Herbe
L’eau est toujours attendue

Emmanuelle Perrussel
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Pâturages, foins, ensilages… Les éleveurs et leur troupeau doivent composer avec des conditions pas toujours favorables, après un printemps sec et un vent du Nord assez marqué. Mickaël Coquard, conseiller à Rhône conseil élevage donne un panorama de la situation.

L’eau est toujours attendue

L’année 2020 continue de ressembler à 2019 en plusieurs points : un mois de février doux avec de l’herbe dès le début suivi par un mois de mars assez froid, marqué par des gelées, un mois d’avril chaud suivi d’un mois de mai chaud au début puis plus mitigé ensuite.

Et l’herbe continue à manquer (voir notre édition du 16 avril). « La croissance n’a pas été au rendez-vous ce printemps à cause du sec et de la bise. On se retrouve donc avec un tiers voire la moitié d’une pousse normale. Ces trois dernières semaines, on se situait par exemple à environ 20 kg de croissance. Ces premiers jours de juin ont été marquées par quelques pluies, mais de façon hétérogène. Par exemple, les éleveurs du secteur de Larajasse ont eu une pousse un peu meilleure que sur d’autres zones », détaille Mickaël Coquard, conseiller à Rhône conseil élevage.

Celui-ci signale cependant un point positif : « aussi faible et irrégulière soit-elle, la pousse a été dans l’ensemble bien valorisée, ce qui a engendré une bonne productivité des vaches laitières. De nombreux éleveurs ont pu ainsi profiter de la valeur de l’herbe pour réduire la part des concentrés à l’auge ».

« La pousse pourrait être au rendez-vous si des conditions printanières étaient de retour. Elle ne sera cependant pas exceptionnelle car de nombreuses parcelles sont assez râpées », prévient Mickaël.

2020, année précoce

Comparé à 2019, l’une des différences est la précocité du démarrage des fenaisons. « Certains ont commencé la récolte du foin autour du 15 mai ce qui est très tôt ! Et nombreux sont les éleveurs qui avaient déjà terminé avant le 10 juin. Le plus gros de ces travaux a été effectué durant les trois dernières semaines de mai. » Au niveau des rendements, le conseiller les qualifie de « pas extra avec légèrement plus de quantité qu’en 2019 ». Quant à la qualité, elle est « excellente, notamment pour des génisses. On peut signaler des conditions de récolte très favorables ».

Cette précocité a aussi concerné les ensilages : les premiers ont commencé dès les premiers jours d’avril. « Ceux qui ont pu patienter davantage ont obtenu de meilleurs rendements. Les plus touchés par les faibles rendements étaient bien souvent les éleveurs installés en zones de coteaux car les pluies tant attendues sont arrivées fin avril-début mai. Ceux qui se trouvaient plus en altitude ont ainsi pu en bénéficier et gagner un peu de volumes. Par exemple, à Brussieu, les 70 mm tombés en mai ont permis de sauver la campagne ! », complète Mickaël.

Les averses de ces derniers jours sont assez irrégulières mais sont assez bien valorisées du fait de températures fraîches pour la saison, ce qui limite l’évapotranspiration. « Cependant, les cours d’eau demeurent très bas et les sols restent secs en profondeur. Il faudrait des orages tout l’été pour que l’herbe puisse être réellement au rendez-vous », conclut Mickaël. (Voir aussi les bulletins fourrage en ligne).

En manque d'herbe

En manque d'herbe

Cécile Grand, l’une des deux associés du Gaec des Vaches dorées à Poleymieux-eu-Mont-d’Or, revient sur cette saison particulière au niveau de l’herbe.

Au cœur des monts d’Or, les associés du Gaec des Vaches dorées et leur salarié élèvent 75 vaches laitières et la suite. Le troupeau de simmentals et de prim’holsteins pâturent sur 25 ha de prairies naturelles sur les 90 ha de prairies naturelles que compte l’exploitation. L’exploitation compte aussi 15 ha de luzerne et 40 ha de céréales et de maïs.

À Poleymieux-au-Mont-d’Or, le pâturage a débuté début mars, soit un peu plus tôt que d’habitude. « Nous avons achevé le premier tour des parcelles fin avril avant les pluies. Pendant quelques jours, on a dû limiter la présence au pré et ressortir les animaux après la pluie. Depuis fin avril, nous sommes à une demi-ration hivernale car il n’y a pas assez d’herbe », indique Cécile Grand, l’une des associés du Gaec.

Les agriculteurs ne font pas d’ensilage. Ils ont en revanche récolté le foin dès la fin avril et procédé à une première coupe de luzerne à ce moment-là. Sur certaines parcelles, ils en sont à la 2e coupe de luzerne. Que ce soit pour le foin ou la luzerne, la qualité est là mais pas les quantités. « Cette année, nous avons fini les fenaisons avant le 1er juin, hors parcelles en mesures agroenvironnementales (MAEC). Cette précocité est exceptionnelle. Nous espérons être en mesure de faire une 2e coupe de foin mais s’il ne pleut pas en quantité suffisante, ce sera difficile… », selon Cécile.