L'info en bref
Biodiversité, green deal, gestion des risques, Varenne de l'eau...

Simon Alves
-

L'essentiel de l'information agricole nationale et régionale de ces dernières heures, à lire chaque lundi, mercredi et vendredi dès 9 h.

Biodiversité, green deal, gestion des risques, Varenne de l'eau...

Biodiversité: l’UICN appelle à «supprimer progressivement» les polluants agricoles

Dans le manifeste publié le 10 septembre en clôture du congrès de Marseille, les membres de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) invitent à «supprimer progressivement» les polluants issus de l’agriculture et de l’industrie au nom de la protection de la biodiversité. Les signataires défendent également la diversité des sols et l’agroécologie, espérant «réduire la déforestation, promouvoir une production alimentaire durable, et analyser et éliminer les impacts environnementaux négatifs du commerce international». Plusieurs motions adoptées tout au long du congrès concernent le secteur agricole. La résolution 040 encourage notamment les États à établir un cadre mondial «transformateur» pour la biodiversité à l’occasion de la prochaine Cop15. Celui-ci devra, selon l’UICN, encourager une transformation du secteur agricole et alimentaire «en appliquant des approches écosystémiques, en garantissant une réduction significative des pertes et déchets alimentaires, et en passant à des régimes alimentaires durables et sains». Invitant les membres de l’UICN à préserver les droits des communautés rurales autochtones, l’organisation mondiale recommande par ailleurs dans la résolution 044 d’étudier «les effets négatifs des subventions en direction de la pêche et de l’agriculture sur la sécurité alimentaire et la biodiversité, et les façons de les atténuer».

Phytos: «forte hausse» des CEPP obtenus lors de la campagne 2020 (ministère)

Un bilan, publié le 9 septembre au Bulletin officiel, sur la mise en œuvre des CEPP (certificats d’économie de produits phytos) montre des résultats 2020 en «forte hausse», indique le ministère de l’Agriculture. «Le taux de couverture des obligations est en forte augmentation»: il passe de 24,9% à 38,6% entre 2019 et 2020, souligne le rapport. Ce ratio exprime le nombre de CEPP obtenus par rapport au nombre d’obligations des distributeurs, qui sont tenus de réaliser des actions visant à favoriser la réduction des phytos. Bien qu’en hausse, cet indicateur montre une grosse marge de progression, les obligations pour 2020 correspondant à 60% de celles de 2021. La FNA (négoce) juge néanmoins «énorme» le nombre de CEPP obtenus, qui grimpe de 2,5 à 3,8 millions. «Cette évolution traduit les efforts considérables des distributeurs» pour réduire les phytos, déclare son délégué général François Gibon. Et de pointer la «complexité» du dispositif des CEPP, ainsi que le nombre «insuffisant» d’actions standardisées. Le 2 mars, la FNA avait lancé un appel à la mobilisation pour ajouter des fiches-actions, visant un objectif de 200 publiées à fin 2023. Elles sont au nombre de 82 en 2020, soit 17 nouvelles, d’après le bilan.

Green deal: une nouvelle étude alerte sur les impacts pour la production européenne

La stratégie européenne De la ferme à la table pourrait entrainer une baisse de production dans l’UE d’environ 20% pour les grandes cultures et le bœuf, accompagnée d'une hausse des prix qui pourrait atteindre 60% pour certaines filières, alertent dans une nouvelle évaluation publiée le 13 septembre des associations agricoles allemandes, ainsi que le Coceral (commerce européen des grains) et le Fediol (industrie européenne des oléagineux). Ce travail mené par le professeur Christian Henning, directeur de l'Institut d'économie agricole de l'université de Kiel, estime la diminution de la production à -20% pour la viande bovine, -6,3% pour le lait, -21,4% pour les céréales, et -20% pour les oléagineux. C’est l’objectif de réduction de 50% de l’usage des engrais qui aurait l’impact le plus important sur ces baisses. Et, prévient aussi l’étude, ces réductions seront en partie compensées ailleurs dans le monde, alors que «le territoire de l'UE offre d'excellentes conditions pour la production de gros volumes de denrées alimentaires de haute qualité». Les organisations professionnelles demandent donc à la Commission européenne de revoir les mesures de sa stratégie De la ferme à la table et d'expliquer comment les effets secondaires négatifs seront traités.

