Cerises
Saison morose

Emmanuelle Perrussel
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La saison 2021 aura été compliquée du début à la fin. Producteurs et metteurs en marché tirent un bilan très maussade de cette campagne.

Saison morose

Après des débuts laborieux du fait du gel de printemps pour les variétés précoces (burlat notamment), les producteurs et expéditeurs avaient espoir que la suite des récoltes serait plus favorable (voir notre édition du 17 juin).

Il n’en a rien été. La pluie a sévi presque sans discontinuer au mois de juillet, notamment les premières semaines. Á Cerifrais située à Bessenay, Jean-Marc Coignat fait les comptes. « Nous avons commercialisé un tiers des volumes d’une année de référence. Le gel avait déjà bien compromis la récolte mais en début de saison, nous espérions avoir 50 % d’une récolte. Les précipitations du mois de juillet ont abimé les cerises, provoquant des pertes considérables et fragilisé les produits. On a subi des taux de déchets très pénalisants. La saison a été plus que noire, de ma mémoire professionnelle, je n’ai jamais vu cela ! »

Un peu de positif

Pour Cerifrais, la saison, qui n’a laissé aucun répit, s’est terminée autour du 24 juillet, soit une dizaine de jours plus tôt que d’habitude. « On a cependant quelques aspects positifs : il n’y presque pas eu d’impacts de drosophila suzukii et nos clients sont restés captifs et nous ont rémunéré nos produits du mieux qu’ils pouvaient. On peut cependant noter que la demande des consommateurs n’était pas exceptionnelle, le prix élevé représentait en effet un frein à l’action d’achat », poursuit le responsable de Cerifrais.

Selon lui, « cette saison laissera des traces et peut-être engendrera-t-elle une prise de conscience sur la nécessité pour les producteurs de protéger davantage leur verger contre la grêle, la pluie, le gel et la drosphile, face au climat qui évolue ? ».

Jérôme Rozier, producteur de fruits à Bibost et président de la fédération départementale des producteurs de fruits du Rhône (FDPF) confirme que les intempéries (près de 90 mm en juillet) ont largement pénalisé la production. « Les variétés tardives étaient pourtant jolies mais avec la pluie, nous avons eu près de 50 % de déchets ; le tri manuel étant considérable du fait de l’éclatement. Sur le secteur de Bessenay, environ 1000 t ont été vendues alors que l’on tablait plutôt sur 1300 t commercialisables avant la pluie. Il a fallu de surcroit gérer le monilia et traiter presque chaque semaine du fait du lessivage. La mouche de la cerise était présente mais on a globalement réussi à calmer le jeu ». Le président de la FDPF en profite aussi pour rappeler que les producteurs impactés par le gel de printemps sur les fruits à noyaux ont jusqu’au 9 septembre pour déposer leur déclaration et « une partie des aides devrait être versée fin septembre ».

Sur le secteur plus au Sud du département, Jean-Bernard Cherblanc directeur secteur frais à Sicoly fait état de 760 t de cerises commercialisées par la coopérative. « On avait prévu une demi-récolte en début de saison suite au gel de printemps et cela s’est confirmé. Les intempéries à répétition ont occasionné des dégâts sur les variétés prometteuses avec l’apparition de fentes et de pourriture. Les prix auraient pu être très bons mais le tri à effectuer au verger a mangé le gain de valeur. »

 

Tendances / Et pour les autres fruits ?

Tendances / Et pour les autres fruits ?

Concernant les autres fruits à noyau, selon Jean-Bernard Cherblanc, directeur du secteur frais à Sicoly, « en pêche, il ne devrait y avoir que 15 % d’une récolte de référence, du fait du gel et de la pluie qui a entrainé des pertes supplémentaires sur ce qui restait. En abricot, les quantités sont ridicules. En prune, la récolte va démarrer ces jours mais s’annonce très faible aussi ». Il est en revanche plus positif pour les petits fruits rouges et sous abris : « la récolte sera normale même si le soleil manque un peu pour la qualité gustative, la conservation et la consommation ».

En fruits à pépins, le responsable prévoit « une récolte moyenne en pomme et des pertes importantes en poire. Reste à espérer que les températures augmentent et fassent grossir les fruits pour compenser une partie des pertes de tonnages ».

En mirabelle, Jérôme Rozier, producteur à Bibost annonce que « le peu qu’il y a se présente bien. Début août, elles commençaient à blusher ».