VITICULTURE
Quel vignoble pour quel climat ?

Viticulture et changement climatique : tel était le thème de la journée Tech & Bio organisée par les Chambres d’agriculture de l’Ardèche et de la Drôme le 7 juillet dernier, à Cornas.

Quel vignoble pour quel climat ?
Des ateliers dans le vignoble étaient organisées tout l'après-midi : ici, une démonstration de pulvérisation par drone dans les vignes de forte pente

Cornas, Saint-Joseph, Saint-Péray. Véritables emblèmes du territoire, les trois appellations ont d’importants défis à relever. Le plus important est sans doute celui, déjà commencé, du réchauffement climatique. Situés sur de fortes pentes, dans des sols d’origine granitique à faible réserve en eau, les vignobles des trois AOC s’interrogent sur leur avenir.

+ 4 °C en 2100 à Alboussière !

Comment s’adapter au changement climatique ? Pour tenter d’y répondre, encore faut-il en appréhender les effets. Quel climat aura-t-on demain ? C’est à cette question qu’a tenté de répondre Emmanuel Forel, responsable Climat à la Chambre d’agriculture de l’Ardèche. « Si l’on prend en considération le scénario le plus pessimiste du Giec, celui qui tend à se réaliser, nous pourrions connaître une hausse des températures moyennes de 3,8°C d’ici la fin du siècle dans la région. Il détaille : C’est en montagne que l’augmentation des températures sera la plus soutenue : on devrait connaître +4°C à 400m, +4,1°C à 600 m

Quatre mois d’été et plus d’hiver

C’est en été que la hausse des températures sera la plus marquée. « À horizon 2070-2100, nous aurons +5°C de température moyenne l’été et les journées à plus de 30 °C s'installeront pendant près de 3 mois, souligne Emmanuel Forel. L’été débutera dès juin et s’étendra à septembre, tandis que les hivers tendront à disparaître. Le climat de janvier sera similaire à celui qu’on connaît aujourd’hui en mars. Il poursuit : On aura également des maturités beaucoup plus précoces, donc on vendangera un mois plus tôt. » 

Arroser les vignes ?

Le nombre de jours de gel tendra quant à lui à la baisse. Toutefois, avec davantage de précocité dans les maturités des cultures, les dégâts de gel ne devraient pas disparaître, au contraire. « Par ailleurs, les sécheresses vont s’intensifier et les besoins en eau s’accroître. Est-ce qu’on devra arroser les vignes, et est-ce qu’on le pourra ? », questionne Emmanuel Forel. « Certes, il existe des outils (sondes capacitives…) pour piloter l’irrigation plus finement et efficacement. Mais les ressources du Rhône ne sont pas inépuisables et, pour l’heure, l’arrosage est interdit pour les AOC. Il semble aussi très compliqué d’amener l’irrigation dans nos coteaux de fortes pentes. » Se pose également la question de l’image : l’irrigation du vignoble sera-t-elle acceptable et acceptée par la société ?

Demain, de la roussanne à 600 mètres ?

Le changement climatique interroge également sur le choix des cépages. Les variétés présentes dans la région seront-elles encore adaptées demain ? Devra-t-on abandonner certaines zones ? Selon les prévisions, à la fin du siècle, le vignoble des côtes-du-rhône septentrionales sera davantage adapté à des variétés aujourd’hui cultivées dans les îles grecques, en Sicile, ou en Australie : nero d’avola, primitivo, fiano… Des essais de cépages résistants sont actuellement conduits en Sud-Ardèche. L’adaptation du matériel végétal pose question, plus encore dans le cas des AOC locales dont les cahiers des charges n’autorisent que trois cépages (roussanne, marsanne et syrah). Aujourd’hui, l’Inao autorise l’introduction de cépages résistants à hauteur de 5 % du vignoble, et 10 % dans les assemblages. Peut-on imaginer une révision des cahiers des charges dans l’avenir, pour pouvoir introduire d’autres variétés, sans pour autant dénaturer la typicité des vins ?

Mylène Coste

Les températures annuelles devraient augmenter en moyenne de 3,8°C à la fin du siècle

« Dans 50 ans, on arrosera 1,7 fois plus les abricots pour la même production »

Selon les prévisions climatiques du Giec, la pluviométrie annuelle devrait se maintenir. « Toutefois, du fait des fortes chaleurs, l’évapotranspiration (évaporation de l’eau des sols et transpiration des plantes) sera accentuée et le dessèchement estival de la végétation va s’intensifier, explique Emmanuel Forel. Les besoins en eau des cultures seront donc bien plus importants, et la sécheresse s’installera dès le mois de mai, sera plus longue et plus intense. Le déficit hydrique devrait augmenter de 70 % à horizon 2070-2100. Cela signifie qu’il faudra arroser 1,7 fois plus les abricots pour la même production. »

14 000

C’est le nombre d’hectares de vignes que compte l’Ardèche. Des vignes qui stockent environ 35 tonnes de carbone à l’hectare. L’intégration de couverts végétaux, de haies ou d’arbres dans le vignoble permet de stocker davantage de CO2 encore, tout en contribuant à une meilleure vie des sols.

Avec un sol nourri, la plante résiste mieux au stress hydrique

C’est la conclusion des études menées sur le potentiel oxydo-réduction (« redox ») par Milène Souvignier, agronome et agricultrice. Pour éviter l’oxydation des plantes, nourrir son sol est essentiel.  « Pour ça, il faut réaliser des apports réguliers de matière organique, de préférence d’origine animale ; mettre en place des couverts végétaux contenant le plus d’espèces possibles, en privilégiant les légumineuses pour leur apport d’azote, limiter le travail au sol en profondeur et bannir les engrais minéraux et produits phyto. Autre astuce : Faire des préparations lactofermentées. C’est simple à faire et très efficace. On peut faire un apport au moment de la destruction des couverts végétaux, par exemple. »

De nombreux vignerons ont assisté aux ateliers en salle dans le cadre de la journée technique Tech & Bio