Gestion des risques: FNSEA et JA saluent les annonces de M. Macron, la Conf’ fulmine

Le syndicat majoritaire se félicite du doublement du budget alloué à la refonte de la gestion des risques climatiques (assurance et calamités agricoles), annoncé par Emmanuel Macron le 10 septembre aux Terres de Jim. L’enveloppe promise, 600 millions d’euros par an, constitue «un montant inédit» pour un projet de réforme «qui répond à un travail et une demande de longue date de notre syndicat», a déclaré le syndicat jeune dans un communiqué le 10 septembre. Même satisfecit du côté de la FNSEA, qui salue «l’architecture à trois niveaux» (responsabilité de l’agriculteur, de l’assureur et de l’Etat selon le type de risque) et le mode de gouvernance tripartite (réunissant Etat, agriculteurs, assureurs et co-réassureurs) retenus par le gouvernement. «Cette organisation permettra une transparence dans la fixation des primes», ainsi qu'une participation «active» des parties prenantes dans «l’élaboration des offres assurantielles», souligne-t-elle dans son propre communiqué le même jour. A l’inverse, la Confédération paysanne regrette que la gestion des risques soit «confiée» aux assureurs privés. «Il est inadmissible que dans ce futur fonds, les non-assurés soient moins bien indemnisés par l’État que les autres», fulmine la Conf’ dans un communiqué le 10 septembre.

Ovins: la FNO compte sur l’interprofession pour dérouler son programme

La FNO (éleveurs d'ovins lait et viande, FNSEA) souhaite lancer une concertation avec l’interprofession ovine afin de mettre en place son programme syndical qu'elle avait élaboré pour la Pac 2023-2027, nous apprend Michel Boudoin, sa présidente, interrogée par Agra Presse le 13 septembre, à la suite de la tenue du congrès de l’association spécialisée à Limoges. «Nous nous sommes dit: nous avions un projet en accord avec le plan de filière, il faut trouver un autre chemin», explique l’éleveuse. «Au lieu de l’aide ovine, nous allons travailler au niveau interprofessionnel sur des contrats qui incluent volume, prix et période», étaye-t-elle. A défaut d’avoir été entendue par le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie lors des arbitrages du plan stratégique national et «à cause du contrôle annuel des performances de la Commission européenne», la FNO a abandonné la mise en place lors de la prochaine Pac de son plan qui prévoyait d’ajouter à l’aide couplée ovine des top-ups pour les signes de qualité, la productivité, ou encore la prévision de mise sur le marché, etc. Le syndicat lui préfère maintenant une aide couplée unique pour tous les éleveurs sur tout le territoire, avec une aide supplémentaire pour les jeunes agriculteurs.

Varenne de l’eau: la révision des Sdage, «ligne rouge» pour FNE

«Notre ligne rouge, c’est qu’on ne profite pas du Varenne pour fragiliser le processus long et subtil qui a abouti aux nouveaux Sdage», souligne auprès d’Agra Presse Florence Denier-Pasquier, administratrice de FNE et représentante de l’organisation au Cese. Alors que les conclusions du Varenne sont attendues début 2022, la représentante de FNE rappelle que les schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) pour la période 2022-2027 doivent être eux aussi officiellement approuvés en mars prochain, à quelques semaines des élections présidentielles. Malgré ces inquiétudes, l’association refuse toujours de contribuer directement au Varenne, se contentant de suivre les travaux de loin. «La compétence en matière d’eau appartient au ministère de l’Ecologie, nous ne sommes pas ici dans un cadre normal», martèle Florence Denier-Pasquier, pour qui l’instance de concertation la plus légitime demeure le Comité national de l’eau. Plus sévère encore, la députée EDS des Deux-Sèvres Delphine Batho estime auprès d’Agra Presse que «le gouvernement s’engage dans une fuite vers la remise en cause d’éléments fondamentaux du droit de l’environnement». Dénonçant une vision «erronée» de l’adaptation au climat, la députée plaide avant tout pour des mesures fortes «contre l’artificialisation des sols, l’absence de bocage et la destruction des zones humides».

