Statistiques
La ferme France a perdu 1,9 % de sa valeur en 2020

Emmanuelle Perrussel
-

« La crise sanitaire a globalement moins touché l’agriculture que les autres activités économiques, même si l’impact sur les conditions de production des filières est bien réel », a indiqué l’Insee le 7 juillet dans sa note de conjoncture sur les comptes provisoires de l’agriculture 2020. 

La ferme France a perdu 1,9 % de sa valeur en 2020

Concrètement, la production de la branche agricole (hors subventions) baisserait en valeur de 1,9 %, notamment en raison de la contraction des productions végétale (-2,4 %) et animale (-0,9 %).

L’Insee explique ce recul par les conditions météorologiques qui restent « le facteur dominant du recul de la production végétale », en particulier de celle de céréales qui paient un lourd tribut : -8,9 %. Parmi elles, les volumes de blé tendre ont chuté de -26,1 %, ceux de l’orge de -24,1 % et ceux des oléoprotéagineux de presque 10 % (-9,8 %). Seul le maïs tire son épingle du jeu avec une croissance estimée à +6,6 % ainsi que les pommes de terre (+3,4 %). Plus grave, l’institut statistique confirme ce que les producteurs de betteraves avaient constaté dans leurs champs avec les effets de la jaunisse : la production de betteraves industrielles s’est effondrée de presque 31 % (-30,8 %).

Mesures restrictives

Ces mauvais chiffres ont une conséquence directe et mécanique sur les prix. « En 2020, le prix de la production végétale hors subvention rebondit : +2,5% », souligne l’Insee. Le prix des céréales a grimpé de +12,2 % en raison d’une demande mondiale croissance et parce que les importateurs ont souhaité « constituer des stocks de précaution », précise la note de conjoncture. Le prix des fruits et légumes dont la production a été affecté par les conditions climatiques se sont renchéris de +10,8 % pour les premiers et de +6,7 % pour les seconds. Malgré des volumes en hausse (+1,4%), le prix du vin s’est contracté de -3,4 %, notamment en raison des « mesures restrictives liées à la pandémie et les droits de douanes américains », précise l’Insee. Il en est de même pour les productions animales dont le volume global a légèrement cru ( +0,4 %) alors que les prix ont baissé (-1,3 %), en particulier pour les porcins (-4,8 %), les œufs (-6,8 %), les gros bovins (-0,8 %) et le lait (-0,7 %). Seuls les ovins et caprins s’en sortent avec des prix en hausse de +5,9 %, « un prix soutenu par la consommation à domicile et la baisse des importations ».  -3,3 M% en réel L’Insee confirme également que la valeur ajoutée brute de la branche agricole a  perdu 1,8 % en 2020. Elle avait déjà perd -5,5 % en 2019. L’institut explique ce phénomène par la baisse de la production au prix de base (-1,9 %) « y compris les subventions sur les produits ».

Cette  analyse donne raison aux organisations agricoles, FNSEA en tête, qui pestent contre les plus toujours plus bas imposés aux agriculteurs. D’ailleurs, l’Insee remarque que la baisse aurait pu être plus importante encore si les consommations intermédiaires (intrants, vétérinaires, matériel…)  n’avaient pas reculé de -2 %. « La baisse en volume de la valeur ajoutée serait plus prononcée (-6,3%) », mais elle « est compensée par la hausse des prix à la production ». Cependant, en termes réels, elle se réduirait de 3,3 % après une baisse de 5,1 % en 2019.  

 

Les réactions des organisations agricoles

FNSEA : « Les agriculteurs ne sont pas récompensés de leurs efforts », souligne la FNSEA dans un communique du 7 juillet. Elle ajoute que « l'année 2020 illustre (…) bien la nécessité d'avancer sur l'amélioration de la résilience face aux aléas, l'adaptation au changement climatique des exploitations, combinée à une meilleure valorisation qui prenne en compte les coûts de production. La FNSEA dit « beaucoup attendre des travaux du Varenne agricole de l'eau et de l'adaptation au changement climatique » ainsi que des suites de la proposition de loi Besson-Moreau  ou encore du Plan de relance. « Il est impératif de permettre aux agriculteurs de tirer un revenu décent de leur activité, afin de gagner en compétitivité et de relever le défi de la souveraineté alimentaire à long terme ».

APCA : Dans un communiqué de presse du 7 juillet, l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture s’inquiète du recul des investissement constaté depuis dix ans, « avec une interrogation constante : pourquoi et comment prendre le risque d’investir dans un univers aussi incertain? », s’interroge la chambre consulaire. Cette évolution est selon elle « préoccupante : réduire ses investissements au moment où d’importantes transitions sont nécessaires pourrait compromettre l’avenir de l’agriculture », souligne-t-elle. Son président, Sébastien Windsor estime que « les  agriculteurs français ont besoin d’un horizon clair et visible pour la conduite et la modernisation de leurs exploitations ».