Lettre ouverte
« Où se trouve la priorité à l’agriculture locale ? »

Emmanuelle Perrussel
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Face à la fermeture de nombreux marchés à Lyon et ailleurs dans le département durant la crise sanitaire de ces dernières semaines, Florent Chipier, agriculteur-brasseur dans les monts du Lyonnais a souhaité s’adresser au maire de Lyon et au président de la Métropole par courrier.

« Où se trouve la priorité à l’agriculture locale ? »

« Je suis agriculteur et je vends ma production sur le marché de Monplaisir, dans le 8e arrondissement de Lyon. Cela fait quatorze ans que j'y suis présent et je ne suis que 22e au rappel. Je me permets de vous écrire pour attirer votre attention sur deux points suite au communiqué de presse du 7 mai 2020.

Tout d'abord, concernant la réouverture très, très lente des marchés. Vous le dites vous-même, les "expériences" menées la semaine dernière sont en demi-teinte, dues à la concentration massive de consommateurs. Dans ce cas, pourquoi ne pas rouvrir plus rapidement tous les marchés de Lyon pour "diluer", cette concentration importante ?

Deuxième point, concernant une iniquité fondamentale à mes yeux, la réouverture des marchés uniquement pour les abonnés et sans priorité donnée aux producteurs.

Ces dits « abonnés », qui pour certains, ont acheté leurs places de marché il n’y a que quelques mois pour vendre des fruits et légumes transitant par Corbas et Rungis et provenant du bout du monde auraient davantage le droit d’accès aux marchés, que certains producteurs locaux inscrits sur liste de rappel depuis des années et ne pouvant progresser sur cette même liste par le biais du système de vente de place.

Où se trouve la priorité à l’agriculture locale tant réclamée depuis plusieurs années et prônée par les institutions depuis quelques petites semaines… ?

Ne serait-ce pas le moment de mettre en place la stratégie alimentaire souhaitée par la métropole de Lyon concernant le rapprochement des producteurs locaux et des consommateurs lyonnais ?

Je terminerais ce propos, en vous félicitant pour les conditions d’hygiène mises en place à l’entrée des marchés la semaine passée (application de gel hydroalcoolique systématique à l’entrée, distribution de masque et port obligatoire, sens unique de circulation, manipulation des produits strictement réservée aux vendeurs).

Lyon n’est plus vraiment Lyon, capitale de la gastronomie sans ses marchés. Un changement dans les modes de consommation des Lyonnais était en train de s’opérer, il serait dommage qu’il soit mis à mal par des décisions politiques qui ne nous semblent pas justifiées. »