Paroles d’interco
Atouts et contraintes du périurbain

Emmanuelle Perrussel
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Tous les quinze jours, un(e) vice-président(e) à l’agriculture et à l’alimentation d’intercommunalité nous présente la politique agricole de son territoire. Ce jeudi rencontre avec Jérôme Crozet, vice-président à l’agriculture de la communauté de communes de la vallée du Garon (CCVG).

Atouts et contraintes du périurbain

Pourriez-vous présenter ?

« Je suis élu à la mairie de Chaponost depuis deux mandats, en tant que délégué à l’agriculture. Mes pairs m’ont également confié cette responsabilité à la communauté de communes de la vallée du Garon (CCVG) en 2020. J’exerce la profession d’ingénieur dans le bâtiment et je suis issu du monde agricole : mes grands-parents étaient exploitants, j’ai épousé une fille d’exploitants et je suis en outre propriétaire de 3 ha de vignes dans le Beaujolais. C’est donc un milieu que je connais bien ! »

À quoi ressemble l’agriculture de la CCVG ?

« Notre intercommunalité est limitrophe à la Métropole de Lyon donc nous composons avec les avantages et les inconvénients de cette situation périurbaine. Nos atouts sont évidemment la proximité avec la clientèle, ce qui a permis aux exploitants du secteur de miser sur les circuits courts de proximité : Amap, vente à la ferme, marchés, magasins de producteurs… Les contraintes sont en rapport avec la pression foncière, très importante. Le prix au mètre carré d’un terrain agricole est par exemple deux fois plus élevé chez nous que sur la communauté de communes du Pays mornantais (Copamo). La proximité avec les urbains est source de contraintes et de nuisances pour les agriculteurs qui déplorent des vols et des incivilités. Sur les 50 km2 de surface, 2/3 sont classées en zones agricoles et naturelles au niveau des plans locaux d’urbanisme (PLU) et 71 % sont concernées par le périmètre de protection des espaces naturels et agricoles périurbains (Penap). On compte 45 fermes et des productions très diversifiées : arboriculture, viticulture, maraichage, élevage, horticulture, apiculture… Notre territoire revêt par ailleurs 2 particularités avec la présence d’e l’appellation des coteaux-du-lyonnais à Millery et notamment une importante production de sapins de Noël à Chaponost. »

Quels sont ses défis et comment évolue-t-elle ?

« L’agriculture est en perpétuelle évolution et la communauté de communes s’attache à l’accompagner. On peut noter une certaine dynamique : 12 exploitations sur 45 sont labellisées en agriculture biologique et ces dix dernières années, 8 installations se sont concrétisées. Parmi les défis, nous avons nous aussi celui du renouvellement des générations car malgré cette dynamique, plusieurs exploitations vont être cédées ces prochaines années en arboriculture et en viticulture et les candidats à la reprise ne se bousculent pas. Un autre défi concerne l’adaptation au changement climatique. »

Quel est le plan d’action choisi ?

« Ce plan d’action s’intitule agriculture 2030 et a été voté en 2017. Il s’articule autour de 5 axes. L’axe 1 est accompagner les agriculteurs et les agricultrices en activité. Cela passe par favoriser l’adaptation au changement climatique (ex. mise en place d’un groupe de travail atténuation et adaptation au changement climatique à l’échelle de l’Ouest lyonnais) ; valoriser l’agriculture (relais d’information via les outils numériques de la CCVG, réalisation de vidéos de présentation de l’agriculture, édition de plaquette « consommer local et de saison », organisation d’événements festifs de promotion…) ; développer les services et animations mutualisés (apéros en ferme inconnue, collecte de plastiques agricoles…) ; remobiliser le foncier agricole (remobilisation des friches, veille et lutte contre la spéculation, information des propriétaires fonciers…).

L’axe 2 s’intitule accompagner les transmissions et les installations. Ce travail s’effectue en lien avec d’autres partenaires : chambre d’agriculture, Terres de lien, Addear et consiste à anticiper les transmissions et les accompagner. Les porteurs de projet d’installation sont eux aussi aidés : l’offre d’accompagnement existante sera renforcée et nous réfléchissons à mettre en place un réseau d’échanges pour les jeunes installés. Des lieux tests pourraient émerger sur le territoire.

L’axe 3 vise à faire émerger une dynamique structurante sur la CCVG : un bâtiment collectif multifonctionnel est en projet, une régie agricole communale ou intercommunale en agroforesterie AB aussi. Il s’agit par ailleurs de développer l’offre de logements accessibles aux agriculteurs.

L’axe 4 ambitionne le développement des débouchés pour les produits agricoles : dans la restauration hors foyer, lors d’événements, structurer et renforcer l’existant, faire émerger de nouvelles filières…

Enfin l’axe 5 porte sur une boîte à outils et une gouvernance pour l’intercommunalité en matière d’agriculture : schéma d’accueil des activités agricoles, projet alimentaire territorial, suivi du plan d’action, etc. »

Avez-vous quelques exemples concrets d’actions ?

« Pour l’axe 1, nous avons copiloté aux côtés de la chambre d’agriculture, la mise en place du système paragrêle (Sélérys / Lacroix)*. La CCVG a assuré le portage juridique et financier du projet, dès le départ, la volonté politique des élus a été forte et Millery a été rapidement le centre névralgique du dispositif de détection et de lutte active contre la grêle. Pour lutter contre la pression foncière, nous nous sommes dotés d’un cadre d’intervention qui permet à la CCVG, en lien avec la Safer et d’acquérir des parcelles et de les mettre à disposition d’agriculteurs.

L’adaptation au changement climatique se traduit aussi par le programme Nature en ferme, une expérimentation de trois ans, en lien avec la chambre d’agriculture, le conservatoire des espaces naturels, la ligue de protection des oiseaux (LPO), Arthropologia autour de la biodiversité. Des chantiers pilotes ont été conduits avec trois fermes, à l’issue d’un diagnostic sur chaque exploitation, plantation de haies, création de mares, pose de nichoirs… Désormais, ce programme fait l’objet d’un appel à candidature deux fois par an, l’idée est de proposer un accompagnement le plus personnalisé possible.

Pour l’axe 5, nous avons mis en place dès 2019 un comité local agriculture qui compte deux élus de chaque commune de la CCVG et des agriculteurs. Ce comité permet à ses membres d’être actifs dans la veille foncière, de faire monter et descendre des informations. C’est un espace de dialogue et d’échanges permanents sur l’ensemble des actions portées par la CCVG. 

Autre exemple, face aux incivilités et aux vols sur les exploitations qui ont pris de l’ampleur avec les confinements, nous mettons à disposition des panneaux informatifs qui ont été réalisés en lien avec le syndicat de l’Ouest lyonnais. »

*avec le soutien financier du Département du Rhône, de la Région Auvergne Rhône Alpes, de l'État, de la Métropole du Grand Lyon, de communautés de communes, de Groupama et des assurances du Crédit agricole.