L'info' en bref
Bioénergie, aléas, phytos, sécheresse

Emmanuelle Perrussel
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L'essentiel de l'information agricole nationale et régionale de ces dernières heures, à lire chaque lundi, mercredi et vendredi dès 9 h.

Bioénergie, aléas, phytos, sécheresse

Phytos : les Suisses refusent d'interdire les pesticides de synthèse

Les électeurs suisses ont largement refusé, le 13 juin, d'interdire les pesticides de synthèse. Aucun grand pays n'a jusqu'à présent interdit les pesticides de synthèse. Ailleurs dans le monde, le Bhoutan avait annoncé il y a quelques années vouloir devenir le premier pays au monde à vivre d'une agriculture « 100% bio ». Les Suisses ont refusé dimanche d'engager leur pays - qui abrite un des plus grands fabricants de produits phytosanitaires, le groupe bâlois Syngenta, racheté en 2017 par le géant chinois ChemChina - sur cette voie. « C'est un choix de la raison et du pragmatisme, c'est un choix qui garantit l'avenir de notre agriculture et qui assure la sécurité alimentaire de notre pays. Ce double non donne la possibilité au monde agricole de poursuivre ses réformes de transition vers une production plus durable », a réagi le président suisse, Guy Parmelin, en conférence de presse. Un premier texte, qui demandait l'interdiction des pesticides de synthèse dans un délai de 10 ans, ainsi que de toute importation de denrées alimentaires produites à l'étranger à l'aide de ces produits ou en contenant, a été rejeté à 60,56 %, selon les résultats définitifs.

Déduction pour aléas : les députés prolongent son assouplissement via le PLFR-2

Réunis en séance plénière le 11 juin à l’occasion de l'examen du projet de loi de finances rectificatif (PLFR) pour 2021, les députés ont adopté un amendement permettant aux exploitants agricoles d’assouplir les conditions d’utilisation de la déduction pour aléas (DPA). L’épargne constituée sous l’ancien régime de la DPA pourra être utilisée dans les conditions - plus souples - de la déduction pour épargne précaution (DEP) jusqu’au 31 décembre 2021. Cet amendement prolonge donc d’un an ce qui avait été acté par le Parlement en avril 2020, dans le cadre du PLFR-2 (deuxième PLFR pour 2020). Il a été adopté sur avis favorable du gouvernement et de la commission des Finances de l’Assemblée. Cet assouplissement des critères de la DPA est bien lié aux « aléas économiques » rencontrés par les agriculteurs et non à l’épisode de gel, «qui lui est compensé par des mesures budgétaires», a tenu à préciser le rapporteur général de la commission des Finances Laurent Saint-Martin dans l’Hémicycle.

Fruits et légumes : feu vert pour le rachat de Charles & Alice par le Crédit mutuel

L’Autorité de la concurrence annonce, le 11 juin dans un communiqué de presse « autoriser sans conditions » la prise de contrôle exclusif du groupe Charles & Alice par la société Crédit Mutuel Equity, filiale du groupe bancaire Crédit Mutuel. L’autorité considère qu’ après examen, « l’opération n’est pas de nature à porter atteinte à la concurrence ». Basé dans le Drôme et le Vaucluse, Charles et Alice est un groupe spécialisé dans la fabrication de compotes, de desserts fruités et végétaux ainsi que de jus de fruits qu’il commercialise en supermarchés et en restauration hors foyer. L’entreprise se targue notamment de s’approvisionner en pommes 100 % françaises, issus d’une agriculture durable et cueillis à la main.

Cerise: la cerise des coteaux du Ventoux obtient le label de qualité IGP

La «cerise des coteaux du Ventoux» a été inscrite au registre européen des indications géographiques protégées (IGP) le 11 juin. Cette demande de reconnaissance avait été portée par la France auprès de la Commission européenne en janvier 2019. La «cerise des coteaux du Ventoux» est une cerise de bouche de couleur rouge, connue pour son calibre important (24 mm). Elle est cultivée dans le département du Vaucluse, dans une zone qui s’étend sur les contreforts du Mont Ventoux, depuis la plaine du Comtat Venaissin à l’ouest, et le massif du Lubéron au sud. Cette aire géographique à fort ensoleillement et exposée au mistral bénéficie d’une large amplitude thermique, avec des vergers situés entre 50 et 600m d’altitude. Cet étagement combiné à la maturité échelonnée des variétés permet à cette cerise d’être présente pendant plus de deux mois sur les étals - début mai à la mi-juillet. La récolte est exclusivement manuelle.

