Eau
Les céréaliers font avec les restrictions

Emmanuelle Perrussel
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Depuis le 20 avril, les nappes du pliocène du Val de Saône et des couloirs d’Heyrieux et de Meyzieu sont placées en alerte sécheresse. Les cours d’eau de tout le département sont en vigilance. Les agriculteurs des plaines céréalières sont obligés de baisser de 25 % leurs prélèvements pour irriguer leurs cultures.

Les céréaliers font avec les restrictions
Photo d'archives : en 2019, une station de pompage provisoire dans le fleuve Rhône a été mise en place pour permettre aux irrigants de l'Est lyonnais d'avoir accès à l'eau.

Cette mise en alerte sécheresse pour les nappes du pliocène du Val de Saône et des couloirs d’Heyrieux et de Meyzieu dans l’Est lyonnais et en vigilance pour les cours d’eau de l’ensemble du territoire rhodanien (voir notre édition du 30 avril) est précoce cette année aussi. L’an passé, l’alerte sécheresse avait été décrétée dès le 1er avril. (Voir encadré).

Ce n’est pas vraiment une surprise depuis l’instauration en date du 12 mars des mesures de vigilance par la préfecture sur les eaux souterraines. Cette obligation de réduire les prélèvements de 25 % dans les zones en alerte, y compris pour les usages agricoles, n’est pas simple à appliquer pour les agriculteurs. Dans l’Est lyonnais par exemple, la station de pompage du canal de substitution de Jonage ne sera toujours pas opérationnelle cette année, car le chantier a dû être arrêté pendant le confinement. Le Smhar indique « qu’il n’est pas envisageable de reconduire pour la 2e année consécutive la mise en place d’une station provisoire coûteuse avec arrêt du chantier de la station définitive car cela décalera d’autant sa mise en exploitation ».

Témoignages

Les exploitants, notamment en grandes cultures, s’adaptent. Sébastien Hernandez, céréalier à Saint Bonnet-de-Mure, exploite 210 ha de blé, orge, colza, maïs et tournesol. La quasi-totalité de ses surfaces sont irriguées. « J’ai démarré l’irrigation début avril. J’ai déjà effectué au moins deux tours d’eau voire trois sur l’ensemble de mes cultures. On a même dû arroser avant de semer cette année, tellement que c’était sec ! », explique-t-il.

Il a par exemple une vingtaine d’hectares de maïs pop-corn à irriguer et une trentaine d’hectares sur de « bonnes terres ». « Il est vrai qu’à terme, je n’exclus pas de réduire les surfaces en maïs irrigué. Même en privilégiant des variétés précoces, on se retrouve dans ce contexte de restrictions d’eau chaque année. Je vais procéder comme en 2019, lorsque nous avons dû baisser nos prélèvements de 25 % : on fera un tour d’eau sur cinq jours au lieu de sept. » Aux dires de Sébastien, les pluies de la fin avril-début mai ont fait du bien et ont pu rattraper, au moins partiellement, le déficit hydrique de ces dernières semaines sur les céréales. Ces jours, il a semé ses tournesols semences et espèrent qu’à ce contexte compliqué au niveau climatique, ne viendront pas s’ajouter de gros dégâts de corvidés. Il en déplore déjà sur les maïs, puisqu’il a été obligé de ressemer 2 ha.

Toujours à Saint-Bonnet-de-Mure, Gratien Barge cultive 109 ha dont une soixantaine sont irriguées. Il a déjà réalisé trois tours d’eau sur les blés au cours de la période sèche du mois d’avril. « Avec les pluies de ces derniers jours, on n’est pas à plein débit sur blé. On verra cet été pour les maïs qui représentent chez moi 52 ha. J’ai des tours d’eau qui font en général six jours donc passer à cinq jours sur sept du fait des restrictions reste gérable sur la majorité des parcelles », explique le jeune céréalier. « Lorsque la station de pompage du canal de substitution de Jonage sera opérationnelle, on devrait être moins sensible aux restrictions d’eau. En attendant, l’été peut s’avérer compliqué… », ajoute-t-il.

En val de Saône, Christophe Durand, céréalier à Taponas, a fait le choix il y a déjà une vingtaine d’années de ne plus irriguer ses cultures pour des raisons d’organisation du temps de travail et de stratégie d’exploitation. « Sans irriguer, on a une perte de rendement c’est sûr. On a souscrit une assurance récolte. Pour les maïs, 186 ha cette année, on les implante sur les terres ayant une meilleure réserve hydrique (en bord de Saône) ou sur les surfaces qui se trouvent dans l’Ain car les terrains sont moins séchants. Pour les blés et orges, on peut dire que les pluies de la fin avril-début mai ont pour l’heure sécurisé nos rendements. On verra la suite… »

 

 

Zoom : Des restrictions récurrentes....

L’an dernier, le 1er mars, les nappes d'eaux souterraines et les eaux superficielles étaient placées en situation de vigilance sécheresse. Un mois plus tard, le préfet du Rhône plaçait en situation d'alerte sécheresse les nappes d'eau souterraines (hors nappe d'accompagnement Saône et Rhône) dans le département. Une situation inédite quant à sa précocité. Quelques semaines plus tard, l'eau manquant toujours et au vu des prévisions météorologiques et de la poursuite de la tendance baissière du niveau des cours d'eau, le préfet a été contraint de renforcer les mesures prises. Le 25 juin, il a placé « en situation d'alerte sécheresse les cours d'eau du Nord du département et en alerte renforcée sécheresse les nappes du pliocène du val de Saône et les couloirs d'Heyrieux et de Meyzieu de l'Est lyonnais. Les autres nappes d'eaux souterraines dans le département du Rhône et de la Métropole de Lyon sont maintenues en situation d'alerte sécheresse », pouvait-on lire sur le site Internet de la préfecture du Rhône.

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