INSTALLATION
Accompagner des agriculteurs bien dans leur métier

Avec un peu plus de 800 installations aidées en 2020, Auvergne Rhône-Alpes caracole en tête des régions où l’on installe le plus. Le fruit d’une politique dynamique qu’il convient de conforter, selon les Jeunes agriculteurs Aura réunis en fin de semaine en session régionale.

Accompagner des agriculteurs bien dans leur métier
Nicolas Chatard s’est installé en 2018 dans le Puy-de-Dôme, le département de la région qui installe le plus depuis deux ans. (Crédit : MC)

La session régionale installation des Jeunes agriculteurs Auvergne-Rhône-Alpes a pris une forme inédite cette année. En raison du contexte sanitaire, seul un petit groupe de participants a pu être accueilli au lycée agricole d’Yssingeaux (Haute-Loire), tandis qu’une soixantaine d’acteurs du monde agricole les a rejoints en visio-conférence. Les JA ont proposé un focus détaillé sur l’installation en zone de montagne, qui touche 66 % de la ferme régionale, ce qui, structurellement, génère des handicaps qu’il convient selon Laurine Rousset, présidente des JA Haute-Loire, « d’atténuer à travers l’ICHN (Indemnités compensatoires de handicaps naturels) de manière à produire sur un pied d’égalité avec la plaine ». En 2020, pour son département, cette productrice de lait installée en agriculture biologique avec sa mère, a recensé 60 installations aidées pour un montant moyen de DJA (Dotation jeune agriculteur) de 50 000 euros.

Le défi du renouvellement des générations

Au niveau régional, selon les projections réalisées par les JA grâce aux données de la Draaf Aura et les remontées du réseau, on devrait clôturer l’année avec 812 installations aidées (dont près de 500 en zone de montagne), ayant bénéficié d’une DJA moyenne de 44 329 euros (voir graphiques). C’est près d’une centaine de plus qu’en 2019, ce qui fait d’Aura, la région de France où l’on installe le plus.

Pour Clément Rivoire, vice-président des JA en charge de l’installation, ces bons résultats ne doivent pas occulter une réalité implacable, celle des 2 300 départs à la retraite annuelle d’agriculteurs dans la région : « On est encore très loin d’un départ pour une arrivée. La moitié des agriculteurs de la région sont à dix ans de la retraite. Cela doit nous interroger et nous conduire à répertorier les mesures efficaces en faveur de la politique à l’installation ».

Un sentiment partagé par Pierre Picard, président des JA Aura, pour qui « l’installation ce n’est pas uniquement la DJA, c’est tout le parcours et l’accompagnement qui s’en suivent pour être en capacité de guider les jeunes vers un modèle d’agriculture vivable et rentable ».

Près de 40% de hors-cadre

L’installation de jeunes hors du cadre familial est désormais une piste sérieuse pour alléger les départs massifs à la retraite d’exploitants se retrouvant sans successeur. En dix ans, la part de ces installations a progressé de 10 % en Aura et concernent aujourd’hui 40 % des jeunes qui s’installent. Une proportion particulièrement élevée dans l’Ain, l’Ardèche, l’Isère et le Rhône, et un peu plus en retrait dans les quatre départements de d’ex-Auvergne. « L’axe rhodanien constitue un fort pôle de consommation. Les petites unités de maraîchage, de transformation… et les diverses opportunités de vente directe donnent l’avantage aux installations hors-cadre », analyse Clément Rivoire.

Le débouché est évidemment fondamental dans le projet d’installation, il conditionne la manière d’appréhender le modèle d’exploitation. « Au moment de l’installation, il s’agit d’être clair sur sa stratégie : volumes, échelle, valorisation… », résume Nathalie Velay du pôle économie du CerFrance Alliance Massif central.

Des installations plus coûteuses en montagne

La zone d’installation pèse aussi dans le projet. En plaine ou en montagne, les coûts divergent. Une étude comparative dans des exploitations laitières de Mayenne-Sarthe et d’Auvergne a été réalisée par CerFrance Alliance. « Au démarrage de l’activité, il faut 40 € d’actif en plus pour produire 1 000 l de lait en zone de montagne par rapport à la zone de plaine. » Des écarts existent aussi sur les coûts de production (alimentation, bâtiment, mécanisation…), partiellement compensés par les aides et le produit viande. « Au sein d’un même bassin de production, on a constaté des écarts pouvant aller jusqu’à 100 € / 1 000 l. En cause : la technique, les équipements, l’intensification plus ou moins maîtrisée des facteurs… », commente Nathalie Velay, pour qui l’enjeu de rentabilité reste universel.

Sophie Chatenet