Aides Pac 2020: remboursement du prélèvement 2019 pour la réserve de la crise (JO)

Conformément au mécanisme de la réserve de crise, les paiements directs de la Pac 2020 «sont augmentés d'un taux de 1,412%», stipule un arrêté paru au Journal officiel (JO) le 11 septembre. Cette hausse correspond au remboursement du prélèvement effectué en 2019 pour alimenter la réserve de crise européenne. Elle intervient après «application des réductions prévues par l'article 6 du règlement (CE) n°809/2014 susvisé (réductions, retraits et sanctions, NDLR) et avant application des réductions au titre de la conditionnalité». En dessous d'une franchise de 2000 euros, les bénéficiaires de la Pac ne sont pas concernés par ce mécanisme.

Brexit: Londres reporte l’instauration des contrôles douaniers pour l’UE

Confronté à de sérieux problèmes d’approvisionnement en raison des mesures restrictives liées à la pandémie de Covid-19 (avec une pénurie de main d’œuvre notamment dans le transport routier, ndlr), le Royaume-Uni a décidé le 14 septembre, de reporter la mise en place de contrôle douaniers complets sur les importations en provenance de l’UE. Les entreprises auront donc plus de temps pour s’adapter puisque ces règles seront repoussées au 1er janvier 2022. Le secteur agroalimentaire particulièrement touché devait notamment être visé le mois prochain par de nouvelles règles sur l’importation de produits d’origine animale. Quant aux déclarations en matière de sûreté et de sécurité, tels que les certificats phytosanitaires, elles ne seront pas requises avant le 1er juillet 2022. Pour justifier une telle décision, le ministre chargé du Brexit, David Frost, a déclaré: «Nous voulons que les entreprises se concentrent sur leur reprise post-pandémie plutôt que d’avoir à faire face à de nouvelles exigences à la frontière, c’est pourquoi nous avons établi un nouveau calendrier pragmatique pour l’introduction de contrôles complets aux frontières». De son côté, l’organisation patronale britannique CBI tout en saluant cette mesure, appelle à conclure «un accord vétérinaire sur mesure, qui pourrait éviter la majorité des contrôles et refléter la nature unique du commerce entre le Royaume-Uni et l’UE».

Foncier agricole: Macron annonce un «système de portage» pour décembre

Le ministère de l'Agriculture travaille à la création d'un «système de portage» de foncier agricole qu'il dévoilera en fin d'année, a annoncé Emmanuel Macron, lors de son déplacement le 10 septembre à Terres de Jim, fête agricole organisée par les Jeunes agriculteurs. Le président y voit un moyen «d’aider à prendre du foncier au moment le plus difficile, c’est-à-dire celui où l’on commence tout, où l’on est fragile financièrement et où l’on a déjà lancé l’exploitation», a-t-il expliqué lors de l'entretien. Puis il a brièvement dévoilé le degré de maturité du projet : « Ce que le ministre (de l’Agriculture, NDLR) est en train de travailler avec plusieurs d’entre vous, c’est un système de portage. Plusieurs groupes commencent à le faire dans le domaine bancaire ou assurantiel, on veut le généraliser et créer un système de portage français». Le chef de l’État a brossé à grands traits le principe du mécanisme projeté et ses avantages : «Pendant quelques années on porte le foncier pour le compte du jeune agriculteur, et au moment où il commence à avoir plusieurs bilans, où il a une viabilité financière, à ce moment-là il commence à faire les remboursements». Et de conclure : «On va finaliser ce système, l’objectif du ministre c’est de pouvoir vous le soumettre en décembre prochain».

Bien-être animal: le surcoût doit être «porté par le consommateur» (Denormandie)

«Ça n'est pas au compte de résultat de l'éleveur de payer cette transition [vers un meilleur bien-être animal], c'est à l'ensemble de la société qui le souhaite de le faire», a estimé le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie lors de son discours au Space le 14 septembre. Le locataire de la Rue de Varenne a pris l'exemple de deux évolutions qui surviendront début 2022: la fin de l'élimination des poussins mâles et l'arrêt de la castration à vif des porcelets. Sur ce dernier sujet, «les techniques de castration hors castration à vif sont de facto plus coûteuses», a rappelé le ministre, appelant à ce que le surcoût soit «porté par l'industriel, puis par la grande distribution, et enfin le consommateur». Idem pour la fin du broyage des poussins mâles en poules pondeuses: M. Denormandie a insisté pour que le surcoût de fonctionnement (hors investissements dans les couvoirs), de l'ordre d'un centime par œuf, soit «supporté in fine par le consommateur, qui est le premier à dire qu'il faut arrêter le broyage». Évoquant l'ensemble des sujets de bien-être animal, le ministre a estimé que «traiter de cette transition doit se faire au niveau européen». Le 10 septembre, le CNPO (interprofession des œufs) avait réclamé une interdiction européenne du broyage des poussins – et non seulement en France et en Allemagne.

