Calamité sécheresse
Recensement des pertes en élevage

Emmanuelle Perrussel
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Une vingtaine d’exploitations à dominante élevage ont reçu la délégation de la DDT et de la FDSEA entre le 2 et le 9 novembre. Cette tournée en divers points du département permet de recenser les impacts chiffrés de la sécheresse 2020.

Recensement des pertes en élevage

Pendant plusieurs jours, la DDT s’est rendue sur des exploitations d’élevage pour mesurer les pertes liées à la sécheresse cette année. Ces données permettront d’étoffer le dossier qui sera présenté lors du Comité national de gestion des risques en agriculture (CNGRA) en vue d’aboutir à la reconnaissance du département du Rhône ou d’une partie en calamité sécheresse. En cas de reconnaissance, des indemnisations seront alors allouées aux exploitations concernées pour les aider à faire face à cette situation. Pour rappel, sont éligibles les exploitations situées dans les communes reconnues en calamité et pour lesquelles la perte en fourrage représente au moins 13 % du produit brut de l’exploitation.

Après un printemps et un été très secs, de nombreux éleveurs déplorent des pertes de rendements considérables au niveau du foin, des céréales et du maïs ensilage et des effets sur leur trésorerie et sur la production. C’est le cas de Cécile et Pierre-Olivier Grand associés du Gaec les Vaches dorées à Poleymieux-au-Mont-d’Or sur 155 ha. Ils ont reçu la visite de deux représentants de la DDT du Rhône, Isabelle Beloeil, chef du service économie agricole et développement rural (Seader) et Patricia Poulenard, gestionnaire calamités agricoles, d’un expert extérieur, Franck Pelissier de la DDT de la Loire et d’Élise Michallet, secrétaire générale de la FDSEA, lundi 2 novembre. 

Divers impacts

Cécile Grand et son frère élèvent 70 vaches laitières, 20 à 25 génisses pour le renouvellement et 4 ou 5 par an pour la viande. Leurs surfaces se répartissent entre 95 ha d’herbe dont la moitié est pâturée et l’autre moitié fauchée, 20 ha de luzerne, 20 ha de céréales et 15 à 17 ha de maïs. « Cette année, nous avons mis les bêtes au pâturage du 15 mars au 15 juin mais dès la mi-juin, il a fallu les nourrir comme en plein hiver ! La ration des génisses a dû être complétée dès le mois de juillet », a précisé Cécile Grand. Dans la mélangeuse, chaque jour, les éleveurs mettent près de 800 kg de foin, 1 t de maïs, 200 kg de tourteau et 200 kg de céréales. Le Gaec des Vaches dorées a aussi semé des dérobées en octobre : de l’avoine sur 6 ou 7 ha. « En année normale comme en 2016 par exemple, on vend du fourrage. Cette année, il a fallu acheter du maïs ensilage vu les rendements : 84 t au lieu de 180 t en 2019 ! On a aussi acheté un camion de paille et du maïs épi. Les récoltes de foin et de luzerne, notamment les 2e coupes sont loin d’avoir rempli les cellules de stockage du séchoir », ajoute Cécile Grand. À cela viennent s’ajouter une facture d’eau qui a explosé et une logistique lourde pour apporter l’eau pour l’abreuvement des animaux à la parcelle.

Quant à la production laitière, elle a commencé à baisser dès le mois d’août avec environ 2 l de moins par jour et par vache. La qualité des fourrages et puis celle du maïs ensilage récoltés n’a pas été au rendez-vous donc le niveau de la production de lait n’est pas parti pour se redresser.

La DDT recense également les données sur les stocks de l’exploitation en sortie d’hiver et sur les stocks de cet automne. Chez Cécile Grand par exemple, les stocks en sortie d’hiver étaient déjà faibles, alors en ce début novembre, il reste moins de 300 bottes de foin et environ 66 t de maïs ensilage, le séchoir à luzerne est presque vide. Le maïs épi compensera le manque de maïs ensilage, des achats de luzerne sont à effectuer et quelques vaches seront réformées plus tôt que prévu. Et l’élevage de Poleymieux-au-Mont-d’Or mise aussi sur le foncier afin de faire face aux années sèches mais c’est sans compter la forte pression foncière présente sur ce secteur périurbain.

 

L'eau un enjeu...

L'eau un enjeu...

Sur une autre commune aux portes de la ville, à Pollionnay, le Gaec Bouchard père et fils a lui aussi vécu une année 2020 très difficile. Florent Bouchard a rejoint son père sur l’exploitation en avril dernier. Ils élèvent une quarantaine de vaches laitières sur 60 ha répartis entre de la prairie (38 ha), du maïs ensilage (10 ha) et des céréales (12 ha). Chez eux la saison du pâturage a démarré tôt, autour de la mi-mars mais comme à Poleymieux-au-Mont-d’Or, dès le 15 juin, il a fallu compléter à l’auge avec du maïs ensilage. Les deux coupes d’herbe, dont la première assez médiocre et la seconde un peu meilleure, n’ont pas permis de renflouer les stocks. « Le bilan fourrager de notre exploitation fait état de pertes de 58 % d’herbe par rapport à 2019 et 63 % en maïs ensilage. L’an passé, nous avions rempli le silo avec 8 ha de maïs, cette année, il nous a fallu 11 ha plus 5 ha achetés dans l’Ain pour arriver au même niveau », a illustré Florent Bouchard. Côté céréales, les récoltes de printemps ont donné peu de paille et des grains assez petits.

Les stocks se trouvent ainsi limités pour les mois à venir et pour les compléter les éleveurs ont acheté 60 bottes de foin, 110 t de paille, 60 bottes d’enrubannage, 5 ha de maïs et de la luzerne déshydratée.

Le Gaec Bouchard dénonce aussi le problème d’accès à l’irrigation. « L’eau est un gros souci, c’est pourquoi la Cuma de Pollionnay porte un projet de retenue collinaire de 33 000 m3 qui nous permettrait d’être plus autonomes, surtout des années comme celle-ci. »