Adaptation
Changement climatique : comment sécuriser son système fourrager ?

Marie-Cécile Seigle-Buyat
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Le changement climatique est une réalité qui s’est perceptiblement renforcée ces dernières années avec des périodes de sécheresse inhabituellement longues ou encore des canicules répétées. En ce qui concerne l’adaptation aux aléas, voici quelques pistes visant à conforter l’équilibre fourrager des systèmes d’élevage, issues de l’expérience et des pratiques de deux fermes en agriculture biologique.

Changement climatique : comment sécuriser son système fourrager ?
Vue d 'ensemble du méteil avant ensilage

Didier et Alexandre Pichon sont éleveurs laitiers dans le sud de la Dombes (Ain) et font partie du groupe Dephy polyculture élevage porté par l’ADABio dans l’Ain. Le démarrage de leur conversion bio en mai 2017 s’est accompagné d’une hausse de la surface en herbe et de la mise en place du pâturage tournant dynamique pour leur troupeau de vaches laitières. Ces mesures ne se sont toutefois pas avérées suffisantes pour pallier le manque d’herbe estival récurrent ces dernières années et les ont amenés à devoir trouver d’autres moyens de renforcer leurs récoltes fourragères. « Nous cherchons depuis deux à trois ans à récolter un maximum de stocks au printemps car les pousses estivales deviennent beaucoup trop aléatoires. En parallèle, pour compenser le manque d’herbe en été, nous avons tenté de diversifier la nature de nos fourrages récoltables sur la période estivale », précise Didier Pichon.

Du trèfle violet sous couvert d’un méteil ensilage

C’est ainsi qu’ils ont décidé de semer du trèfle violet en même temps que leur mélange de méteil ensilage à l’automne 2017. « Au départ c’était juste pour essayer, on ne savait pas trop ce que ça allait donner ! » Et l’expérience s’est avérée concluante. « Notre objectif était de gagner du temps pour avoir une récolte de trèfle violet le plus rapidement possible après notre ensilage de méteil au printemps, complète Alexandre. Dans la foulée de notre semis de mélange fourrager féverole-pois-vesce-avoine début octobre, nous avons donc semé 7 kg de trèfle violet à la volée, avec un rouleau à l’arrière du tracteur pour bien mettre les graines au contact de la terre. Le trèfle a levé en même temps que le méteil et il n’a pas été étouffé par celui-ci au printemps suivant, malgré une densité de végétation importante (voir photos). Après l’ensilage réalisé mi-mai, nous avons trouvé que le trèfle a mis un peu temps à repartir, mais malgré un été 2018 extrêmement sec, nous avons réussi à récolter trois coupes enrubannées entre juillet et octobre pour un total de 2 à 2,5 t MS/ha. Nous avons laissé le trèfle en place l’hiver suivant et l’année 2019 nous a permis de faire 5 coupes au total sur la parcelle avec un rendement de l’ordre de 7 à 8 t MS ha.» Ce qui a motivé Didier et Alexandre à renouveler l’expérience à l’automne 2018. « Cette fois nous avons augmenté la dose de semis de trèfle violet à 10 kg/ha pour qu’il occupe encore davantage l’espace. Et après l’ensilage du méteil à début mai, nous avons réussi, comme en 2018, à faire trois coupes de trèfle pour un total de plus de 4 t MS/ha. Ajouté aux 3,5 t du méteil ensilé, nous approchons les 8 t MS/ha récoltées sur la parcelle, avec uniquement 25 m3/ha de lisier apporté avant implantation à l’automne. En plus, la richesse en protéines du trèfle violet est vraiment intéressante pour équilibrer la ration de nos vaches laitières. »

L’expérience du sorgho multicoupes

Toujours dans l’idée de pallier le trou d’herbe estival, le sorgho fourrager multicoupes a été introduit dans l’assolement de la ferme. « Nous semons notre sorgho au semoir à céréales courant mai après nos ensilages de méteil, à raison de 22 kg/ha. Le bilan que nous en tirons est assez mitigé. Les implantations sont compliquées, avec notamment des levées importantes d’adventices. En 2018, malgré un fort déficit hydrique, nous avons réussi à récolter un peu plus de 3 t MS/ha sur 3 coupes. Cette année nous n’avons réalisé qu’une seule coupe à 2 t MS/ha qui comportait au final davantage de repousses d’avoine de notre méteil que de sorgho ! Pas sûr que nous allons renouveler l’expérience l’année prochaine… »

Réduire le chargement en limitant le nombre de génisses

En élevage laitier, les génisses de renouvellement constituent une part importante des besoins en fourrage du troupeau. Une génisse va représenter au total 1,7 UGB pour un vêlage à 3 ans. Cela correspond à 8,5 t de MS de fourrage et d’herbe. Avec un taux d’élevage de 30 %, l’alimentation des génisses représente 34 % des besoins totaux en fourrage du troupeau. Le coût d’élevage d’une génisse laitière est élevé et souvent sous-estimée. Pour les 8,5 t de MS de fourrage qu’elle va consommer sur 3 ans, on peut appliquer les prix suivants (en bio) : 30 € pour 1 t MS d’herbe, ou 90 € pour 1 t MS de fourrage produit sur la ferme, 180 € pour une t MS de fourrage acheté (ce prix ayant tendance à s’envoler en année de sécheresse…). Reste à ajouter la valeur du veau qui n’a pas été vendu, du lait bu, les concentrés, les frais vétérinaires et de l’élevage, la paille ainsi que le temps de travail de l’éleveur. Les prix varient d’une ferme à l’autre, et bien souvent les coûts d’élevage de plus de 2000 € par génisse sont observés. Avec les valorisations actuelles des réformes, réduire le taux d’élevage est donc souvent rentable. Des éleveurs ont d’ores et déjà fait le pari du taux de renouvellement faible, en dessous de 25 % et parfois jusqu’à 18 %, sans rencontrer de problème. Cela demande, en revanche, de travailler sur la sélection en élevant sur des vaches qui ont bien vieilli, avec des mamelles qui ne décrochent pas et de bons résultats cellulaires.

David Stephany, conseiller technique polyculture-élevage à l’ADABio

Plus d'infos dans notre édition de jeudi 6 août