Bioénergies : l’Onu met en garde contre un essor massif des cultures énergétiques

Dans un rapport intitulé «Biodiversité et changement climatique», des experts de l’Onu mettent en garde contre un essor massif des bioénergies. « Les cultures énergétiques (y compris des arbres, des plantes pérennes ou annuelles) en monocultures sur une très grande partie des surfaces totales est préjudiciable aux écosystèmes », écrivent dans ce document publié le 10 juin des représentants des groupes d'experts de l'Onu sur la biodiversité (IPBES) et le climat (Giec). Ils pointent les risques associés à un développement massif des bioénergies : tensions autour de l’utilisation des terres, érosion de la biodiversité, hausse des émissions de CO2 liées aux changements d’affectation des sols. Les crises climatiques et de la biodiversité doivent être pensées et traitées ensemble, en veillant à éviter de nuire à l'une en cherchant à protéger l'autre, selon les auteurs. «Les impacts du changement climatique et la perte de biodiversité sont deux des principaux risques et défis posés aux sociétés humaines» et sont « liés de façon mécanique et par des retours d'expérience ».

Sécheresse : la production brésilienne de maïs encore revue à la baisse (rapport USDA)

La production brésilienne de maïs 2020-21, touchée par une sécheresse historique qui a largement animé les marchés ces dernières semaines, a été une nouvelle fois révisée à la baisse par le ministère américain de l'Agriculture (USDA) le 10 juin. Elle estimée à 98,5 Mt (-3,5 Mt par rapport à mai). Cette révision apparaît «très timide, timide», d’après Gautier Le Molgat, analyste chez Agritel. Le rapport révise toutefois également à la baisse les stocks de maïs aux Etats-Unis, où l’USDA table, pour la prochaine campagne, sur une demande intérieure soutenue et des livraisons à la Chine d'un niveau identique à celles de la campagne actuelle. De quoi absorber une bonne part de la prochaine récolte américaine, attendue en hausse de 20 Mt à plus de 380 Mt, dont une partie devrait alimenter un marché de l'éthanol encore très dynamique. En blé, la production mondiale 2021-22, déjà attendue à un niveau record, est encore révisée à la hausse, à près de 794,5 Mt (+5,5 Mt par rapport à mai). Cette hausse s'explique principalement par une nette révision de la production européenne (+3,5 Mt à 137,5 Mt) et du bassin de la mer Noire. « On a besoin de chiffres records de production parce qu'on a vraiment creusé nos stocks », affirme Gautier Le Molgat.

Airbus/Boeing : la FEVS et 112 organisations appellent à lever les surtaxes

Alors que le 11 juillet prochain, la suspension de quatre mois par Washington des droits de douanes punitifs sur les produits agroalimentaires européens dans le cadre de l’affaire Airbus/Boeing doit prendre fin, la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) et 112 autres organisations européennes et américaines appellent dans un communiqué publié le 11 juin, les États-Unis et l’UE à intensifier les négociations pour les supprimer définitivement. Tout en précisant que pour un souci de prévisibilité, «nous demandons un préavis de non-retour des droits de douane, même si un délai supplémentaire est nécessaire pour négocier, afin de tenir compte des délais d’expédition». Enfin, elles assurent que cet accord «permettra aux deux parties d’établir un programme commercial transatlantique positif». Depuis le 12 janvier dernier, l’administration Trump avait décidé de taxer l’ensemble des vins tranquilles de l’hexagone, en imposant de nouvelles taxes additionnelles de 25% ad valorem aux vins non pétillants, eaux-de-vie à base de raisin et cognacs. Depuis octobre 2019, seulement les vins français non effervescents de moins de 14 degrés, vendus en contenants de moins de deux litres étaient touchés par ces droits de rétorsion.