Insolite
Des moutons en ville !

Emmanuelle Perrussel
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La Bergerie urbaine, une association collaborative de bergers sur la métropole de Lyon, pratique l’agriculture en ville, avec du pâturage de moutons sur des espaces naturels (parcs, bas d’immeubles, friches). Découverte.

Des moutons en ville !

À quelques pas de la ville, à Collonges-au-Mont-d’Or, des moutons paissent tranquillement l’herbe du parc où se trouve leur bergerie. À l’appel de Bastien Boyer, l’un de leur berger, les petits ruminants s’approchent, curieux. Ces moutons-là sont encore plus familiers avec les humains car ils ont l’habitude de les côtoyer et de sillonner Lyon et ses environs puisqu’ils font du pâturage itinérant sur des espaces naturels tels que parcs, bas d’immeuble, friches…

Cette idée assez originale a germé dans l’esprit d’une poignée de 5 bergers urbains en 2018. L’association la Bergerie urbaine a alors vu le jour, inspirée de la structure Clinamen située en région parisienne et qui pratique l’élevage collaboratif.

Les premiers moutons, 13 femelles et un mâle, sont arrivés en avril 2019 dans le Rhône. « Nous sommes allés les chercher chez un éleveur de l’organisme de sélection (OS) de la race vendéenne. Notre choix s’est porté sur cette race car elle est adaptée aux sols assez riches en azote, c’est une race maternelle, à l’esthétique agréable. Le processus de domestication a nécessité plusieurs semaines afin qu’ils puissent être à l’aise dans leurs interactions avec les gens et se déplacer en ville à la voix sur des distances généralement comprises entre 2 et 5 km », indique Bastien Boyer l’un de ces bergers atypiques.

Agriculture collaborative

Avant d’être berger urbain, le jeune homme a travaillé dans le secteur de l’animation sociale et environnementale. Comme les autres cofondateurs de la structure, il est depuis longtemps persuadé, qu’il est possible d’envisager une forme d’agriculture en ville. « Nombreux sont les espaces naturels disséminés qui font uniquement l’objet d’une gestion paysagère sans aucune valorisation vivrière. Notre idée est de leur redonner cette valorisation, sans pour autant se limiter à de l’éco pâturage. Nous prônons une agriculture collaborative, nos bénévoles sont d’ailleurs rémunérés en colis de viande et tous apprécient de se reconnecter avec la nature, peu ont en effet connu l’élevage. »

Crédit photo : Bergerie urbaine.

Reconnecter la ville et la campagne

Concrètement, l’équipe espère arriver à « faire sortir » quotidiennement les moutons afin qu’ils goûtent à une diversité végétale la plus importante possible. Les agneaux sont élevés sous la mère, en plein air avec pour finalité de produire une viande locale de haute qualité environnementale. « On a souvent des questions types : est-ce que les moutons ne vivraient pas mieux à la campagne ? Or, il faut savoir que jusqu’en 1950, les animaux d’élevage peuplaient nos villes. Poules, cochons, chevaux recyclaient la totalité des déchets organiques et leurs excréments permettaient des productions maraîchères de qualité. Avec l’apparition du réfrigérateur et la mondialisation du commerce, les animaux d’élevage ont été relégués aux campagnes. Certains sont par ailleurs choqués de savoir que les moutons seront tués pour ensuite être mangés », poursuit Bastien.  Selon lui, « les citadins méconnaissent les principes de fonctionnement de l’agriculture, d’où ces incompréhensions et la nécessité de reconnecter la ville et la campagne ».

Créer l'animation et l'échange

Créer l'animation et l'échange

Aussi pour apporter leur pierre à l’édifice, les membres de l’association la Bergerie urbaine profitent de leurs sorties pour créer l’animation et l’échange. « On peut dire que nous avons un rôle au niveau du lien social : le troupeau est un levier pour sensibiliser aux enjeux agricoles et environnementaux. Le passage et la présence des moutons favorisent des ambiances originales et chaleureuses dans nos espaces urbains. On ne compte même plus les atmosphères apaisées et conviviales que l’on a pu ressentir ! » Les cadres et les événements de sorties des moutons sont très variés. « On a un large spectre d’intervention pour nos prestations : de la fête qui réunit plus de 8000 personnes à l’animation auprès de personnes polyhandicapées. On est aussi amené à intervenir à la demande d’entreprises, de collectivités, de bailleurs… On peut rester d’une demi-journée à une résidence de plusieurs jours. Dans tous les cas, le troupeau est gardé par l’un d’entre nous », ajoute Bastien. Il retient par exemple des scènes surréalistes et « des échanges très sympathiques et enrichissants lors d’une prestation de l’association sur le campus universitaire de Bron avec les étudiants. Lors de l’événement Les Bons plans de la Feyssine, de nombreux enfants nous ont tenus compagnie tout au long de la journée. Une petite fille, à la fin de l’après-midi nous a dit : plus tard, je serai bergère. C’était à la fois inattendu et touchant. Le mouton a un capital sympathie énorme, on ne se lasse pas de prendre des avalanches de sourires ! », conclut le berger.

En images (crédit photo : Bergerie urbaine)