Investissements: vers une année record pour l'agriculture (Crédit agricole)

Alors que les guichets du volet agricole du Plan de relance ont été ouverts depuis la toute fin 2020, le montant des crédits accordés aux agriculteurs français par le Crédit agricole a été en «très forte progression» sur le 1er semestre 2021, rapporte la «banque verte» dans un communiqué paru le 14 septembre. Ces prêts atteignent 4,1 milliards d'euros, soit 14,6% de plus qu'au 1er semestre 2020. «Si le rythme de progression se maintient, 2021 pourrait être une année record en termes d'attribution de crédit», estime le Crédit agricole. Toutes les filières sont concernées, à l'exception de la filière volaille (-1,78%), précise la banque. Les légumes représentent les filières les plus dynamiques (+40,48%), devant les céréales (+21%) et le porc (+19%). Le premier poste d'investissement reste le matériel, pour près de la moitié des crédits (1,9 Mrd€), devant les bâtiments (687,6 M€). «Premier partenaire financier des agriculteurs», le Crédit agricole revendique un taux de pénétration de 82% sur la marché agricole français (77% des installés en 2020).

Moisson: révision en baisse des récoltes de blé tendre et pois, à cause des pluies

Le service statistique du ministère de l’Agriculture (Agreste) a révisé en baisse, le 14 septembre, les récoltes de blé tendre et protéagineux, touchées par les pluies estivales, à l’inverse du maïs, tandis qu’une première estimation en betterave donne un rendement proche de la moyenne. La production de blé tendre est chiffrée à 36,1 Mt (contre 36,7 Mt en août), avec un rendement de 73 q/ha (contre 74,2 q/ha), selon une note. En cause, «la pluviométrie estivale (qui) a retardé les moissons, et induit des rendements inférieurs au potentiel attendu fin juin », explique Agreste. Cette révision concerne principalement les Hauts-de-France et le Grand Est, où les rendements s’avèrent plus bas qu’en 2020. La production de protéagineux est estimée à 1 Mt (contre 1,1 Mt en août), avec un rendement en pois de 32 q/ha (contre 36,4 q/ha). «Les pluies en juillet ont altéré le potentiel de rendement et entrainé des pertes», d’après la note. Cette météo, combinée au retour de la chaleur, est à l’inverse favorable au maïs, dont la récolte est prévue à 13,3 Mt de grains (contre 13,2 Mt). Concernant la betterave, Agreste table sur 33,1 Mt (et 81,4 t/ha), soit «une hausse de 26% par rapport à la très mauvaise année 2020, mais un niveau inférieur de 10% à la moyenne sur 5 ans».

Politiques agricoles: l’ONU alerte sur les effets néfastes des soutiens internes

Considérant que 87% des subventions à l’agriculture (soit 470 Mrds $) entraînent des distorsions de prix et sont nuisibles sur le plan environnemental et social, les trois organisations onusiennes (FAO, PNUD, PNUE) appellent, dans un rapport publié le 14 septembre, à réaffecter urgemment les soutiens agricoles. L’un des auteurs, Marco Sanchez, économiste à la FAO, estime que «les soutiens par les prix (294 Mrds $ par an) via des droits de douane, des subventions à l’exportation, des quotas à l’importation génèrent des distorsions de prix et faussent la concurrence». Il ajoute que «les aides budgétaires aux agriculteurs, qui se montent à 245 Mrds $ par an, peuvent de leur côté avoir un impact négatif sur l’environnement lorsqu’elles sont liées à une production ou à un intrant en particulier». À cette fin, les agences préconisent une démarche en six étapes pour parvenir à réformer progressivement ces soutiens. Cette réorientation, expliquent-elles, devra se faire de manière «transparente», être basée «sur des preuves» et être adaptée à la situation des différents pays.