovins allaitants et laitiers, dès leur naissance, « afin d’enrichir leur environnement sensoriel, dans le but de diminuer leurs peurs et de diminuer leur émotivité ». Elle délivre ses conseils auprès des agriculteurs via les Chambres d’agriculture notamment qui la sollicitent pendant la morte saison. Cependant cette approche reste encore “novatrice” dans la pratique, car la carte génétique peut aussi jouer. Ainsi les vaches limousines sont-elles considérées comme « plus nerveuses » et moins dociles que d’autres races allaitantes et laitières. Les différences existent aussi au sein d’une même race, puisque certains individus sont peureux, d’autres curieux et d’autres courageux. « D’ailleurs, on ne manipule pas un animal dominant comme un animal craintif », a affirmé Pauline Garcia.

Répercuter le coût

Par ailleurs, les deux intervenants ont appelé à « sortir du cliché selon lequel l’animal est en confort à l’extérieur. Le bovin est très sensible à la pluie ainsi qu’aux fortes chaleurs », a indiqué la comportementaliste. De même, le fait pour des ovins d’être très souvent dehors sans contact avec les humains, peut les rendre stressés quand l’éleveur vient les visiter. Quant à la question des élevages de volailles, si Luc Mounier rappelle que « l’accès extérieur est primordial, il n’est pas possible partout. Les éleveurs ont des investissements et des amortissements. Il faut les accompagner dans la démarche du bien-être animal même s’ils sont déjà nombreux à s’être saisi de cette question ». Il faut aussi que ce « coût soit répercuté sur le produit final » a-t-il ajouté. Autrement dit, le bien-être animal a un coût, le consommateur doit en être conscient et il faut aussi le rémunérer pour cette démarche.

 

Source : Actuagri