Effervescents
La valorisation des crémants de Bourgogne en marche

David Duvernay
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À travers ses deux marques Eminent et Grand Eminent, l'Union des producteurs et élaborateurs des crémants de Bourgogne mise sur une montée en gamme de son appellation.

La valorisation des crémants de Bourgogne en marche

Mardi dernier, dans les locaux de la cave coopérative Vinescence, sur le site de Saint-Jean-d’Ardières, les adhérents de l’Association des producteurs de Bourgogne en Beaujolais (APBB) ont conclu la réunion par une dégustation de cinq crémants de Bourgogne. Leur spécificité ? Ils incarnent une nouvelle segmentation de l’offre et une montée en gamme de l’appellation à travers deux noms : Éminent et Grand Éminent.

À l’origine du projet, au début des années 2000, un groupe de professionnels, d’experts et des représentants de l’Union des producteurs et élaborateurs de crémant de Bourgogne (UPECB) qui s’était réuni pour procéder à un diagnostic de l’appellation : identification des forces et faiblesses, des facteurs clés du succès et émergence d’un défi stratégique des crémant de Bourgogne. "On sait que nos produits évoluent dans un marché dynamique en croissance. Les effervescents représentent 10 % du marché mondial du vin. Cependant le cœur de marché, entre 5 et 8 €/bouteille, est de plus en plus attaqué par des offres ultra compétitives en France et à l’étranger. Et à terme, on aura une capacité limitée pour les crémants de Bourgogne à résister. En France, il faudra tenir nos positions sans dégrader la valeur, et à l’international, profiter de la dynamique de la demande", constate Pierre du Couëdic.

Dans ce contexte, l’UPECB a défini une stratégie de montée en gamme pour ses crémants, à travers des cuvées spéciales et des éléments de différenciation, dont la segmentation repose sur une pyramide à trois étages. Le crémant de Bourgogne (blanc, blanc de blancs, rosé) en est le socle, un vin d’AOC aux exigences de production définies dans un cahier des charges homologué. Au deuxième échelon, on retrouve le crémant de Bourgogne Éminent. Il est validé un cahier des charges supplétif aux exigences de l’AOC laissant à chaque élaborateur la libre définition des pratiques pour une cuvée prestige. Un seul critère technique est retenu : une durée de vieillissement sur latte de 24 mois au minimum

Le crémant de Bourgogne Grand Eminent de la cave coopérative Oedoria.

"Tirer la filière vers le haut"

Enfin, tout en haut de cette pyramide culmine le crémant de Bourgogne Grand Éminent dont la réflexion a conduit à la mise en place d’un cahier des charges technique plus restrictif que les conditions de production réglementées de l’AOC. "Nous voulions intégrer cette structuration dans le cahier des charges de l’appellation. Mais après des années de débat avec l’Inao, nous avons décidé de définir nous-mêmes ce que sont un Éminent et un Grand Éminent. Ces définitions ont été inscrites dans un règlement d’usage, déposé auprès de l’OHMI (aujourd’hui appelé Office de l'Union européenne pour la propriété intellectuelle). Nous avons ainsi déposé deux marques collectives dont l’UPECB en est le propriétaire. Si chaque adhérent respecte le règlement d’usage en vigueur, il peut être bénéficiaire de ces marques qui sont protégées et déposées dans plus de 40 pays", complète le directeur de l’UPECB.

En termes de chiffres, 4000 à 5000 hl sont produits en crémant de Bourgogne Éminent et 500 à 600 hl en Grand Éminent, pour des valeurs moyennes comprises entre 12 et 15 €/col (Éminent) et 18 €/col en Grand Éminent. "Certains producteurs n’hésitent pas à les valoriser encore plus, en vendant la bouteille 25, 30 voire 40 €. C’est tout l’objectif de ces marques : tirer la filière vers le haut. On vise 10 % de la production totale en Éminent et 2 à 4 % en Grand Éminent. Ce sont des vins de gastronomie, avec des accords mets et vins. On recherche une structure aromatique. Et pour la promotion, on travaille avec des prescripteurs et la presse, très sensible à cette montée en gamme, plus particulièrement à l’étranger, notamment aux États-Unis, au Canada ou encore au Japon", conclut Pierre Du Couëdic.

Grand Eminent : un cahier des charges plus restrictif

Grand Eminent : un cahier des charges plus restrictif

Si la différence entre un crémant de Bourgogne et un Eminent ne tient que par un critère technique, la durée de vieillessement sur latte d'un minimum de 24 mois, la réflexion autour d'un crémant de Bourgogne Grand Eminent a conduit à la mise en place d'un cahier des charges technique plus restrictif que les conditions de production réglementées de l'AOC. 

Cépages : pinot noir et chardonnay exclusivement. Le gamay est autorisé pour les vins rosés (20 % maximum de l'assemblage).

Degré : 10° minium (degré potentiel à partir du raisin).

Extraction : 150 kg/100 litres, et 75 % des premiers jus sont retenus. Les 25 litres restant conservent le droit à l'appellation crémant de Bourgogne.

Durée sur latte : vieillissement minimum de 36 mois.

Date de tirage : au plus tôt le 1er mars qui suit l'année de récolte. Les vins non tirés sont automatiquement mis en réserve.

Durée avant commercialisation : trois mois de vieillissement après dégorgement.